AFFAIRE CHARBON FIN : aucune mesure conservatoire pour aider la Justice

Le 7août dernier, s’est ouvert le procès de l’affaire dite du charbon fin dont la tentative d’exportation par la société minière IAMGOLD Essakane fait l’objet d’une enquête judiciaire depuis le début de l’année. Mais à peine ouvert, le procès a été renvoyé en octobre. 12 personnes physiques issues du ministère en charge des mines, des Douanes, des entreprises IAMGOLD Essakane et Bolloré ainsi que ces deux entreprises sont poursuivies pour «fraude en matière de commercialisation de l’or et des substances précieuses, faux et usage de faux en écriture privée de commerce, exportation illégale de déchets dangereux, blanchiment de capitaux, franchise illégale». En attendant la reprise donc du procès, l’on ne peut que se féliciter que cette affaire aboutisse à un jugement en bonne et due forme. L’on se souvient que lorsque nous avions révélé cette affaire, le ministère des Mines, à travers certains cadres qui auront désormais la latitude de s’expliquer à la barre du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, avait publiquement affirmé qu’il n’en était rien et que le journaliste était en quête de sensationnel. Ils avaient crié sur tous les toits que toutes les procédures d’exportation du charbon fin avaient été respectées. Le Directeur général de la Brigade nationale de lutte anti- fraude (BNAF) de l’or qui avait effectué une mission à Bobo-Dioulasso où les containers contenant le fameux charbon fin avaient été saisis, a clairement conclu dans son rapport qu’il n’y avait pas eu de fraude à l’exportation de l’or.

Mais, ce n’était pas l’avis de la Justice, notamment du Procureur général qui l’avait requis. Ce dernier a donc commandité une expertise indépendante qui a conclu au contraire du rapport de la BNAF. Une enquête judiciaire a été ouverte pour faire toute la lumière. Cette enquête est bouclée et le dossier a été enrôlé pour être jugé. Sans préjuger de l’issue de ce procès, l’on ne peut que saluer la Justice qui, en dépit de toutes les pressions, a tenu à faire toute la lumière sur cette affaire. Le procès étant public et contradictoire, toutes les personnes de bonne foi, attachées à la vérité et à la justice, pourront suivre les débats pour se rendre à l’évidence de ce qui a été fait ou non.

Mais déjà, au regard de l’évolution du dossier, l’on peut affirmer que le ministère en charge des mines, à commencer  par  son  premier  responsable, a manqué à son devoir en pareille circonstance. Dans un Etat de droit digne de ce nom, lorsque la Justice est saisie d’un dossier, il n’appartient pas à un ministre qui, a priori, n’est pas accusé, de s’ériger en contradicteur de la Justice. D’autant plus que lui-même a posé des actes susceptibles d’être remis en cause dans la procédure. La bonne attitude aurait consisté à prendre acte de la procédure et se mettre à la disposition de la Justice pour fournir toutes les informations dont elle aura besoin pour la manifestation de la vérité. Mais, non content d’avoir des comportements aux antipodes de cette attitude républicaine, le ministre Oumarou Idani a publiquement tenté de dénoncer une cabale, pour finir par affirmer que s’il y a fraude, la société Essakane devra répondre. Si l’on y ajoute donc le fait que l’autorisation qu’il a accordée à Essakane pour l’exportation du charbon fin est suspecte, l’on peut se demander si logiquement, ce ministre, en homme d’Etat, ne devrait pas renoncer volontairement à sa charge pour se mettre à la disposition de la Justice. C’est, du reste, ce qu’une partie de ses compatriotes lui demande. Il ne s’agit pas de le condamner à l’avance. Il s’agit surtout de montrer à la face du monde que la charge de ministre est si vénérable que si des soupçons de fraude ou de manquements à ses responsabilités pèsent sur un détenteur de cette charge, il doit donner l’exemple. Mais l’on est au Burkina Faso, sous la présidence de Roch Marc Christian kaboré. Non seulement un ministre, ça ne démissionne pas, mais ça ne «ferme pas sa gueule», comme l’avait préconisé Jean-Pierre Chevènement, homme politique français.

Le ministre Idani peut compter sur le soutien de son Premier ministre pour qui, les révélations des médias ne sont pas suffisantes pour débarquer un ministre. Finalement, même les cadres de l’Administration sur qui pèsent des soupçons sont maintenus à leur poste. Sur le plan administratif, aucune mesure n’est donc prise, à titre conservatoire, pour aider à la manifestation de la vérité. Et c’est ainsi que ce gouvernement veut lutter contre la corruption et restaurer l’autorité de l’Etat. Autant dire qu’il travaille à aggraver la crise de confiance entre l’Etat et les citoyens, et donc à renforcer la défiance.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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