AGENCE BURKINABE DE NORMALISATION: Le DG totalise 29 jours de mission en un mois.

L’Agence burkinabè de normalisation, de la métrologie et de la qualité (ABNORM), est un établissement public de l’État. Créée par le décret n°2012-821/PRES/PM/MEF/MICA du 08 octobre 2012, elle a un caractère administratif et est dotée de la personnalité juridique, de l’autonomie financière. Cet établissement est né de la fusion de trois structures du même secteur pour en faire une direction générale qui s’occupe de  la normalisation, de la métrologie et de la qualité des produits aussi bien burkinabè qu’étrangers. Mais depuis quelques temps, l’Agence traverse une zone de turbulences. Les agents «fuient» l’établissement pour aller se faire valoir ailleurs, fustigeant le fait de n’être exploités à leurs justes compétences, avec des carrières en passe de devenir une routine inopérante. Outre cela, il existe des soupçons de favoritisme dans les recrutements des agents, sans oublier des infinies missions du directeur général, missions qualifiées d’absences notoires du premier responsable.

Le climat n’est finalement pas très normal à l’Agence burkinabè de normalisation, de la métrologie et de la qualité. Depuis quelques mois, les agents ruminent une colère qu’ils arrivent à peine à cacher. Les griefs sont nombreux à l’endroit des premiers responsables de l’Agence au point de se demander si cette institution de qualité aura les moyens de la mission à elle confiée. Mais visiblement, les premiers responsables et les agents ne sont pas sur la même longueur d’ondes quant à ce qui boue à l’intérieur de la boîte.

Si le DG feint de ne pas être au parfum de ce qui se passe dans la maison, les agents, eux, claquent la porte pour se faire valoir ailleurs, abandonnant l’Agence avec des techniciens «débutants», souvent sans expérience. Il y a des fuites de techniciens, c’est difficile de le nier mais le Directeur général est surpris par une telle déclaration. Et pourtant, c’est une triste réalité. Selon des sources internes, au moins une dizaine de travailleurs ont quitté l’ABNORM soit pour aller se former, soit pour repartir dans leur ministère d’origine, soit encore pour se faire embaucher dans d’autres sociétés, s’ils ne démissionnent pas pour rejoindre l’Hexagone où le métier est valorisé. Mais selon le Directeur général, Issaka Zoungrana, depuis sa prise de fonction, en  juillet 2017,  il n’y aurait eu que deux départs. L’un, admis à un concours de recrutement dans une autre société d’État, a renoncé à l’ABNORM et l’autre, par ailleurs directeur de la métrologie et du laboratoire de Kossodo, qui n’aurait pas fait preuve de franche collaboration avec le DG, est reparti dans son ministère. Le Directeur général lui reprochait ses absences : «Je l’ai rarement vu», dit-il.

Des enquêtes ont révélé que d’autres travailleurs avaient pris part à des concours professionnels en vue juste de quitter la boîte. Ça craint évidemment pour l’Agence dans un tel climat. Pendant notre enquête, il nous est revenu que d’autres travailleurs étaient sur le départ. Sur une trentaine de techniciens, il n’en reste plus que d’une petite moitié, et de nouveaux recrutés.

La saignée finira-t-elle de sitôt ? Et pourquoi de telles fuites de techniciens ? Selon certaines indiscrétions, les difficultés de l’Agence sont connues de tous, même les responsables au ministère du Commerce. En effet, le ministre du Commerce a reçu une lettre des agents qui présentaient leur situation et entendaient en discuter avec lui. Mais le ministre Harouna Kaboré s’est-il préoccupé de la situation ? Les agents osent ne pas y croire. Suite au dépôt du courrier demandant à rencontrer leur ministre de tutelle pour discuter des difficultés, c’est une Assemblée générale de l’Agence qui a été convoquée en lieu et place par le Directeur général quelques jours plus tard et  présidée par un conseiller technique du ministre, par ailleurs PCA de l’ABNORM. A la suite et dans le but de trouver des solutions, un groupe de travail interministériel a été créé. Le groupe a déposé son rapport en août 2018. Quant à la suite à donner, c’est, pour le moment, le silence.

Pourtant, le rapport a été transmis au ministre et au PCA. Depuis lors, les conclusions tardent à être appliquées, puisque le Conseil d’administration ne s’est même pas encore réuni. Mais le DG a bien une explication en cela. Pour lui, il revient au PCA d’inscrire le sujet au cours d’une session du Conseil d’administration. Mais à en croire le DG, «le PCA refuse la pression» des agents. Ces  silences du PCA sur les conditions de travail des agents laissent entrevoir un manque d’attention à leur endroit. En outre, le même PCA serait en fin de mandat mais continue ses missions sans que le ministère ne dise mot. Toute chose qui contribue à augmenter le flou à propos de la bonne volonté des responsables. Là-dessus, le DG  confie avoir tout simplement transmis le dossier de fin de mandat des conseillers au ministre.

Et ce n’est pas tout ! Au prétexte de renforcer les capacités des agents, tout le personnel a bénéficié d’une formation en management des ressources humaines dont le montant fait rougir certains. 50 millions FCFA ? Les formations ne doivent-elles pas être orientées vers les besoins selon les postes ? Quid de la bonne gouvernance des ressources ?  La gouvernance financière est en sus pointée du doigt. Il y a aussi le cas des recrutements intervenus, il y a quelques temps.

Le fils de la DRH travaille à l’ABNORM

Dans les récriminations, il ressort que de récents recrutements au profit de l’ABNORM sont entachés de flous. C’est dans ce sens qu’un ingénieur chargé de mesure et d’essai électrique, recruté en 2017,  affiche une proximité flagrante avec la Directrice des Ressources humaines. Serait-ce son fils ? Dans tous les cas, les agents n’ont pas mis du temps  avant de s’en faire une idée. Comment cela s’est passé ? Le Directeur général, quant à lui, dit avoir été informé par le directeur de contrôle qualité, supérieur immédiat de l’agent en question. Une fois le recrutement terminé, ce dernier informe le DG que l’ingénieur en question est le fils de la DRH. Le DG répond ne pas être au courant de ce fait. Il décide alors d’en savoir plus avec la DRH elle-même qui confirme qu’il s’agit bel et bien de son fils mais nie avoir été pour quelque chose dans ce recrutement suspect. La chose est connue de tous dans l’Agence. Mais per- sonne ne fera quoi que ce soit. Le fils n’a-t-il pas bénéficié d’un coup de pouce de Maman ? Cette question reste également entière. En outre, ce dernier n’aurait pas fait le Service national de développement (SND). Le DG dit ne rien savoir à ce sujet.

Et le fils n’est pas le seul membre ou proche de la famille de la DRH travaillant à l’ABNORM. Il y aurait bien d’autres personnes. Ainsi, n’y a-t-il pas de lien entre la DRH et sa secrétaire? Selon certaines sources, il est très probable que la secrétaire de la Directrice des Ressources humaines soit sa belle-sœur.

Pas moins de 130 missions

C’est dans ces conditions que l’Agence tente d’asseoir sa notoriété d’abord managériale et ensuite, techniquement. Mais rien n’est garanti. Puisqu’à suivre le calendrier du Directeur général, ses absences font des gorges chaudes. Le DG, lui, préfère parler de missions et non d’absences. Soit ! Pour lui, l’Agence est une plaque tournante et de ce fait, les rencontres au plan international ne manquent pas. D’où les nombreuses missions. Il ajoute ne pas en être en mesure de se débiner de telles rencontres obligatoires. En effet, depuis son arrivée en juillet 2017 à octobre 2018, le Directeur général a effectué de nombreuses missions. Pas moins de 130 missions aussi bien à l’étranger que dans des villes du Burkina. Elles se sont, par moments, enchaînées et d’une  ville à l’autre.

A y voir de près, les mois les plus mouvementés pour le DG Zoungrana ont été les mois d’août et de septembre 2018. Tenez ! En août 2018, le compteur des missions du DG marque 29 jours et le mois de septembre l’est juste un peu moins : 28 jours de missions. Choses curieuses dans certaines missions tout de même. En effet, à la lecture des ordres de missions et des notes d’intérim signées par le PCA, le DG a effectué deux missions en simultanée, soit du 4 au 7 février 2018 au Maroc et du 4 au 10 février 2018. Il faut le faire.

Ce sont autant d’absences qui font craindre pour la gouvernance même de l’Agence. Ces missions n’expliquent-elles pas certains comportements à l’intérieur de la boîte ? Que le premier responsable ne soit pas informé de certaines situations? Certains n’hésitent pas à appeler à des audits. La Direction administrative et financière de l’ABNORM est également dans la ligne de mire de ses agents. Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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