ATTAQUES TERRORISTES AU BURKINA: En finir avec les logiques revanchardes

Depuis le  début de l’année 2018, le Burkina Faso plonge chaque jour un peu plus vers l’inconnue. le tableau sur le plan de la sécurité est plus que sombre : des écoles fermées dans le sahel, des élus locaux et des populations qui fuient leurs localités pour échapper à la violence aveugle des groupes terroristes, l’État-major général des armées attaqué en plein cœur de Ouagadougou, des postes de police, de gendarmerie et des douanes régulièrement cibles d’attaques, des convois de forces  de défense et de sécurité (FDS) qui sautent sur des mines, des citoyens enlevés et assassinés au nord, au sahel et à l’est, etc. Voilà la terreur dans laquelle les terroristes ont réussi  à plonger le Burkina Faso. L’on voudrait bien dire aux Burkinabè de ne pas céder à la panique. Mais il faudra les rassurer. Malheureusement, les gouvernants ont du mal à rassurer les populations. Face à des groupes qui ont réussi à s’installer dans plusieurs régions du pays et prennent l’initiative du combat, les FDS n’ont pas encore réussi à trouver la réponse adéquate. Elles ne sont pas encore bien outillées face à cet ennemi invisible qui semble se fondre à la population. Elles font déjà des efforts louables et il appartient aux politiques, notamment les gouvernants, d’avoir de la vision à court, moyen et long terme. Mais comme à ses habitudes, le gouvernement louvoie. Et c’est peu dire.

Le Burkina Faso est à la croisée des chemins. Une grande partie du territoire national échappe progressivement au contrôle de l’État. Les forces du mal semblent avoir installé des quartiers généraux un peu partout. Ils semblent également avoir installé des bases arrières dans certains pays voisins, d’où ils attaquent certains postes des Forces de défense et de sécurité. Au cours de ces derniers mois, plusieurs dizaines de Burkinabè (civils et militaires) ont été tués par ces groupes terroristes. Ces derniers, non seulement ne revendiquent plus leurs actes, mais mieux, semblent être suffisamment bien organisés pour harceler les Forces de défense et de sécurité dans plusieurs régions du pays (Hauts- Bassins, Sahel, Nord, Est, Boucle du Mouhoun, Centre, Sud-Ouest).

Sur les 13 régions que compte le pays, au moins 6, soit plus de la moitié, ont déjà été la cible de ces attaques terroristes. Des individus suspects ont déjà été interpellés dans au moins deux autres régions (Centre-Est et Centre-Ouest). C’est dire donc qu’il y a un maillage progressif du territoire national par ces forces du mal. Face à cette situation, les Burkinabè voudraient se rassurer que leurs autorités ont une certaine maîtrise de la situation ou tout au moins, fournissent le maximum d’effort pour leur protection; qu’elles prennent les mesures idoines, mettent les hommes qu’il faut à la place qu’il faut, prennent des initiatives pour mobiliser et rassembler toutes les filles et tous les fils du pays autour de la défense du vivre ensemble et de l’intégrité du territoire national et pour la préservation de la cohésion sociale contre les ennemis de la nation.

Malheureusement, c’est le gouvernement qui engage les discours clivants, accuse sans preuves et pire, ne développe aucune initiative pour établir les faits et sanctionner les complices des terroristes. Quand on gouverne un pays, on ne porte pas des accusations graves sans produire la moindre preuve ou prendre les mesures adéquates pour protéger les populations. Depuis le début des attaques terroristes, les gouvernants pointent un doigt accusateur sur des dignitaires du régime déchu de Blaise Compaoré, qu’ils suspectent d’être les instigateurs, ou tout au moins les complices de ceux qui attaquent et endeuillent la nation burkinabè. C’est peut-être vrai, au regard des liens incestueux que certains d’entre eux avaient avec des chefs terroristes. Du reste, pour bien des Burkinabè, l’implication de certains anciens dignitaires dans ce qui  arrive au Burkina Faso ne fait l’ombre d’aucun doute. Mais le sentiment de tout  le monde ne peut être traduit dans le discours officiel d’État si ce n’est pas accompagné de preuves. Le citoyen peut, à tort ou à raison, exprimer son sentiment. Mais ceux qui gouvernent le pays doivent éviter ces raccourcis.

En finir avec la politisation de la sécurité

Pour que leur parole ait l’autorité et la crédibilité requises, les gouvernants doivent avoir les moyens et les services appropriés et compétents pour vérifier et établir les faits avant de s’exprimer publiquement. Mieux, ils ne peuvent pas se contenter d’accuser. Ils doivent accompagner leurs dénonciations de poursuites judiciaires contre les personnes suspectées dont les responsabilités sont engagées dans les faits incriminés. Autrement, l’on donne l’impression de vouloir noyer son incapacité et sa responsabilité dans des accusations sans fondement. D’autant plus qu’au-delà des accusations, l’on a du mal à cerner l’action publique et son efficacité en matière de lutte contre le terrorisme. Plus grave, les hommes et les femmes commis à la responsabilité de piloter et conduire cette lutte non seulement n’ont pas un profil rassurant, mais en plus, ne font rien pour montrer qu’ils ont la pleine mesure et les capacités managériales requises pour gérer la situation que vit le pays.

La politisation des départements de la sécurité et de la défense est incompatible avec l’efficacité attendue de l’action publique. L’on navigue à vue face à une situation qui exige de la vision, des hommes d’honneur et d’action, des capacités d’anticipation et une légitimité auprès des hommes (depuis la hiérarchie jusqu’aux troupes sur le terrain). Ce que l’on constate, c’est que les hommes à la tête de ces départements ne brillent pas particulièrement par leur sens du devoir, de la responsabilité, du travail bien accompli. Rien dans leur parcours politique et professionnel n’en fait aujourd’hui d’eux des acteurs crédibles et rassurants. Bien au contraire, disons-le, ils semblent tenir leur place du seul fait de considérations plus politiciennes. Certes, le Président Roch Kaboré a le droit de choisir les hommes et les femmes qu’il estime être les meilleurs pour l’accompagner dans la réalisation de son projet de société. Mais, il doit enfin se rendre à l’évidence que les enjeux ont changé entre la période de la campagne présidentielle de 2015  et la situation socio-sécuritaire dans laquelle le pays se trouve aujourd’hui. A situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles avec des hommes d’exception. Les amitiés et le copinage ne peuvent pas avoir droit de cité dans ce genre de situation. Du reste, on ne peut pas mobiliser la communauté nationale tout en ne s’entourant que par des copains et des obligés qui visiblement, flottent dans leur tunique de grand commis.

Sortir des logiques revanchardes

Ce serait encourager la complaisance, l’insouciance et même l’irresponsabilité. Le président gagnerait à prendre au sérieux toutes ces voix qui dénoncent l’incompétence ou tout au moins l’immobilisme dans ces deux départements névralgiques de la gouvernance actuelle du pays. Ce n’est pas une affaire de personne. Ce n’est pas que l’on a quelque chose contre ces deux  messieurs. Mais le constat est là aujourd’hui que ça ne va pas ; que les choses vont de mal en pis. En politisant les questions de sécurité, le  pouvoir pousse l’opposition politique à la surenchère et une  politisation à outrance des questions de sécurité. Ainsi, tout comme les gouvernants qui tentent de présenter l’opposition en toute circonstance comme le bouc émissaire, celle-ci semble faire de toutes les failles du gouvernement des opportunités. L’on entend certains affirmer, sans sourciller, que la majorité gouverne et l’opposition s’oppose. Mais, il y a parfois des failles du pouvoir qui ne devraient pas être exploitées politiquement au risque de fragiliser davantage l’édifice et le faire crouler. Or, si la maison Burkina croule, il n’y aura ni opposition, ni majorité.

Face à l’immobilisme, voire la régression en matière de gouvernance, l’opposition doit éviter de pousser les frustrations et les colères légitimes des masses à l’explosion. Il est vrai que l’on ne peut pas demander à ceux qui ont été éjectés du gouvernail par la rue, de ne pas vouloir utiliser la même rue pour revenir aux affaires. Mais les allures revanchardes que prennent souvent les discours politiques au sein de l’opposition sont de nature à empoisonner le climat sociopolitique. Cela profite aux terroristes.

Dans le même ordre d’idées, il y a parfois des réactions de certains partis de l’opposition qui interpellent le bon sens. Comment ne pas s’étonner, par exemple, que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et certains partis s’empressent d’organiser des conférences de presse pour démentir leur implication présumée dans les attaques terroristes alors que personne ne les accuse? Il est constant que les accusations sont portées contre certains dignitaires du régime déchu. D’où vient que le CDP ou d’autres partis politiques se sentent concernés d’autant plus que même au MPP, il y a aussi des dignitaires du régime déchu ? En le faisant, le CDP s’accuse tout seul. Car, comme dirait l’adage, qui se sent  morveux  se   mouche.

Mais au fond, et c’est là tout le problème du CDP, ce parti a du mal à exister sans être associé en tout temps et en tout lieu, à son fondateur Blaise Compaoré. Tout ce qui touche à Blaise Compaoré devient une affaire d’État au CDP. Ce parti qui a tout pour être une grande formation politique ne tire pas leçons de tout le mal qu’il a fait à Blaise Compaoré. Il a accompagné dans son entêtement boulimique du pouvoir jusqu’à sa perte. Et aujourd’hui, il veut l’accompagner dans sa déchéance. C’est à croire que ceux qui aiment vraiment Blaise Compaoré et qui œuvrent à préserver ce qui lui reste de sa dignité d’homme d’État et d’officier ne sont pas ceux qui s’excitent autour de son nom. Ce n’est une fierté pour aucun Burkinabè que le nom de celui qui a dirigé ce pays pendant 27 ans soit trainé dans la boue. Pour autant, le présent et l’avenir du Burkina Faso ne peuvent pas être liés aux angoisses d’un individu, qui qu’il fut !

Il faut en finir avec les logiques revanchardes. Le Burkina  Faso  ne  peut  pas continuer à souffrir des amitiés trahies entre politiciens d’une même moule à qui il a tout donné mais qui refusent d’oublier  ne serait-ce qu’un moment leurs intérêts égoïstes. L’heure est très grave. C’est au président du Faso de prendre l’initiative de négocier la trêve avec tous les acteurs aussi bien politiques que du monde des travailleurs pour afin mobiliser le maximum d’énergies et de ressources pour refonder la gouvernance de la sécurité et vaincre l’hydre du terrorisme qui menace la République dans ses fondements. Au nom de cet impératif d’union sacrée, le président peut bien sacrifier ses amitiés en accédant à la revendication de l’opposition qui lui demande de débarquer deux de ses hommes. Il y a un temps pour louvoyer, se chamailler et il y a un autre pour taire les divergences, se réunir autour de l’essentiel. L’essentiel aujourd’hui c’est de sauver, ensemble, la patrie. Il faut vite mettre fin à ces marches et contre marches entre l’opposition et le pouvoir autour des questions de sécurité.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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