AFFAIRE CHARBON FIN DE ESSAKANE : Mais qu’est-ce qui fait tant courir le ministre des Mines?

Mise à nu depuis pratiquement six mois, l’affaire agite fortement le landerneau politique et le secteur minier. Bien que les principaux mis en cause tentent de le minimiser, c’est finalement l’un des plus gros scandales économiques de l’année. Cette  affaire risque d’éclabousser et d’engloutir beaucoup de personnes et pas des moindres. Elle continue de faire des vagues. Comme s’il se sentait morveux, le ministre des Mines, Oumarou Idani, se mouche et se défend. Difficilement, d’ailleurs. Après avoir tenté de blanchir la société IAMGOLD Essakane aux premières heures du scandale, il essaie désormais de sauver sa tête, maladroitement. Mais il donne l’impression de s’être trop embourbé. Les faits sont têtus et même accablants. Des choses cachées continuent de sortir et mettent en lumière progressivement tout ce que l’on a voulu camoufler. L’épée de Damoclès plane en l’air.

Pour paraphraser Norbert Zongo, l’on est tenté de s’écrier : le ministre Idani s’explique, s’explique, s’explique, mais les faits sont têtus. Depuis fin décembre 2018 que le pot aux roses a été découvert, le ministre des Mines est au four et au moulin. Il se bat comme un beau diable pour se sortir des soupçons de complicité qui pèsent sur lui et certains agents de son ministère dans ce dossier à rebondissement. En lieu et place d’arguments solides à même de remettre en cause les publications des journaux, l’on a eu droit à des opérations de communication, concomitamment menées par la société minière et le ministère. Le ministre a animé une conférence de presse juste pour tenter de rassurer qu’il n’y a pas eu de deal ni de fraude.

Et pourtant, la tentative d’exportation du charbon fin sent la fraude à la commercialisation de l’or à plein nez. Le ministre veut-il cacher le soleil avec sa main ? De quoi a-t-il peur ? Si le ministre se réjouit que ce soit une structure de son département, en l’occurrence la Brigade nationale anti-fraude de l’or (BNAF), qui ait fait la saisie à Bobo-Dioulasso le 30 décembre 2018, il oublie aussi de dire que le rapport produit en quarante-huit heures par cette structure n’a pas été à la hauteur des attentes du Procureur général qui avait ordonné la saisie. D’où le recours à l’expertise chimique et douanière ordonné par le Procureur général. Et le résultat de l’expertise donna raison au Procureur. Bien d’autres vérités sciemment ignorées par le ministre Idani dans son éclairage prouvent que des choses sont encore cachées dans ce scandale.

La Direction générale des Douanes a failli

En effet, selon une source bien introduite, les containers de charbon fin ont quitté la mine le 1er décembre 2018 en direction de Ouagadougou. A cette date, 10 camions transportant 20 containers quittent la mine d’or d’Essakane. Ils n’arriveront à Ouagadougou que le lendemain, soit le 2 décembre. Ils entrent en entrepôt dans le terminal de Bolloré. Des informations parviennent à la  Douane. Très vite, elle met en place un dispositif pour vérifier les contenus des containers. Cependant, elle ne peut pas intervenir directement, dit-on. Information prise auprès de plusieurs sources concordantes, un autre convoi devrait encore quitter Essakane pour s’ajouter au premier. C’est alors que la Douane se fera plus alerte. Le 4 décembre dans la soirée, le convoi sera intercepté dans la zone de Korsimoro. Sans hésiter, les camions sont conduits à la Brigade d’intervention. Le convoi est composé de 12 containers transportés par six camions ; chaque camion transportant 2 containers. Que reprochait-on au convoi ? Il manquait, entre autres, une autorisation de déplacement de marchandises. Le transitaire à qui la Douane a exigé cette autorisation n’a pas pu la fournir. La marchandise transportée fut alors saisie ainsi que les moyens de transport.

Les téléphones ont crépité. Une pression s’exerçait sur la Douane qui finalement, n’a pas pu garder ce convoi le plus longtemps possible. La Douane a-t-elle eu les coudées franches pour agir ? A-t-elle cédé à des pressions ? De qui ? Ou a-t- elle pris sur elle la responsabilité de laisser passer une cargaison objet de saisie ? Les questions restent entières. En tout cas, dès le lendemain 5 décembre 2018, le convoi a été libéré. Qui a donc autorisé le convoi à repartir ? Pourquoi la Douane a finalement libéré les camions saisis? Selon toute vraisemblance, la décision est venue des bureaux de la Direction générale des Douanes. Bref, cette étape a été franchie mais le problème demeure. Essakane n’avait pas encore toutes les autorisations officielles de la part de la Douane et du ministère des Mines. L’autorisation du ministère n’interviendra finalement que le 14 décembre.

Par lettre L175/ESS/DG/DCA/FB/pf/2018 du 17 décembre 2018, la société IAMGOLD sollicite du Directeur général des Douanes,  une autorisation d’exportation de charbon fin. Dès le lendemain 18 décembre, la Directrice générale adjointe des Douanes répond en autorisant l’exportation du charbon fin. Mais en réalité, c’était déjà trop tard, puisque l’infraction avait été constatée depuis le 4 décembre. Mais Essakane a tenté de forcer pour transporter les cargaisons à Bobo-Dioulasso où la BNAF a finalement saisi les containers en cours d’expédition vers le Canada via Abidjan le 30 décembre.

Tentative de négociation ?

Depuis, c’est le branle-bas de combat au ministère en charge des mines. Il n’est point besoin de revenir sur les sorties médiatiques après les révélations faites sur cette affaire par Le Reporter en janvier dernier. Selon des sources bien introduites, le ministre Idani aurait tenté une démarche dont les finalités ne sont pas encore clairement expliquées. En effet, l’on apprend que sans saisir son collègue de la Justice ni le Procureur général, le ministre se serait rendu chez le Procureur du Faso pour on ne sait quelle raison. Pourtant, selon les mêmes sources qui sont formelles, le ministre ne fait pas partie, pour l’instant, des personnes à auditionner.

Mais qu’est-ce que Oumarou Idani est-il donc allé chercher chez le Procureur ? Négocier ? S’expliquer ? De quoi se reproche-t-il ? Plus grave, le ministre aurait expliqué que  sa démarche était faite au nom du président du Faso lui-même. Le ministre des Mines, dans sa débandade, cherche-t-il à embarquer d’autres personnes? Oumarou Idani a donc passé outre la collégialité gouvernementale en ne tenant pas informé son collègue de la Justice et fait fi des supérieurs du Procureur du Faso pour entamer une telle démarche. A y voir de près, il joue le tout pour le tout. En tous les cas, le dossier est désormais pendant à la Justice. Le ministre a publiquement promis de ne pas faire obstacle à la manifestation de la vérité et de la justice. Même s’il tente de nier les évidences et ne craint pas d’annoncer publiquement des contrevérités et tait volontairement certaines démarches insolites. Affaire à suivre donc !

Aimé NABALOUM
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