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AFFAIRE SYNDICALISTE CHASSE DE LA MINE D’OR DE HOUNDE : Le licenciement finalement acté contre l’avis de la Direction régionale du Travail

Dans Le Reporter n°285 du 1er au 14  mai 2020, nous relevions des attitudes méprisantes de l’administration de Houndé  Gold Operation SA à l’égard d’un de ses employés, Kiema Hamadou. Ce dernier, délégué syndical, a été humilié et chassé de la mine sans motif valable. Aussi, écrivions-nous que l’administration de la mine, après la décision de mise à pied conservatoire à l’encontre de l’agent, avait demandé l’autorisation à la Direction régionale du Travail et de la Protection sociale des Hauts-Bassins pour acter son licenciement. Mais avant que la décision de cette institution de contrôle lui parvienne, elle va décider de passer en force, en procédant au licenciement. Et pourtant, sa demande d’autorisation va être rejetée.

Insulte à la Direction générale, mensonge caractérisé, violations des valeurs de l’entreprise, violation d’informations à caractère confidentiel, atteinte à l’honneur et à la considération de personne. Voici comment la mine qualifie le comportement de Kiema devant l’institution de contrôle. Visiblement, pour se débarrasser d’un délégué de personnel gênant, l’administration de la mine d’or de Houndé s’est tout permis. Tous les moyens, même les plus risibles, sont mis à contribution pour y arriver. En témoigne le tableau sombre dressé contre l’infortuné Kiema Hamadou et qui était destiné à convaincre la Direction régionale des Hauts-Bassins d’autoriser son licenciement.

Mais la séduction n’aura pas lieu. Respect du droit de travail oblige ! Comme nous l’avions déjà écrit dans nos colonnes, tout tourne autour d’un message WhatsApp envoyé par ce dernier à un délégué syndical et faisant allusion aux résultats des négociations sur les heures supplémentaires concernant le nouveau cycle de travail adopté à cause de la maladie de Covid-19. Cette conversation s’est retrouvée ensuite sur un groupe WhatsApp des travailleurs de la mine. Il n’y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat.

Et comme il fallait s’y attendre, les arguments avancés par la mine n’ont pas convaincu la Direction régionale du Travail et de la Protection sociale des Hauts- Bassins. La mine soutient essentiellement que l’infortuné aurait menti dans ledit message sur la procédure et les raisons qui ont conduit à l’augmentation du taux de paiement des heures supplémentaires et aussi que le message vocal est posté pendant les heures de service et cela a pu déconcentrer les travailleurs. Une fois de plus, l’institution de contrôle du droit de travail va recadrer la mine.

En effet, contrairement au caractère confidentiel affecté par la mine aux informations des négociations diffusées à travers le message, la Direction régionale du Travail soutient qu’il s’agit d’une information portée par le délégué du personnel aux travailleurs de la mine qui lui ont donné mandat pour négocier avec l’administration de la mine, suivie du devoir de rendre compte. Poursuivant son analyse, la Direction régionale fera remarquer que les résultats des négociations ne sauraient constituer une information à caractère confidentiel pour les autres travailleurs.

Revenant ensuite à la procédure cavalière avec laquelle le sieur Kiema a été chassé puis bombardé d’une mise à pied conservatoire, la Direction régionale note que la mine n’a pas respecté son propre règlement intérieur qui impose que toute sanction disciplinaire soit précédée d’une convocation à un Conseil de discipline et cela, sans compter que cette convocation doit mentionner son objet.

En se référant ainsi aux multiples violations du droit de travail dans ce dossier, la Direction régionale va refuser d’autoriser le licenciement du sieur Kiema, tout en invitant la mine au respect des lois et règlements parce que, estime-t-elle, c’est à ce prix que Houndé Gold Operation SA pourra apaiser le climat social sur la mine. Voici, la substance de la réponse de l’institution de contrôle à la demande d’autorisation de licenciement.

La mine appuie sur l’accélérateur

Mais avant que cette réponse au goût de défaite cinglante parvienne à l’administration de la mine, cette dernière va acter le licenciement de Kiema Hamadou. Elle estime que les délais légaux imposés à la Direction régionale pour réagir étaient dépassés. Qu’à cela ne tienne, l’intimidation et la répression systématique des travailleurs ne feront que rendre la situation explosive et le constat est déjà papable sur le terrain. Les représentants des travailleurs étaient mêmes devant la Cour d’appel le 28 mai 2020 pour des réclamations concernant la suppression des heures supplémentaires imposées par le protocole d’accord.

Aussi, nous apprenons que ces derniers, à leur tour, ont convoqué l’administration de la mine devant la Direction régionale du Travail et de la Protection sociale des Hauts-Bassins pour d’autres réclamations. Ce sont essentiellement, le non-paiement d’un temps supplémentaire de travail de 30 mn, des jours fériés et des heures de nuit. En effet, selon les témoignages des travailleurs, la société faisait travailler certains agents au-delà des 12 heures normales. En effet, 30 minutes s’ajoutaient comme un temps supplémentaire de travail qui n’était malheureusement pas prises en compte, ainsi que les jours fériés et les heures de nuit pendant deux années.

En rappel, dans le même registre de violation flagrante des textes pour décourager les actions des travailleurs visant à désapprouver le protocole d’accord appliqué contre le gré de plusieurs travailleurs, la mine a voulu licencier un autre délégué de personnel. Mais la même Direction régionale a refusé d’autoriser ce licenciement tout en demandant à la mine de respecter la législation du travail. En somme, il y a nécessité de recadrer définitivement Houndé Gold Operation SA pour que cesse non seulement les violations répétées du droit des travailleurs, mais aussi les intimidations en cours actuellement sur la mine.

Simplice Zongo

Kambou Sié (Stagiaire)

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