AFFAIRE AUGUSTE DENISE BARRY : Le flou s’intensifie.

Interpellé et mis aux arrêts le 29 décembre 2017, Auguste Denise Barry a défrayé la chronique pendant longtemps. Il séjournera dans la prison militaire, la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA), pendant huit mois. Le 28 août 2018, il bénéficiera d’une liberté provisoire longtemps réclamée par ses conseils. Mais au fond, les véritables raisons de cette affaire restent encore peu connues. Des zones d’ombre planent sur le dossier et pourraient remettre en cause sa crédibilité.

Le 28 août 2018, il était environ 13h quand l’ancien ministre de la Sécurité et directeur du Centre d’études stratégiques en défense et sécurité (CESDS), le Colonel Auguste Denise Barry, a été mis en liberté provisoire. La nième demande venait d’être             acceptée. Poursuivi depuis janvier 2018 pour «complot et incitation à la commission d’actes contraires à la discipline et au devoir», il quitte la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) pour jouir d’une liberté provisoire en attendant une probable audience de mise en accusation. Cette audience non encore évoquée serait une suite normale du dossier. Mais là, c’est une autre paire de manche. L’affaire n’arrive toujours pas à convaincre l’opinion et les observateurs avisés. Ceux qui suivent le dossier peinent à y voir des arguments «béton».

Politique ou véritable affaire judiciaire? Fébrilité ou tentative réelle de déstabilisation enrayée? Le Colonel avait-il des intentions putschistes? Les interrogations vont bon train et ramènent toujours le dossier sur l’échiquier politique en attendant qu’un procès édifiant mette tout le monde d’accord. Selon certaines sources, cette liberté provisoire accordée en fin août intervient après plusieurs demandes formulées par la défense. Au moins 4 demandes de liberté provisoire ont été faites,  apprend-on, les trois précédentes ayant été infructueuses. Pour l’instant, le dossier au fond n’est pas encore abordé. Pour une affaire de déstabilisation des institutions du pays, cette liberté provisoire, même étant un droit d’un prévenu, laisse songeurs les Burkinabè. Que s’est-il passé exactement? Des informations commencent à fuiter. Si certaines langues ont commencé donc à se délier, d’autres par contre peinent encore à emboucher la même trompette et disent toute leur peur à parler du dossier. Néanmoins, les informations  aussi minimes qui sortent permettent de se faire une idée d’un pan de cet emblématique dossier. Le Colonel Auguste Denise Barry avait en projet de faire tomber le régime et son plan a été découvert et déjoué, d’où son arrestation. Voici tout ce qu’on peut retenir dans un langage accessible à tous. L’ampleur de l’affaire est telle qu’un procès  aurait pu intervenir le plus rapidement possible pour situer les responsabilités; mais ça traine! Pourquoi? L’instruction a-t-elle  révélé des insuffisances? Ou bien a-t-on mis en berne un dossier aussi «lourd» ?

Il s’agit de l’affaire Barry»

L’on se rappelle que quelques jours après l’arrestation du Colonel,  des civils ont également été mis aux arrêts, conduits à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) et accusés d’être de mèche avec l’homme dans l’opération de déstabilisation du pays dont il est accusé. A propos des trois civils, il s’agissait d’un commerçant du nom de Juslin Yeta, d’un jardinier du nom de Fulbert Nana et d’un électricien nommé Sayouba Zongo. A propos de ce dernier,  il s’agirait d’un vendeur d’une boutique de quincaillerie. Mais qu’à cela ne tienne! Selon ceux qui arrivent à piper mot à ce propos,  le lien entre les civils et le Colonel mis en cause dans cette affaire n’est pas clair. Une source bien informée explique que tout serait parti d’une rencontre entre un jeune que nous allons appeler Z. et un  protocole de ministre. L’initiative est partie du protocole en question qui entre en contact avec Z. porteur d’un message. Il informe Z. que son patron qui est le ministre souhaite financer des projets de jeunes et pour ce faire, s’il est intéressé, il peut dresser une liste. Z. dresse alors la liste avec trois  noms de ses proches amis qu’il remet au protocole. Par la suite, c’est le silence total. La prochaine nouvelle qu’il apprendra est que ses amis dont il avait donné les noms sur la liste sont à la gendarmerie de Paspanga. Surpris, il y accourt pour comprendre. Une fois sur place, il va vivre un cauchemar : il est saisi par des gendarmes, brutalisé et ligoté, relate-t-on.

Entre-temps, arrive le «chef» (ndlr : comme ils l’ont appelé) des gendarmes. Surpris de voir ce qui se passe, il interroge ses éléments et leur réponse est qu’il s’agit de «l’affaire Barry». Le «chef» s’étonne d’abord, fait détacher ensuite Z. et demande à l’infortuné ce qui se passe. Il explique alors au «chef» comment il s’est retrouvé dans les locaux de la gendarmerie ; c’était pour prendre les nouvelles de ses amis détenus dans les locaux dont il avait inscrit les noms sur une liste demandée par un protocole de ministre pour se faire financer des projets. Le supérieur sort la fameuse liste en effet et l’infortuné récite textuellement les noms qui s’y trouvent et confirme que c’est bien lui qui l’a établie et ce pourquoi il l’a fait. Il sera alors libéré sans rien de plus, sinon avec une interdiction ferme de ne jamais évoquer le sujet. Depuis lors, et après cet épisode, Z. devient pratiquement injoignable. Tous ceux qui tentent de lui arracher un mot font face à un mur de silence. Voilà comment les trois civils interpellés dans le cadre de l’affaire  Barry se sont retrouvés impliqués.

Pour l’instant, il est difficile de mettre un nom sur le protocole du ministre en question. Seule une enquête judiciaire bien menée pourrait le découvrir. Cependant, il y a une constante, le Colonel dit ne pas connaitre les civils en question. Il en est de même pour les civils qui eux, s’ils connaissent le Colonel,  disent-ils, ce n’est qu’à la télévision qu’ils le voient et au moment où celui-ci était ministre.

En attendant l’audience de mise en accusation, Auguste Denise Barry aurait repris service. Son salaire qui était bloqué semble trouver progressivement une solution. Des mouvements sont ressentis sur le compte, mais tout ne serait pas encore entièrement rentré dans l’ordre. On apprend également que les civils arrêtés dans  le cadre  de cette affaire ont tous été libérés. Personne n’est encore dans les liens de la détention. Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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