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31 ANS APRÈS SON ASSASSINAT: Thomas Sankara a vaincu la mort, son fantôme hante ses assassins.

Il y a 31 ans, le leader charismatique de la révolution Burkinabè, le Capitaine Isidore Noël Thomas Sankara, Président du CNR (Conseil national de la révolution), Président du Faso a été assassiné. Que dire encore sur la révolution Burkinabè et son leader qui n’ait déjà été dit ou écrit? Beaucoup d’eau a coulé sous le pont Kadiogo, sans pouvoir éroder l’image de celui qui a cru en la révolution jusqu’au sacrifice suprême. Que d’ancre a noirci des pages de livres d’une foultitude d’auteurs et de biographes ! Chaque auteur apportant un témoignage nouveau ou tentant de lever un coin de voile sur un pan de la révolution ou de l’assassinat de son chef, jusque-là méconnu du public. C’est le cas du livre du médecin-Colonel français, Daniel Tranchant, qui révèle que le Commandant Abdoul Salam Kaboré, alors ministre des sports l’avait convoqué, quelques semaines avant le 15 octobre 1987 pour lui faire signer un certificat médical déclarant le chef de la révolution Burkinabè fou et inapte à gouverner.

31 longues années que dure la souffrance de la veuve (Mariam) et ses orphelins (Philipe et Auguste) qui attendent encore de savoir comment leur époux et père a pu être aussi sauvagement assassiné et enterré à la hâte, par ceux avec qui ils partageaient régulièrement le couvert à la maison mais aussi des relations humaines qu’ils estimaient très fortes. Cela fait également 31 longues années que son fantôme poursuit son Tombeur, son ami et presque frère, Blaise Comaporé, actuellement recherché par la justice Burkinabè. Depuis plus de 4 ans maintenant, le dossier a été rouvert au tribunal militaire. Il a connu une brusque accélération en 2015, sous la transition. Pour la première fois, des suspects ont été formellement inculpés. Certains dont Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando (son ancien chef de la garde rapprochée) sont en fuite.

Les restes du Président Sankara et de ses 12 compagnons tombés avec lui en cette funeste soirée du 15 octobre 1987, ont été exhumés pour des tests d’ADN qui se sont révélés non concluants. Jusqu’à présent, en dehors des témoignages de l’un de ceux qui ont enterré le Président du Faso et ses compagnons, Yamba Malik Sawadogo, rien ne permet encore d’identifier formellement les restes. Cependant, ce qui était jusque-là considéré comme son tombeau au Cimetière de Daghnoën à Ouagadougou, était chaque 15 octobre un lieu de pèlerinage et de cérémonies de mémoire pour ceux qui se réclament de son héritage politique et idéologique. Mais depuis l’exhumation, point de tombes et les commémorations se font maintenant en dehors du cimetière.

D’ailleurs, il faudra bien ramener les restes présumés du Président Sankara et de ses compagnons et en accord avec sa famille, lui trouver enfin une sépulture digne de son statut d’ancien chef d’État du Burkina Faso. Pour revenir au dossier judiciaire, les espoirs suscités par son accélération en 2015 fait progressivement place aux doutes sur l’éventualité d’un procès. Toutefois, l’on peut dire qu’il y a de petites évolutions vers la manifestation de la vérité. La dernière avancée en date est la levée partielle du classement de certaines archives françaises concernant le Burkina Faso de la période révolutionnaire et surtout, l’assassinat du Président Sankara. En effet, le Président Emanuel Macron de la France, lors de son voyage au Burkina Faso, le 27 novembre 2017, avait promis la déclassification de tous les documents couverts par le secret national sur l’assassinat de Thomas Sankara. Il avait alors annoncé que lesdits documents seraient mis à la disposition de la justice burkinabé. Cette promesse connait un début de mise en œuvre. A en croire le Journal Libération dans sa livraison du 27 septembre, des membres des services diplomatiques ont affirmé que le juge français, chargé de l’enquête en France, lancée par commission rogatoire livrera les documents déclassifiés avant fin novembre 2018 aux autorités judiciaires Burkinabè. Ce sera une grande avancée dans la quête de la vérité notamment en ce qui concerne la responsabilité de la France dans le drame du 15 octobre 1987.

31  ans après l’assassinat, les lignes semblent bouger même si le rythme n’est pas trop rassurant. En tous les cas et en attendant la vérité des juges, l’histoire a rendu justice à Thomas Sankara qui a vaincu la mort et ses adversaires. Le Mythe Thomas Sankara demeure intact malgré tous les efforts et toutes les tentatives d’effacer l’homme, son image et son œuvre de la mémoire collective et des annales de l’histoire du monde et du Burkina Faso. Ils ont tué Sankara mais ils n’ont pas pu assassiner son œuvre et sa vision du monde qui continue d’inspirer bien des jeunes africains et d’ailleurs. Peu de dirigeants africains, même ceux qui ont régné à vie sur leurs peuples, ont pu autant défier le temps comme le nom, l’image et l’œuvre de Thomas Sankara. Il continuera encore à marquer des générations entières qui rêveront d’une Afrique véritablement indépendant et toujours débout !

A la faveur de ce 31ème anniversaire de sa mort, plusieurs organisations et partis politiques se revendiquant de son héritage ont tenu, chacun à sa manière à lui rendre hommage. Comme le dit l’adage, les vrais héros ne meurent jamais. Et  l’histoire se charge de ranger les faux héros dans ses poubelles.

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Et les fauves ont dévoré le Président Sankara

Ça pourrait être le titre d’un film sur l’avalanche de complots intérieurs et extérieurs qui ont émaillé les 4 ans de la révolution Burkinabè et dont l’un a été finalement fatal au Président Thomas Sankara. Mais c’est, tout de même, le titre d’un ouvrage autobiographique inédit d’un médecin-colonel français, Daniel Trachant, ancien directeur-adjoint de l’hôpital Yalgado. Cet ouvrage fait des révélations, plus ou moins nouvelles, sur les circonstances ou l’ambiance sociopolitique qui a précédé l’assassinat du Chef de la révolution burkinabé. Il lève un coin de voile sur certains faits jusque-là inconnus sur la révolution, ses animateurs, leurs relations parfois confuses, leurs amitiés qui flirtent avec des trahisons et des chocs des ambitions personnelles.

«Sankara, 15 octobre  1987, les fauves l’ont dévoré», tel le titre plus qu’évocateur de ce livre paru depuis 2017 mais qui reste encore peu connu du public Burkinabè. Daniel Tranchant affirme avoir été convoqué quelques semaines avant l’assassinat de Sankara par un des membres du Conseil National de la Révolution, en l’occurrence le pharmacien Commandant Abdoul Salam Kaboré, alors ministre des sports afin qu’il  signe un certificat d’inaptitude à l’exercice du pouvoir pour raisons psychiatriques. En clair, le Commandant Abdoul Salam Kaboré aurait donc demandé à Daniel Tranchant de déclarer le président Sankara fou et donc inapte pour diriger la révolution et le  Burkina  Faso.

«Docteur, vous connaissez le Président et sa famille. Je sais que vous avez demandé l’évacuation de Joseph Sankara, le père du PF et je sais que le PF l’a refusée. Seul un fou peut faire cela. Vous êtes d’accord, non ? Refuser de faire soigner son père, c’est être fou, non ? Vous savez que le Président est malade, du surmenage, il n’a plus sa tête. Il ne doit plus gouverner. Voilà un certificat médical qui le dit. Vous devez le signer !» tels seraient les propos que Abdoul Salam Kaboré aurait tenu au Médecin français. Naturellement ce dernier refusa de signer. Et la suite, on l’a connaît ! D’autres l’ont assassiné. Cette décision, pense l’auteur a modifié le cours de l’histoire. Nous y reviendrons !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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