ARRONDISSEMENT 5 DE OUAGADOUGOU : Une mosquée construite illégalement sur une réserve

Les réserves foncières sont en danger dans plusieurs communes du Burkina Faso dont Ouagadougou. Bien souvent,les objectifs d’utilité publique assignés à ces sites sont sacrifiés sur l’autel des intérêts privés. Ce qui se passe au secteur 24 de Ouagadougou, dans l’arrondissement n°5 (ex-arrondissement de Bogodogo) est assez illustratif de cette situation. Une réserve foncière destinée à un jardin de jeux pour enfants abrite désormais des activités diverses dont une mosquée construite par les riverains avec le soutien de certains hommes politiques, en violation des procédures en la matière.

Telles que les choses se présentent, les enfants du secteur 24 de Ouagadougou n’auront pas leur jardin de jeux. Tout semble être mis en œuvre pour détourner le terrain de sa destination initiale. Réservée à l’épanouissement des enfants et au bien-être des habitants du secteur, la parcelle 02, lot 14, section PD située au secteur 24 de Ouagadougou est menacée. Selon les données de l’urbanisme, cet espace est une réserve administrative qui devrait abriter un jardin de jeux au profit des tout-petits. Mais le constat sur le terrain montre autre chose. En plus de l’installation d’un kiosque et d’un parking de stationnement de véhicules poids lourds, l’on y observe actuellement le chantier avancé d’une mosquée en matériaux définitifs.

Si l’occupation de cet espace par les véhicules et le kiosque semblent provisoire du fait de la nature ou de l’absence d’investissements, le chantier de la mosquée qui a atteint le niveau de chainage présentement, est visiblement en matériaux défi- nitifs.

La propriétaire du kiosque dit être avoir conscience de la situation précaire dans laquelle elle se trouve. Mais, elle a bénéficié de l’autorisation de la Mairie avant d’implanter son business. Fait-elle savoir.

Les responsables de la mosquée en construction ont-ils aussi bénéficié d’une autorisation de la mairie ? La procédure d’occupation et de changement de destination des réserves administratives a-t- elle été suivie ?

Selon l’Imam, responsable de la mosquée en construction, Ouédraogo Sada et son équipe, au début du chantier, les techniciens de la Mairie ont arrêté les travaux. A cet effet, une note de la Mairie datant de décembre 2019 attirait l’attention des occupants. Elle rappelait à ceux qui sont sur l’espace qu’ils devraient se garder de faire des investissements conséquents et des constructions parce qu’ils seront appelés à libérer les lieux dès les premières réquisitions de l’autorité.

Cette note de la Mairie, qui ressemble fort à une mise en demeure, informait également les occupants que les études pour la réalisation du Jardin de jeux étaient en phase de finalisation. Mais cette alerte de la Mairie n’aura qu’un effet de feu de paille puisque la construction de la mosquée se poursuit.

Le Maire et l’Imam se rejettent la balle

Il convient de souligner que selon certaines sources, une demande a été introduite par l’Imam en vue de construire la mosquée en question. Cette demande n’aurait pas encore reçu de réponse. Cependant, à la suite l’arrêt du chantier par les services de la Mairie, l’Imam de la mosquée et ses collaborateurs expliquent avoir eu un échange avec le Maire de l’arrondissement n° 5 Jean-Paul Moné. Selon l’Imam, c’est au cours de cette rencontre d’explication que le Maire a donné l’autorisation verbale de construire dans la réserve en attendant que la demande introduite il y a de cela quatre ans puisse être traitée. Et l’Imam lui-même de faire savoir que cela fait plus 27 ans qu’ils sont dans le quartier et plus de dix ans qu’ils prient dans la réserve, en plein air.

Ainsi, poursuit-il, cela fait très longtemps qu’ils sont à la recherche d’une autorisation pour la construction de leur mosquée. Aussi, il leur avait été suggéré de planter des arbres autour de l’espace pressentie pour abriter la mosquée. Quoiqu’il en soit, l’Imam et son équipe font savoir qu’il est déjà arrivé que les travaux bénéficient souvent du contrôle des services techniques de la Mairie. Tout cela, pour dire que c’est en toute sérénité qu’ils poursuivent la construction de la mosquée.

A la Mairie, l’on semble ne pas entendre les choses de cette manière. Contacté au téléphone, le Maire affirme n’avoir pas autorisé la construction d’une mosquée sur le site en question. Il confie même avoir invité les initiateurs à s’abstenir d’effectuer des gros travaux parce qu’ils pourraient être déguerpis à tout moment. Et portant, les responsables de mosquée en construction disent se baser sur une autorisation du Maire avec à la clé, la promesse de traitement favorable de leur demande introduite pour construction de la mosquée. Ils disent même attendre cette autorisation avec beaucoup d’impatience.

Tout devient alors confus dans le dossier. L’on se demande comment la mairie a laisser construire la mosquée sans les autorisations légales nécessaires ? Assiste-t-on à un jeu de politicien consistant à soutenir une initiative la nuit et la désavouer la journée ?

Abdoulaye Mossé, le député derrière l’affaire ?

Selon une source bien introduite au niveau de la communauté religieuse construisant la mosquée, les responsables de cette mosquée en construction bénéficient du soutien aussi bien financier que moral de Abdoulaye Mossé, l’un des caciques du parti au pouvoir et député à l’Assemblée Nationale. Selon des témoignages concordants, l’honorable député aurait même délié le cordon de la bourse pour faire avancer du chantier sur l’espace vert. Contacté au téléphone, le député fait savoir qu’il n’a rien avoir avec les espaces verts de l’arrondissement 05. Et d’ailleurs confie-il, il n’a jamais intervenu auprès du Maire pour quoi que ce soit. Cependant, sans nier le fait qu’il apporte son soutien à la construction de la mosquée, le député Abdoulaye Mossé estime que c’est une bénédiction pour lui s’il y a des gens qui pensent qu’il finance la construction d’un lieu de culte qui visiblement aide à harmoniser la société.

Mais l’Imam et ses collaborateurs affirment ne pas avoir de soutient d’hommes politiques. Leurs ressources proviennent des cotisations entre les membres de leur communauté. Précisent-ils. Est-on en train d’assister au deuil de cette réserve dédiée à un jardin ?

Pour l’instant, le Maire Moné estime que ce n’est pas la seule mosquée qui se situe sur une réserve. «L’Etat même a fait recenser tous ces cas de mosquée situées dans des espaces verts et cela fait plus de 4 ans et aucune action concrète n’est visible sur le terrain». Soutient-il. Et c’est pourquoi le patron du conseil de l’arrondissement 5 estime ce n’est pas à lui «petit Maire» de s’attaquer à cette situation. Affaire à Suivre !

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Simplice Zongo
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