VILLAGE ARTISANAL DE OUAGADOUGOU: Un responsable au cœur d’un scandale de détournement

Au Village artisanal de Ouagadougou (VAO), il se passe des choses qui intriguent. Ces derniers temps, le climat dans la boîte est loin d’être serein. Les suspicions sont fortes ! Certes, l’affaire remonte à quelques années mais les traces laissées ont du mal à s’effacer. Une commande d’un montant de plus de 6 millions FCFA a été faite dans le dos de l’administration du village artisanal. Il est question de complicité interne au détriment du village. L’agent commercial est dans le viseur de l’administration du village. Il y aurait même des connexions insoupçonnées. De quoi s’agit-il ? Mais il n’y a pas que cette affaire de commande détournée. Des achats ont été faits et jugés inopportuns et inutiles. C’est à nouveau l’agent commercial qui est impliqué. Sommé de rembourser, il ne l’entend pas de cette manière. L’affaire est portée devant le juge pénal. Mais cette manière de résoudre le problème n’est pas du goût de tous.

Par Aimé NABALOUM

 

Le Village artisanal de Ouagadougou (VAO) traverse une zone de turbulences, et c’est peu dire. 2012, 2013 et 2015 ont été trois années difficiles pour les agents du VAO. Trois années au cours desquelles administration, personnel et artisans étaient à couteaux tirés. La maison est plongée dans des mouvements sans fin. Quelles en sont les raisons? Visiblement, une guerre sans merci entre le gestionnaire du village d’un côté et le responsable commercial de l’autre. La pomme de discorde, sinon les raisons de la friction entre les deux, ce sont des voyages effectués l’un à New York (USA) et l’autre à Paris (France). Mais il n’y a pas que ces affaires floues nées des voyages qui ont brouillé les relations entre les deux. Il y a cette affaire de détournement de commande dont est accusé le responsable commercial. A propos de cette affaire de commande, ses contours sont assez flous. A l’origine, une cliente du VAO entend acheter des produits, comme elle en a l’habitude. L’information parvient au responsable commercial. Ce sont les artisans installés à l’intérieur du village qui feront le travail comme à l’accoutumée. Seulement, il y a un hic ! Le bon de commande est introuvable, contrairement aux habitudes de la maison. Les témoins, il y en a plusieurs, les artisans surtout. Comment la commande a-t-elle atterri au VAO ? Nous sommes en mars 2015 quand une personne « inconnue » entre en contact avec des artisans installés au sein du village. Chacun selon son domaine d’activité, l’inconnu tente de passer des commandes, sans passer par le service commercial. La procédure intrigue les artisans. L’un d’eux raconte sa mésaventure : selon lui, l’intéressé est venu le voir pour lui demander les prix. Il l’aurait négocié de lui faire un bon prix de gros parce qu’il veut les produits en grande quantité. L’artisan ayant trouvé la procédure suspecte rejette l’offre et passe à autre chose. Curieusement, témoigne-t-il, plus d’un mois après, c’est l’agent commercial du village qui entre en contact avec l’artisan en demandant si la commande était prête. Ne sachant pas de quelle commande il s’agissait, les explications de l’agent commercial le ramènent au souvenir de cet inconnu. L’artisan ajoute que l’agent commercial l’a rassuré que « la commande a été enregistrée à la Direction. Il m’avait invité dans son bureau et m’a fait signer le bon de commande en me proposant une avance que j’avais refusée puisque le travail était déjà fait. J’avais un stock et il restait à nettoyer et emballer. Il m’a dit de faire vite pour la livraison puisque les autres artisans ont déjà livré ». Finalement, l’artisan déposera la commande au bureau de l’agent commercial selon les consignes de ce dernier. Il dit avoir peiné pour entrer en possession de son argent. Sept autres agents du village artisanal ont été enrôlés dans l’affaire et tous reconnaissent avoir été grugés par un inconnu qui finira par être démasqué et présenté comme un ami de l’agent commercial. Au total, c’est une commande de 6 452 500 FCFA qui avait été faite par le fameux client et le village artisanal n’y a vu que du vent, en plus de n’avoir pas perçu les 645 250 FCFA représentant les 10% de la commande. L’un des artisans explique que c’est la présence de l’agent commercial qui a convaincu les artisans à confectionner les produits.

Le gestionnaire du village artisanal confirme avoir eu vent de cette affaire et a tenté de comprendre avec les artisans qui à leur tour ont confirmé que l’agent commercial était bel et bien informé de ce qu’ils exécutaient une commande. Des lettres d’explications ont été données aux artisans. Sept ont reconnu les faits et l’implication de l’agent commercial.

Les valises à problème

L’autre morceau de la discorde se trouve dans des dépenses inutiles effectuées par le même agent commercial. Au cours d’une mission à Paris, l’agent commercial a effectué des dépenses sans en informer le gestionnaire, des dépenses non prévues et donc contestées. A Paris, deux valises ont été achetées par l’agent commercial avec les frais de la mission. De retour, il présente le bilan financier de la mission au gestionnaire qui ne se reconnait pas dans la dépense « transport des produits (valises) à 111 513 FCFA. En fait de transport des produits, il s’agit en réalité du coût des deux valises achetées à Paris en avril 2013, lors de la mission. Pourtant, les deux valises ne se retrouvent pas dans l’inventaire du village. Où sont donc passées les valises ? « C’est moi je les ai utilisées et ça y est chez moi. Je vais les ramener », confie l’agent commercial interrogé par un huissier lors d’un inventaire. Tout commence à partir en vrille. Après deux ans sans être retrouvées dans les inventaires, le gestionnaire juge que le besoin des valises n’ayant jamais été exprimé par un service, le village n’en a pas besoin. Il faut donc rembourser. Chose que l’agent commercial refuse. Le différend est porté devant l’Inspection du travail. Point de conciliation. Un procès-verbal de non-conciliation est dressé. Pendant ce temps, une enquête de police judiciaire est engagée. Un PV d’enquête judiciaire est envoyé au parquet. Mais, selon certaines informations, le gestionnaire du village aurait reçu un coup de file l’intimant de ne plus se présenter en Justice pour cette affaire. Qui est cette tierce personne qui a ordonné l’arrêt des poursuites judiciaires ? Difficile pour l’instant de le savoir. Mais, des sources concordantes, cette personne serait un membre du Conseil d’administration du VAO. Quel intérêt a-t-elle à faire une telle intervention ?

Pour le gestionnaire, c’est simplement inadmissible tout ça ! Que l’agent chargé de faire la promotion des produits du village se retrouve être celui par qui passe un détournement de commande d’une telle valeur, c’est scandaleux ! Il dit avoir adressé une lettre d’avertissement à l’intéressé mais tient à ce que l’argent soit remboursé. Rencontré afin de donner sa version de toute cette affaire, l’agent commercial nous renvoie vers la déléguée du personnel. Curieux ! Que peut bien dire un délégué du personnel pour un agent incriminé de cette manière ? L’agent n’est-il pas le mieux placé pour parler de ses propres actes ? Affaire à suivre !

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