PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES 2020 : Le dernier combat des dinosaures

La course pour le palais présidentiel et l’hémicycle amorce son avant dernier virage. Pour les législatives, les prétendants sont désormais connus. En attendant la validation des listes, les partis ou formations politiques et les regroupements d’indépendants en lice sont connus depuis le 23 septembre dernier. Pour la présidentielle, les candidats se succèdent à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour déposer leurs dossiers depuis le 28 septembre. Déjà, l’on peut retenir que presque tous les principaux challengers du président sortant sont aussi candidats pour la députation. Après les investitures pompeuses et les discours parfois surréalistes sur leurs ambitions et prétentions politiques, la lucidité semble avoir visité plus d’un, le temps de la confection des listes de candidatures pour la députation. Après, l’on relance les impostures et les irrévérences en attendant le retour à la froide réflexion au soir du 22 novembre 2020.

C’est désormais clair, l’Assemblée nationale connaîtra un fort taux de renouvellement. En effet, les premiers constats que l’on peut faire des listes
de candidatures, c’est que presque tous les partis politiques ont privilégié de nouvelles figures au détriment de bien des députés sortants. Aussi bien le Mouvement du peuple pour le progrès (MMP), le parti au pouvoir et ses alliés, que ceux de l’opposition ont laissé sur le carreau, des députés actuels qui étaient pourtant vus par l’opinion comme des sortes de mascottes de leurs partis dans certaines régions. Sur ce point, c’est l’Union pour le progrès et le changement (UPC) qui semble avoir battu le record. Quand on parcourt ses listes de candidatures, l’on se rend compte que la plupart de ses députés en vue n’y figurent pas. L’on peut noter, entre autres, l’actuel 2e vice président de l’Assemblée nationale, par ailleurs Secrétaire général du parti, Adama Sosso, le porte-parole du parti, Rabi Yaméogo, le bouillant Moussa Zerbo de Bobo-Dioulasso, le Poé Naaba de Ouagadougou, qui boucle son deuxième mandat après celui écourté par l’insurrection populaire.

Le CDP n’est pas non plus en reste, on note l’absence des listes de certains élus tels que Juliette Bonkoungou, Alfred Sanou, Michel Ouédraogo, etc. Dans le même temps, l’on assiste au retour de certains caciques restés fidèles de Blaise Compaoré jusqu’à sa fuite en octobre 2014. Sont de ceux-là, Bognessan Arsène Yé, premier président de l’Assemblée nationale (alors Assemblée des députés du peuple – ADP-) de la 4e République, puis ministre pendant plusieurs années sous Blaise Compaoré, tête de liste dans la province des Balé, ; Luc Adolphe Tiao, ancien président du Conseil supérieur de la communication (CSC), Ambassadeur du Burkina à Paris (France) et dernier Premier ministre de Blaise Compaoré ; tête de liste de la
province du Sanguié ; Alain Edouard Traoré, dernier porte-parole du gouvernement de Blaise Compaoré, tête de liste de la province de
la Comoé ; Achille Tapsoba, ancien député et ancien ministre, deuxième sur la liste nationale ; Salifou Sawadogo, ancien ministre et ancien député, tête de liste dans le Kadiogo ; bien d’autres anciens ministres, députés et élus locaux font leur retour sur scène.

Au niveau de l’Union pour la renaissance, Parti sankariste, c’est plus ou moins la continuité. Sur les 5 élus, 3, dont le président Me Benewendé Sankara, sont en lice pour le scrutin du 22 novembre. Les deux qui manquent à l’appel sont Alexandre Sankara du Kadiogo qui se présente désormais sous la bannière du PUR (progressistes unis pour le renouveau) et Désiré Traoré de la province des Banwa.

A l’Alliance pour la démocratie et la fédération – Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA), seul le député Lassina Gondé du Houet figure sur les listes de 2020. Les deux autres élus de la législature actuelle que sont le Doyen des députés, Noufou Ouédraogo (liste nationale), et Marie Rose Romée Ouédraogo, élue sur la liste du Yatenga en 2015, ont cédé la place à deux revenants en la personne de Gilbert Ouédraogo, le président du parti lui-même, sur la liste nationale et de Sidiki Belem, député de la législature balayée par l’insurrection populaire, tête de liste dans la province du Yatenga.

Bref, au niveau de presque toutes les formations politiques, il y a eu des bruits de chaises musicales qui sonnent comme l’aboutissement de tensions
internes et des chocs des ambitions, même si certains auraient volontairement décidé de céder la place à d’autres camarades.

Rééditer le score 2015, un pari presqu’impossible !

Ces chamboulements constatés dans les listes électorales risquent de produire les mêmes effets aux résultats. D’autant plus que de nouveaux acteurs, issus de nouvelles formations politiques, de regroupements d’indépendants mais aussi des dissidences dans certains partis comme le MPP, l’UPC et le CDP ont fait leur apparition sur la scène et entendent y
occuper de l’espace et des sièges à l’hémicycle. Pour la plupart des anciens partis engagés dans cette double bataille électorale de 2020, le premier challenge, c’est de réussir au moins à rééditer leurs scores de 2015. Le MPP
et ses alliés sont les plus menacés. Si pour la présidentielle, le Président Roch Kaboré semble avoir une longueur d’avance sur ces concurrents directs, au niveau législatif, son parti aura du mal à reconquérir ses 55 sièges à l’Assemblée.

Il en est de même pour certains de ses alliés comme l’UNIR/PS qui aura fort à faire pour sauver les 5 sièges de 2015. Toutefois, certains partis de la
majorité pourraient tirer leur épingle du jeu. L’un dans l’autre, la majorité sera difficile à construire au sortir des législatives 2020. Ce qui peut
engendrer des alliances aujourd’hui impensables. Du reste quel que soit le vainqueur de la présidentielle, il va devoir composer avec d’autres forces politiques à l’Assemblée Nationale.

Mais, il n’y a pas que la majorité qui aura du mal à se maintenir. Le statut du chef de file de l’opposition sera aussi âprement disputé. L’actuel occupant du poste doit se faire des soucis, tant les rapports de force semblent de plus en plus en sa défaveur. Il risque, au terme du double
scrutin du 22 novembre, de voir non seulement son rêve d’installer ses quartiers à Kosyam s’éloigner définitivement, mais aussi de perdre son statut de chef de file de l’opposition. Eddie Konboïgo et le CDP jouent également gros. Ils reviennent de loin. Certes, c’est déjà un exploit assez flatteur pour eux d’être toujours dans la « cour des grands ». S’ils réussissent mieux qu’en 2015, ils pourront se maintenir encore sur l’échiquier politique. A contrario, en cas d’échec à la présidentielle et aux législatives, ils risquent d’acter le déclin du parti de Blaise Compaoré. Sauf bien sûr s’ils intègrent la majorité présidentielle. Ce qui n’est pas à exclure.

Encore de curieuses candidatures à la Présidence du Faso !

Un autre constat intriguant est que des candidats considérés comme les principaux challengers du Président Roch Kaboré à la présidentielle sont en lice pour les législatives aussi. Excepté Kadré Désiré Ouédraogo, le champion du Mouvement Agir ensemble pour le Burkina Faso (MAE –BF), tous les autres principaux candidats sont têtes de listes nationales de leur parti pour les législatives. C’est le cas du chef de file de l’opposition himself, président de l’UPC, Zéphirin Diabré, du président du CDP, Eddie Komboïgo, de Gilbert Noël Ouédraogo de l’ADF-RDA.

Pour bien des observateurs, c’est bien la preuve qu’ils ne croient pas eux-mêmes en leurs chances pour la présidentielle. C’est vrai que quand un candidat à la magistrature suprême est confiant de sa valeur intrinsèque, il se concentre exclusivement sur son objectif qui est Kosyam. Mais avec des candidats qui crient à la victoire avant l’heure sans s’en donner les moyens, tout est permis. Mieux vaut donc s’assurer le minimum de légitimité pour certains, l’immunité pour d’autres ou un « emploi » de député pour d’autres encore. Certains tentent de justifier cette posture par des arguments qui ne convainquent personne. En tous les cas, c’est dans moins de deux mois. Que le meilleur gagne.


L’on remarque également que les candidatures à la Présidence du Faso suscitent aussi des curiosités, au regard du profil de certains candidats. En effet, certains étaient d’illustres inconnus jusqu’au jour du dépôt ou de l’annonce de leur candidature. Sans vouloir offenser les uns et les autres, l’on ne peut que réaffirmer avec force qu’une candidature à la fonction de président du Faso doit reposer sur un socle de légitimité populaire, d’un parcours professionnel ou politique reconnu de ses concitoyens ou tout au
moins d’une trajectoire socioprofessionnelle qui force l’admiration. Il est vrai que le processus démocratique burkinabè a travesti les règles et autorise toutes les possibilités, toutes les prétentions et tous les excès sur le terrain politique.

Mais, au risque d’être accablé de tous les noms d’oiseaux, osons le discours de vérité en affirmant haut et fort que ne devient pas président du Faso qui veut mais qui peut. Il ne s’agit nullement de dénier à tous ces citoyens leurs
droits d’être électeurs et éligibles. Il s’agit simplement de rappeler que dans la société, tout le monde a, certes, sa place, mais il faut se donner les moyens d’espérer une plus grande que celle que l’on occupe. Et en politique
comme partout ailleurs, il n’est pas possible d’accéder aux étages supérieurs sans ascenseur ni escalier. Autrement la descente peut être périlleuse !

Cependant, et contrairement aux précédentes élections, notamment, sous Blaise Compaoré où le président sortant tutoyait les 90% pendant qu’une dizaine de candidats se disputaient les 10% restants, à la présidentielle de
2020, trois à quatre candidats se partageront au moins 45%. S’ils se montrent plus organisés et se donnent les moyens de proposer autre chose que la proclamation de l’échec du pouvoir en place, ils pourront contraindre ce dernier à un second tour. Mais il faut insister là-dessus, ils doivent revoir fondamentalement leurs offres et discours politiques. Ils doivent apprendre à faire rêver la jeunesse burkinabè et à redonner espoir aux séniors qui souffrent dans leur chair de voir leur pays tomber progressivement en lambeaux.

Malheureusement, en l’étape actuelle des candidatures et des professions de foi entendues ça et là, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Finalement, comme nous le redoutions, au regard des candidatures actuelles, le double scrutin du 22 novembre risque d’être un combat entre les derniers dinosaures de la faune politique burkinabè. Et ce n’est peut-être pas mauvais en soi. Ce sera sans doute leur dernier. La scène politique se recomposera irréversiblement avec d’autres acteurs à partir de 2021. Il reste à espérer qu’ils ne soient pas pires que ceux en voie de sortie !

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Zida ou la posture renversante d’un candidat de rupture !

Comme un OVNI (objet volant non identifié), Yacouba Isaac Zida parachute sur la scène politique, un soir de fin octobre 2014. Jusqu’alors N°2 de la garde prétorienne de Blaise Compaoré, il a été adoubé par la haute hiérarchie militaire, contrainte de le désigner chef de l’Etat par intérim. Il venait donc de se hisser à la plus haute marche de l’Etat en occupant les charges abandonnées par le Président Compaoré en fuite vers des lieux plus paisibles pour lui et sa famille. Depuis, Yacouba Isaac Zida se voit le nouveau messie burkinabè. En effet, passé par la suite Premier ministre, bombardé Général de division et nommé Ambassadeur du Burkina aux Etats-Unis en fin de transition, l’homme est devenu extrêmement complexe,
insaisissable qu’il a dû lui-même écrire un livre pour rassurer qu’il sait qui il est.

Recherché par la Justice militaire pour désertion en temps de paix, radié des effectifs de l’armée et exilé volontaire au Canada, il s’est investi candidat à l’élection présidentielle du 22 novembre à son absence. Il a promis à ses soutiens qu’il allait assumer ses responsabilités en rejoignant courageusement, tel un homme d’honneur, la terre de ses ancêtres pour être investi candidat du Mouvement patriotique pour le salut (MPS). Mais il a brillé par son absence. Pour se dédouaner, il sort l’incroyable argument selon lequel les autorités politiques menacent de le mettre aux arrêts s’il
osait atterrir à l’aéroport de Ouagadougou. Le démenti formel du gouvernement ne s’est pas fait attendre : Yacouba Isaac Zida peut revenir
chez lui quand il veut. Et puis, que craint-il ?

Mieux, l’on apprend que le héros du MPS a tenté de négocier avec le pouvoir exécutif, l’abandon des poursuites judiciaires à son encontre. Quelle renversante posture d’un candidat de la rupture avec la mal gouvernance qui demande au pouvoir exécutif de s’ingérer dans les affaires judiciaires pour lui tirer d’affaire ! Maladroitement, lui et ses soutiens optent pour une stratégie de victimisation qui émeut peu de Burkinabè.

Finalement, il faut espérer qu’ils tireront les leçons du fabuleux montage de l’investiture dont l’effet s’est révélé improductif. On ne se proclame pas héros ni martyr. Ce sont les faits, disons, les hauts faits, les sacrifices des
hommes et des femmes qui les hissent à cette honorable et vénérable posture de héros et de martyr.

B.O

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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