PROCES DU PUTSCH MANQUE : En attendant la contre-offensive des accusés

Après de longues semaines de  suspension suite au mouvement d’humeur des Avocats, le procès du putsch manqué a repris avec les plaidoiries des parties civiles. Pendant près d’une cinquantaine de jours de retard, les médias et les réseaux sociaux ont dû trouver autre chose pour meubler l’actualité et agiter l’opinion. Les sujets n’ont pas manqué. Depuis le mardi 11 juin, le procès du putsch manqué a repris sa place dans l’actualité nationale. Le moins que l’on puisse dire c’est que le temps écoulé n’a pas émoussé l’élan et la détermination des Avocats des parties civiles. Trois jours durant, l’on a volé direct dans les plumes des accusés en attendant le passage de leurs Avocats. Des plaidoiries entendues jusque-là, l’on peut retenir pour l’essentiel que toutes demandent, ni plus ni moins que justice soit faite, sans complaisance ni vengeance : dire le droit et rien que le droit dans toute sa rigueur.

A l’entame de leurs plaidoiries, tous les Avocats des parties civiles ont tenu à relever un certain nombre de préalables. D’abord, ils ont tenu à faire remarquer que ce procès n’est ni un règlement de comptes politiques, ni une vengeance encore moyen une justice des vainqueurs. Ils ont ainsi insisté sur la justice et le refus de l’impunité des crimes et autres barbaries commis lors du coup d’Etat des 16 et 17 septembre 2015. Des officiers, sous-officiers et militaires de rang ont arrêté le président du Faso, le Premier ministre et les membres du gouvernement le 16 septembre. Le Général Gilbert Diendéré s’est autoproclamé président du Faso. Le peuple a résisté avec le soutien de forces loyalistes face à cette imposture. Des civils (hommes politiques et autres activistes occasionnels) ont apporté leurs soutiens actifs aux putschistes. 13 Burkinabè ont été tués et près de 250 autres blessés pendant la répression sauvage de la résistance. Ce sont là quelques faits.

Outre ces faits constants qui indiquent en eux-mêmes leurs auteurs, l’on peut retenir que ce procès est intervenu après 30 mois d’instruction qui ont permis d’inculper 84 accusés qui ont été renvoyés devant la Chambre de jugement du Tribunal de grande instance pour répondre des faits qui leur sont reprochés dans ces crimes odieux du putsch manqué. Ce sont donc des faits constants et vécus par le peuple burkinabè et suivis en direct par la communauté internationale qui sont jugés.

Ce n’est pas un procès de l’armée !

Ensuite, ce procès est une exigence de l’Etat de droit. En effet, l’Etat de droit ne saurait se satisfaire de l’impunité des crimes aussi odieux que ceux qui ont été commis à l’occasion de ce putsch manqué. Certains acteurs et témoins ont invoqué la réconciliation pour souhaiter que la justice soit sacrifiée sur l’autel d’une prétendue cohésion sociale et au sein de l’armée. Certains comme le Général Djibrill Bassolé, l’un des inculpés, ont osé affirmer à la barre que s’il était chef d’Etat-Major général des forces armées, ce procès n’aurait pas eu lieu. A son entendement, il eût fallu indemniser les familles des victimes à coups de millions et le tour est joué. Quel cynisme ? En somme, au lieu de la justice, l’Etat aurait dû payer l’impunité des criminels au nom de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale. Heureusement qu’il n’est pas le chef d’Etat-Major. Et même s’il l’était, quel texte donne le pouvoir au chef d’Etat-Major des armées d’empêcher la tenue d’un procès.

Enfin, les Avocats des parties civiles l’ont clairement relevé : ce procès n’est pas celui de l’armée ou du RSP. Il est celui d’une certaine conception de l’armée qui tolère que des officiers mus par des ambitions politiques, se servent des armes du peuple et des troupes sous leur commandement pour conquérir le pouvoir d’Etat. Cette époque doit être à jamais révolue et le procès en cours doit le démontrer clairement à travers une décision exemplaire sur la base des faits probants qui ont été présentés à la barre et par l’instruction. Il ne s’agit nullement d’aimer ou de détester tel ou tel accusé. Il s’agit de dire le droit et d’appliquer la loi dans toute sa rigueur.

Les accusés en ont eu pour leurs grades et statuts respectifs.

Après les préalables, les Avocats des parties civiles ont tenté de démontrer la culpabilité de certains accusés des faits qui leur sont reprochés. Des officiers supérieurs aux soldats de rang, en passant par les sous-officiers, les politiciens et autres soutiens civils des putschistes, chacun en a eu pour son grade ou son statut. Mes Souleymane Ouédraogo, Ali Néya, Louis Dayamba, Prosper Farama, Zara Ouédraogo, Awa Sawadogo, Pierre Yanogo, Séraphin Sommé, Mes Oumarou Ouédraogo et Guy Hervé Kam, dans un enchaînement saisissant, ont essayé  de remettre en lumière des faits qui établissent, selon eux, des preuves irréfutables de la culpabilité de certains accusés. Mieux, ils ont relevé le déni et le refus du repentir dont certains des accusés ont fait montre tout au long du procès. Sont de ces accusés, les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, les Colonels Boureima Kiéré et Abdoul Karim Traoré, les Capitaines Abdoulaye Dao et Jacques Limon, les Sous-officiers et Soldats Roger Koussoubé alias le Touareg, Oukoro Pascal et Dah Sami, Pagbelem Amidou, Poda  Ollo, Nébié Adoul Nafion, Soulama Seydou, Saboué Moussa, Ly Amadou, Kaboré Adama et Diallo Adama, les hommes politiques Herman Yaméogo et Léonce Koné, les autres soutiens civils Thérèse Diawara, Aminata Guelwaré, Faysal Nanema, etc. Pour les parties civiles, les attitudes de ces accusés à la barre ne plaident pas en leur faveur et le tribunal doit leur appliquer la rigueur de la loi. Les Avocats, avec l’éloquence qui est la leur, ont fait revivre certains moments forts du procès pour montrer à quel point, le tribunal a donné à tous les  accusés et les parties civiles, la liberté de faire entendre leur cause.

Après les parties civiles, ce sera au tour du Parquet militaire de faire ses réquisitions avant de passer la parole à la défense pour ses plaidoiries et en dernier ressort, aux accusés pour se faire entendre une dernière fois avant que le tribunal ne se retire pour délibérer. En attendant donc la contre-offensive des Avocats de la défense, l’on peut dire que les parties civiles ont sorti l’artillerie lourde. Ont-elles convaincu le tribunal ? La réponse dans quelques semaines.

16 mois donc après son démarrage, le procès du putsch manqué a donc amorcé son dernier virage. Sauf un changement de dernière minute, le délibéré pourrait intervenir avant le quatrième anniversaire de ce putsch manqué.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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