AFRICA EQUIPMENT – JOSUE NEGOCE : Une affaire de 200 millions FCFA qui tourne au vinaigre

Deux hommes d’affaires sont à couteaux tirés. Plus de 51 millions FCFA les divisent. C’est une relation d’affaires qui va très vite tourner au vinaigre pour l’un des deux contractants. La société Josué Négoce SA a commandé 10 camions bennes à Africa Equipment pour un montant de 272.437.200 FCFA. Entretemps, Josué Négoce renonce à la commande et demande un remboursement de son acompte de 81.731.160 FCFA. Africa Equipment se braque. La police judiciaire mise à contribution pour régler le différend et qui était sur la bonne voie s’est bloquée. Pas de remboursement, pas de camions.

Au départ, Josué Zigani, PDG de JOSUE NEGOCE SA, a voulu donner un coup de fouet à ses affaires. Nous sommes au début de l’année 2018. Il entendait s’offrir beaucoup plus de camions afin de rendre ses activités plus florissantes et diversifier ses offres. Il s’informe dans le milieu des affaires auprès de certains acteurs du domaine de la vente des camions. Au regard de la complexité avec les risques de retard dans la livraison que cette commande de camions pourrait engendrer, certains lui suggèrent de s’attacher les services d’une société sur place qui va assurer la commande et la livraison des camions. Très vite, une société lui a été conseillée : Africa Equipment, une société à responsabilité limitée basée à Ouagadougou. Confiant, Josué entre alors en contact avec cette société qui lui propose une facture proforma retenue pour faire l’objet du contrat qui va lier les deux sociétés. Le 24 janvier 2018, les deux parties vont alors procéder à la signature du contrat.

Ce jour-là, le gérant de Africa Equipement explique à Josué qu’il faudra patienter, le temps qu’un de ses partenaires arrive avant de procéder à la signature. Le partenaire en question, du nom de Djibrill Kanazoé, un homme d’affaires bien connu de la place, arrive quelques instants après. Une fois les présentations faites, Josué se sent rassuré de la présence d’une telle sommité du monde des affaires. Mais, il demeure difficile de dire exactement à quel titre l’homme d’affaires s’est présenté pour assister à la signature du contrat. Témoin ? Partenaire de Africa Equipment ? Bref, le contrat est signé. Dans ledit contrat, il est ressorti que Josué Négoce s’engage à acheter 10 camions bennes neufs auprès de Africa Equipment qui les livrera pour un montant de 272.437.200 FCFA. Le même contrat stipule que l’acompte à verser est de 30% du montant des dix camions. Au regard du montant de la commande, Josué devra verser 81.731.160 FCFA. Le délai de livraison prévu est de 2 mois, après confirmation de la commande et réception du paiement de l’acompte ou du montant total de la vente, sous réserve de la disponibilité d’un navire pour l’expédition au moment de la sortie d’usine. Voici qui est clair entre deux sociétés qui entrent nouvellement en affaire. A la suite, Africa Equipment va alors commander les camions auprès de ses partenaires en Chine. Mais, comme dit le contrat, il faudra d’abord payer l’acompte de 30%. Quant aux 70%, ils seront versés au moment de la sortie d’usine des camions. Une semaine après la signature du contrat, devant témoin, précisé- ment le 31 janvier 2018, Josué dépose les  81.731.160  FCFA sur le compte de Africa Equipment.

Les embrouilles…

Dès le 6 février 2018, Patrick Monnier, gérant de Africa Equipment, accuse réception de l’acompte. Il rassure, du même coup, Josué que la commande est en cours de validation auprès du fabricant. En fin mars 2018, Patrick entre en contact avec Josué et lui explique que l’usine a été fermée pendant deux semaines du fait de vacances annuelles en Chine. Les délais de fabrication ont alors été rallongés. Josué devra alors solder sa commande avec les 190.706.040  FCFA, car les camions seront prêts dès la mi-avril. Josué va commencer à vivre une phase d’enfer. Sa société va entrer dans une zone de turbulences sans précédent. Ses affaires ont commencé à sombrer. Son compte en banque ne connait aucun mouvement, il n’arrive pas à faire circuler ses camions et les différentes traites mensuelles n’attendent pourtant pas. C’est le temps des vaches maigres. Au même moment, Patrick lui fait comprendre que la fabrication des camions est terminée. Josué entreprend alors de faire part de sa situation à Patrick Monnier.

Celui-ci dit comprendre la situation de Josué et partage même sa peine. Ce qu’il ne sait pas, c’est que Josué ne pourra plus tenir le contrat, il va même renoncer. Chose qu’il ne tardera d’ailleurs pas à expliquer à Monnier. Les principales raisons invoquées, ce sont des tensions de trésorerie dont souffre son entreprise. Plus clairement, il demande à son partenaire de renoncer à la commande en Chine et de lui rembourser l’acompte. Mais Monnier explique à Josué que si le contrat est annulé, il faudra d’abord trouver des repreneurs, chose que le fabricant aurait commencé à faire. De leur côté, Josué et Monnier également cherchent d’autres partenaires pour reprendre les camions. Mais les choses traînent. Des acheteurs sur place à Ouagadougou sont intéressés. Mais pour ces derniers, ils ne prendront les camions qu’une fois arrivés sur place à Ouagadougou. Mais le temps passe. Josué décide définitivement de renoncer au contrat pour sauver son entreprise en déclin. Patrick Monnier n’y voit pas d’inconvénients. Josué demande le remboursement. Monnier marque son accord pour le remboursement, mais pour ne pas perdre la commande, tous deux continueront à chercher des clients. Et quelques temps, soit en juillet 2018, il reçoit un virement de 30 millions FCFA de la part de Africa Equipment. Josué pourra prendre cette somme pour sauver les meubles de sa boîte. Mais il reste encore 51.731.160 FCFA entre les mains de Africa Equipment. L’écart étant encore grand, Josué Zigani fait comprendre au patron de Africa Equipment qu’il est encore loin du compte et qu’il a besoin de cet argent pour régler des dettes. Patrick Monnier commence à devenir moins réceptif, mais ça dure. La situation devient insoutenable pour les deux. Une partie du matériel de Josué sera même saisie par voie d’huissier du fait de dettes qu’il avait avec d’autres partenaires. Il explique alors à Monnier de tout faire pour rembourser plus que les 30 millions FCFA. Patrick explique qu’à son niveau, il tente de récupérer l’acompte avec les Chinois. Selon Josué, la société chinoise pouvait, à la limite, prélever 10% de l’acompte et non garder l’entièreté. C’est dans ces débats, après annulation de l’achat, que la société chinoise parviendra à vendre quelques camions.

Patrick en fait le compte rendu à Josué. Selon Patrick, «la fabrication a été achevée le 14 avril 2018, avec le versement d’un acompte de 20% du montant total. 1 camion a été vendu à la fin du mois de novembre 2018 et 5 camions ont été vendus aujourd’hui (ndlr : 14 décembre 2018)». Africa Equipment n’avait donc pas versé 30 % aux fabricants. Quoi qu’il en soit. Dès lors, les fabricants demandent de payer le prix de deux camions afin qu’ils puissent expédier le reste des camions, à savoir les 4 non encore vendus. Mais Josué n’est toujours pas sorti de sa zone de turbulences. Il cède et  demande que  Africa Equipment lui fasse livrer deux camions et les choses s’arrêteront à cet instant, car il n’est pas en mesure de payer. A défaut, il ne souhaite que reprendre son argent restant, 51.731.160 FCFA. Mais il n’est pas du tout question de cela avec Patrick. Les tractations se sont poursuivies et Patrick demande à Josué de faire tout son possible pour que les camions arrivent à Ouagadougou.

Rendez-vous au commissariat

C’est en ce moment, selon lui, que la vente sera facile. Pour Josué, il n’y a plus de fonds pour cela. Le temps passe. Et selon Patrick, les camions sont retournés comme propriété de la maison de fabrication. Josué ne comprend plus rien. Il aura donc perdu les 51 millions FCFA.

En avril 2019, il décide de porter sa situation au Service régional de la police judiciaire (SRPJ) qui convoque Patrick Monnier afin de comprendre. Au SRPJ, Patrick Monnier arrive, en compagnie une fois de plus, de Djibril Kanazoé. Mais ce dernier ne devrait pas assister aux échanges, car n’ayant pas été convoqué par le commissariat. Patrick Monnier reconnait avoir assuré la commande des camions et avoir reçu les 30%, ainsi que le remboursement après l’annulation de la commande. Selon Josué, les flics auraient demandé à Patrick de rembourser les sous. La situation commence alors à devenir complexe pour le patron de Africa Equipment. Le commissariat tente alors de faire ses enquêtes. Les semaines, et les mois passent. Rien ne filtre. Josué tente de comprendre. Mais la réponse au commissariat est que les enquêtes sont en cours. Josué commence là également à perdre patience. Selon l’Avocat de Patrick Monnier, le commissaire n’avait pas le droit de garder son client, encore moins de traiter cette affaire sous l’angle de l’escroquerie, donc une affaire pénale. Il confie qu’il s’agit bien d’une affaire commerciale. Depuis lors, Patrick Monnier se sent libre et Josué scrute toujours les matins sans savoir d’où lui viendra le secours.

L’entrée en scène de « Djibi » Kanazoé

Las donc d’attendre, Josué entre en contact avec Djibril Kanazoé qui était présent lors de la signature du contrat. Pour lui, Djibril Kanazoé pourrait plaider auprès de Patrick. La douche sera encore plus froide. La réponse de Djibril Kanazoé sera sans appel. Il n’y aura plus de remboursement, l’argent ne sera pas payé, lui aurait martelé Djibril Kanazoé. Patrick Monnier, à son tour, va faire sortir des arguments pour renoncer au remboursement du restant de l’acompte. La colère de Josué devient alors perceptible. Sa patience s’est effritée. Selon lui, Africa Equipment peut prélever un pourcentage sur l’avance mais il ne peut refuser de lui rembourser son argent. Mais à Africa Equipment, l’acompte est perdu pour Josué, il n’a pas aussi été remboursé par la société de fabrication. Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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