Affaire marché litigieux au ministère des Transports: A quoi joue le ministre Soulama?

Dans notre dernière parution, nous relations les péripéties d’un marché public de plus de 15 milliards FCFA, passé dans des conditions assez brumeuses au ministère en charge des transports. Il s’agit du marché concernant la modernisation et la sécurisation des titres de transports et la ré-immatriculation des véhicules au Burkina Faso, attribué à l’entreprise française OBERTHUR TECHNOLOGIE SA. Le processus d’attribution de ce marché, écrivions-nous, a été, à toutes les étapes, vicié, entaché d’irrégularités déroutantes.

Il a même fait l’objet d’un recours devant l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) qui avait infirmé les résultats de la commission d’attribution. Contre toute attente, le gouvernement a piétiné la décision de l’ARCOP et le ministre des Transports s’est déplacé à Paris pour procéder à la signature du contrat avec l’attributaire contesté. Dans notre article, nous expliquions aussi comment nous avons démarché vainement pour obtenir le son de cloche du ministre en charge des transports, Souleymane Soulama. Ce dernier n’a jamais daigné donner suite à nos courriers. Nous avons été surpris de constater qu’à la suite de la parution de l’article, il fait une sortie dans la presse sur le sujet. En substance, le ministre évoque comme justificatif pour se dédouaner de tous les manquements relevés dans la conduite de ce dossier, le fait qu’il aurait pris le processus d’attribution du marché en marche. Eh oui, quel drôle de ligne de défense ! En rire ou en pleurer ? Ce ministre est-il vraiment au sérieux ? Peut-on légitimement se demander. Face à des faits aussi graves, impliquant des sommes aussi importantes dans le budget national, le ministre peut-il se contenter d’arguments aussi légers? Nous nous attendions à ce que le ministre vienne se défendre autrement. Nous nous attendions à ce qu’il vienne convaincre l’opinion du bien-fondé des actes qu’il a posés dans ce dossier. Nous ne nous attendions pas du tout à ce que le ministre s’essaie à une telle fuite en avant. Ainsi, le ministre reconnait à demi-mots que le processus d’attribution du marché a effectivement connu de graves manquements. Mais ces manquements ne seraient pas de son fait à lui, mais de celui de ceux qui l’ont précédé. Doit-on comprendre que contrairement à ce qui est ressassé à longueur de discours, ce nouveau régime n’est pas venu pour le changement ? Est-ce à dire que ce gouvernement est venu tout simplement pour perpétuer toutes les mauvaises pratiques qu’il est venu trouver ? Encore qu’ici, l’argument du ministre est loin de refléter la vérité des faits. Dire que ce gouvernement est venu trouver le processus d’attribution de ce marché public déjà en cours et laisser croire qu’il n’y pouvait plus rien est archi-faux. Comme la chronologie des faits le montre à souhait, ce gouvernement avait bel et bien la latitude de changer le cours des choses dans l’attribution de ce marché si tant est qu’il en avait réellement la volonté. Tous les tournants décisifs ayant conduit à cette mascarade se sont déroulés sous ce gouvernement. La décision de l’ARCOP infirmant les résultats provisoires date du 10 mars 2016. Soit plus de deux mois après la prise de service de ce gouvernement. Ensuite, cette décision a été rendue en présence de collaborateurs directs du ministre Soulama. Pourquoi envoyer ses collaborateurs à l’ARCOP si les décisions que cette institution rend ne l’engagent pas. Mieux encore, la décision a été notifiée au ministère des Transports en tant que partie à ce différend. Qu’en a-t-il fait ? Le soumissionnaire contestataire a aussi adressé des lettres d’information au Premier ministre et au ministre en charge des finances.

Qu’en ont-ils fait ? Et puis, qu’entend exactement le ministre quand il dit qu’il a pris le processus en marche ? Que fait le ministre du principe de la continuité de l’administration ? Prendre le processus en marche veut-il dire accepter seulement les avantages et refuser d’assumer les manquements ? En réagissant de la sorte, le ministre Soulama rejette les insuffisances reprochées au dossier sur ses prédécesseurs. Mais pourquoi accepte-t-il d’aller signer le contrat et de surcroît, en se déplaçant à Paris ? Pourquoi n’a-t-il pas rejeté l’ensemble du processus ? Ah le changement, que c’est difficile !

BYL

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