AFFAIRE 29 MARCHES DE LA COVID-19 AU MENA : Le Pr Ouaro s’explique…s’explique…

Dans Le Reporter n°293 du 1er au 14 septembre 2020, nous révélions une rocambolesque situation au ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales (MENAPLN) dans la gestion du plan de riposte à la Covid-19. Dans cette affaire, le ministère est pointé du doigt pour non seulement avoir refusé le financement d’un partenaire financier, à savoir le Partenariat mondial pour l’éducation (PME), mais aussi pour avoir géré de façon toute aussi rocambolesque les marchés du plan de riposte. A la suite de l’article, le ministre en charge de l’éducation nationale nous a livré sa version des faits. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, explique le Pr Ouaro. Tout aurait été fait dans les règles de l’art, au regard de l’urgence. Mais à lire la liste des attributaires des marchés, il y a bien des questions qui demeurent suspectes. Qui a extirpé la presse écrite de la liste des médias bénéficiaires des activités de la riposte ? Pourquoi certains médias ont pu s’offrir de gros marchés alors que les plus crédibles doivent se contenter de portions congrues ? Le mystère reste entier.

6 milliards FCFA de gré à gré en 29 marchés conclus par le ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues
nationales (MENAPLN) avec des entreprises dans le cadre de la riposte à la Covid-19 et de la reprise des cours. En effet, afin d’assurer une continuité des cours pour les élèves dans le contexte de la Covid-19, le MENA a élaboré un plan de riposte qu’il a soumis au financement des partenaires notamment, le Partenariat mondial pour l’éducation (PME), pour un montant de plus de 3.857.290.500FCFA. Ce montant était un acquis, selon les responsables du PME.

Cependant, le virement tarde à être une réalité. C’est alors que le ministre des Finances informe son homologue, le Pr Ouaro, que le ministère de
l’Enseignement supérieur a décidé d’octroyer 5 millions de dollars afin de l’aider dans l’éducation en situation d’urgence. Du coup, le MENAPLN s’est retrouvé, en plus de 7 millions de dollars du PME, avec 12 millions de dollars. Techniquement, le plan de riposte du MENAPLN pouvait être couvert, explique le Pr Ouaro. Il introduit donc une demande de trésorerie de 8 milliards au ministère des Finances qui va décidé finalement de lui accorder seulement 6.059.912.000 milliards FCFA.

«Alors, gardez vos ressources»

Selon le ministre Stanislas Ouaro, « dès que nous avons reçu l’avance de trésorerie, l’agent partenaire qu’est l’Agence française de développement (AFD) nous a fait savoir que les choses ne devraient pas se passer ainsi, car les fonds du PME ne peuvent pas venir rembourser une dépense». Dès lors, les choses commençaient à se compliquer pour le MENAPLN. En plus, explique-t-il, la reprise avançait à grands pas. «Nous avons répondu au PME que nous ne pouvions pas attendre. Si leur financement vient, ça ne pouvait même pas rembourser toutes les dépenses du plan de riposte. Et d’ailleurs,
jusqu’aujourd’hui, les fonds ne sont pas encore venus.» Soutient le ministre de l’Education nationale.

Et ce n’est pas tout, selon lui : «Ils nous proposaient des activités qui n’avaient rien à voir avec notre plan de riposte. C’est pour cela, nous leur avons dit que comme ils ne voulaient plus financer notre plan de riposte parce que nous avons préfinancé, alors, gardez vos ressources. Nous n’allons pas prendre des ressources pour financer des activités qui n’ont pas un lien avec la Covid-19, alors que c’était destiné à cela. Nous préférons renoncer et nous allons réaménager notre budget national pour y faire face. C’est tout». Ajoute le Pr Ouarao, quelque peu agacé. Une fois cette position clairement affichée, les responsables du PME seraient, à leur
tour, dans l’embarras. Selon certaines informations, le Pr Ouaro serait un ambassadeur « adulé » par le PME qui ne comprend donc pas que leur
« ambassadeur » refuse leur financement au profit de son pays. Le 20 août 2020, la Directrice générale du PME adresse une lettre à la limite de la supplication au ministre afin de lui demander de reconsidérer la position du Burkina et de mettre tout en œuvre pour accéder au financement, même s’il faudra l’orienter vers d’autres activités. «Je comprends que vous envisagez de renoncer à ce financement du PME pour soutenir les besoins
issus de la crise de la Covid-19 au Burkina Faso. Bien entendu, nous accepterions cette décision si elle était confirmée, et informerions le Conseil d’administration de la situation. Je vous encourage cependant de considérer les options pour que ce financement puisse être utilisé pour vous aider à adresser les défis auxquels le Burkina Faso fait face. L’agent partenaire/AFD, l’ensemble des partenaires du Fonds commun/CAST, ainsi
que mes équipes du secrétariat sont prêts à vous accompagner pour avancer ce financement ».

Les lignes vont commencer à bouger. A la suite de cette lettre, le Pr Ouaro organise une rencontre avec la cheffe de file des PTF pour travailler sur les axes de financement. De commun accord, les fonds du PME serviront alors à « financer la réalisation des latrines, surtout les questions d’hygiène des filles, la réalisation de forages, soutenir les filles dans le cadre de la promotion de l’éducation inclusive.» A l’issue, «nous avons alors écrit au PME pour leur dire que nous acceptons les fonds». Mais jusque-là, les fonds ne seraient toujours pas transférés.

Le second aspect qui a fait l’objet de récriminations à l’encontre du MENAPLN concerne les marchés. Sur le document de bilan de la Direction des affaires administratives et financières (DAF) du ministère, 29 marchés ont été conclus avec des médias et des structures de communication. Comment le MENAPLN a bien pu passer autant de marchés en si peu de temps à travers des gré à gré ? Selon le Pr Ouaro, le gré à gré est bien encadré par un décret et autorisé par le ministère des Finances, au regard de l’urgence à laquelle son ministère faisait face. «Lorsque nous avons commencé à travailler sur le plan (de riposte), nous avons arrêté un certain nombre de choses. Pour moi, l’idée au départ c’était que tous les médias, parce que vraiment, les médias nous accompagnent, soient impliqués. On
voyait comment c’était difficile pour la presse. Pour moi, c’est d’abord de les utiliser pour nous accompagner à dérouler notre plan de riposte, mais aussi de les accompagner parce qu’en plein Covid-19, il n’y avait plus d’activités ; c’est ainsi qu’on a souhaité que tout ce qu’il y a comme presse qui fonctionne correctement dans notre pays soit associé dans ce plan, à travers la diffusion des contenus des cours et la sensibilisation. Il était surtout question d’utiliser la presse écrite pour publier régulièrement le programme de passage des émissions à la télé. En plus, nous avions envisagé de prendre des sujets d’examen ou un sujet conçu dans une matière donnée, par exemple, le présenter dans le journal ainsi que son corrigé », foi du ministre Ouaro.

Voici ce qui était donc prévu. Pour étayer ses justifications, le ministre a produit le document du budget prévisionnel. L’on peut, dans ce sens, voir une prévision d’un montant de 288.000.000 FCFA pour «l’insertion des cours dans les journaux». Mais que s’est-il donc passé ?

«Il y a eu des débats et j’ai été battu…»

Selon plusieurs sources, l’implication de la presse écrite a d’abord été combattue à l’intérieur du cabinet du ministère. Cette situation a été confirmée par le ministre lui-même en ces termes : «L’essentiel de mes collaborateurs en cabinet s’étaient opposés à ce qu’on associe la presse écrite. Pour eux, ce n’était pas pertinent». Néanmoins, «j’ai maintenu, parce que je savais derrière ce que je recherchais, car au delà, il s’agissait aussi de soutenir cette presse afin qu’elle ne plonge pas.»

Puis le dossier quitte le cabinet du ministre pour être acheminé en Conseil
des ministres. Visiblement, c’est là que le coup de semonce sera donné à la
presse écrite. Au cours de la session du Conseil des ministres, des membres du gouvernement se sont opposés à l’implication de la presse écrite. Pour le ministre Stanislas Ouaro, «il y a eu des débats et j’ai été battu. On m’a convaincu que c’était mieux de laisser la presse écrite, qu’elle soit publique ou privée, parce que ce n’était pas pertinent.»

Au finish, la presse écrite a été rayée de la liste. Cependant, le Pr Ouaro confie avoir eu une séance de travail avec la société des éditeurs de la presse écrite (SEP) qui voulait comprendre le traitement du dossier. Il ajoute à ce titre que ce n’est pas encore tard, car, «nous allons regarder, à la
rentrée, comment nous pouvons accompagner la presse écrite privée dans le cadre de la sensibilisation ». Il restait ensuite la passation des marchés. A ce stade, le ministre de la communication aurait été impliqué dans la négociations des coûts avec les patrons des médias retenus. L’argument serait que les coûts proposés par le MENAPLN seraient excessivement élevés.

Si effectivement certains responsables reconnaissent avoir accepté de casser leurs prix, beaucoup sont amers aujourd’hui de constater que d’autres organes pour on ne sait quelle raison se sont tapés de gros contrats. C’est le cas du Groupe Minute qui a été bénéficiaire de deux contrats de 40 et 71 millions de FCFA soient 111 millions au total pendant que Lefaso.net et Burkina 24 se retrouvent avec moins de 40 millions chacun. Des télévisions comme BF1 et Burkina Info ont ont obtenu des contrats de 14 millions alors que Omega TV toujours en essai au moment des faits s’est tapé le double soit 28 millions de francs CFA. En tous les cas, certaines zones d’ombres persistent et suscitent dans les milieux des médias beaucoup de controverses. Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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