CAMPAGNE ÉLECTORALE 2020 : On va tout voir et tout entendre !

La campagne électorale a amorcé le dernier virage. Plus que quelques jours et les rideaux vont tomber sur cette campagne électorale. Et les Burkinabè seront aux urnes pour choisir leur président et leurs députés pour les 5 ans à venir. Les deux premières semaines ont paru comme une éternité pour bien des observateurs, tant cette campagne électorale 2020 vole très bas sur pratiquement tous les plans. La faiblesse des arguments et des offres d’alternatives sérieuses à la crise du politique, de la citoyenneté, de l’Etat et de la gouvernance se traduit par des promesses en tous genres, des plus risibles aux plus surréalistes, à des invectives, voire à des insultes. Pire, certains ne se gênent pas de mentir devant le peuple.

Cette campagne électorale, surtout présidentielle, offre au peuple burkinabè des spectacles dignes d’une série comique mettant en scène des acteurs de peu de talents. La campagne électorale aura confirmé ce que bien des acteurs redoutaient depuis de longs mois : la pauvreté des débats
politiques et l’absence d’alternative à la mal gouvernance et à la prédominance des intérêts individuels ou de groupes sur l’impératif de
remettre le pays debout. Nous ne pourrions pas, comme annoncé dans notre précédente édition, nous attarder ici sur les contenus des discours et des présumés projets de société des candidats.

Nous y reviendrons dans notre prochaine édition (après le scrutin donc) pour une analyse froide des discours politiques et leurs limites en termes de motivations des Burkinabè. Actuellement, les enjeux sont tels que les esprits
manquent du minimum de discernement pour accepter la réalité et la contradiction. Il ne faudrait donc pas donner l’occasion aux mauvais perdants de nous associer aux causes de leur échec, pourtant prévisible. Toutefois, il nous semble nécessaire de faire un certain nombre de constats à quelques jours de la clôture de la campagne et du déroulement du scrutin.

Le coup KO est possible; le second tour aussi!

Au regard des réalités constatées sur le terrain, plus de deux semaines après le début de la campagne, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que tout se jouera entre trois candidats : Roch Kaboré, le président sortant et candidat du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) ; Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition, président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), et Eddie Komboïgo du Congrès pour la démocratie
et le progrès (CDP). Malgré tout le respect dû à leur candidature, l’on peut affirmer que les autres feront pratiquement de la figuration.

L’inconnue, ce sera le score des trois. L’on ne peut objectivement prédire exactement si l’un des trois réussira le coup KO, si deux d’entre eux vont devoir s’affronter au second tour. Mais comme disent les voisins ivoiriens, « tout près n’est pas loin ». Plus que quelques jours et chacun se rendra à l’évidence. Sur le terrain, ce sont les plus visibles et les plus présents partout sur le territoire national dans cette présidentielle. Ce sont les seuls à disposer d’appareils politiques et de moyens de déployer des équipes sur
toute l’étendue du territoire national. Ils sont les seuls à avoir prévu de grands meetings dans les 45 chefs-lieux de provinces ou des 13 chefs-lieux de régions. Même si les deux premiers cités (Roch Kaboré et Zéphirin Diabré) se contenteront de meetings régionaux afin de laisser les provinces à leurs lieutenants.

Un autre constat, que presque tous les candidats ne veulent pas entendre est que, contrairement aux discours, la probabilité d’une victoire du sortant dès le premier tour est plus forte qu’un second tour. Ce qui ne signifie pas qu’il faut exclure un second tour. Ça pourrait arriver mais la probabilité est très faible. Tous les acteurs, à commencer par les thuriféraires du coup KO,
doivent donc s’y préparer, au cas où… Ainsi, les discours tendant à affirmer péremptoirement que sans fraude, il ne peut y avoir de coup KO, ressemblent à un refus d’accepter la réalité de l’expression des Burkinabè.

En attendant les résultats des sondages mais surtout des urnes, tout semble aujourd’hui relever de l’ordre du possible. Autant le coup KO est possible, autant, il serait suicidaire de ne pas envisager l’éventualité d’un second tour, même si la probabilité est très faible. De même, croire qu’un second tour sera automatiquement favorable au candidat de l’opposition qui arriverait 2e peut aboutir à des réveils douloureux.

Des discours politiques inconsistants

La campagne électorale confirme également ce que nous avons toujours écrit : les politiciens burkinabè ont d’incroyables talents. Dans une campagne où des espaces leur sont offerts pour convaincre les Burkinabè de ce qu’ils valent et peuvent, plusieurs candidats ont brillé par des promesses hallucinantes et des discours dont la malhonnêteté le dispute à l’irresponsabilité. Plus hallucinants encore, certains auteurs de ces promesses reviennent sur leurs propos par la suite, pour demander de ne pas accorder trop d’attention aux discours pendant les meetings. Pour des personnalités qui aspirent à gouverner ce pays, le moins que l’on puisse dire est qu’elles peuvent et doivent faire preuve davantage de maturité, de lucidité et de respect de soi et des autres.

C’est d’autant plus triste que ces espaces sont plus utilisés pour attaquer et injurier les autres, pour vanter les mérités d’autres personnes que pour proposer et défendre des offres politiques. Quand on est porteur d’alternative crédible, l’on n’a pas besoin de passer son temps à s’acharner sur les bilans et les propositions des autres. Les bonnes offres se vendent toutes seules. Malheureusement, certains consacrent presque tout leur temps à parler des autres tout en se contentant d’annoncer qu’ils sont les hommes de la situation.

Par ailleurs, la campagne électorale pour le scrutin du 22 novembre se déroule, comme l’on s’en doutait, sous fortes pressions et inquiétudes, du fait des menaces terroristes. Certes, jusque-là, les Forces de défense et de sécurité ont réussi la sécurisation de la campagne, l’on a dénombré deux ou trois cas d’attaques perpétrées contre des équipes de campagne électorale, avec une perte en vie humaine (un chauffeur) dans la région du Sahel, et la
peur hante certains Etats-majors de campagne. L’embuscade mortelle de Tinakoff, le mercredi 11 novembre dernier, avec son lourd bilan de 14 soldats tués et de nombreux blessés, vient jeter davantage le froid dans les Directions de campagne.

Malheureusement, la légèreté avec laquelle cette question capitale est abordée par presque tous les candidats indique clairement l’absence de vrais hommes d’Etat dans cette compétition électorale. On ne s’attire pas la sympathie de son peuple en renforçant et attisant ses peurs et en lui faisant croire qu’il est condamné tant que ce n’est pas vous qui êtes au pouvoir. Ce narcissisme infantile rebute plus qu’il ne mobilise. Que dire de la facilité avec laquelle certains candidats tentent de falsifier l’histoire récente du Burkina Faso ?

Quand des responsables de partis politiques, exclus du financement public des campagnes électorales parce qu’ils n’ont pas pu justifier la subvention de la précédente campagne, donnent sans aucune gêne des leçons de bonne gouvernance aux autres et promettent d’être droits et intègres quand ils vont arriver ou revenir au pouvoir, l’on n’est pas loin de l’insulte de l’intelligence des Burkinabè.

Enfin, le respect du pacte de bonne conduite, signé le 26 octobre dernier par tous les candidats, semble être le cadet des soucis de certains candidats à la présidentielle. C’est désormais clair : le salut ne sortira pas des urnes le 22
novembre. Les Burkinabè doivent prendre leur mal en patience et attendre 2025.

Finalement, quel que soit le vainqueur de cette élection présidentielle, il ne faut pas espérer grand-chose. Il ne reste plus à espérer que le scrutin se déroule dans la plus grande transparence et dans la paix. La meilleure perspective que l’on peut espérer de ce scrutin est qu’il ouvre la fin à la fin de carrière pour la génération des Comités de défense de la révolution (CDR) qui règne depuis plus de 30 ans sur la scène politique burkinabè. Rendez-vous au prochain numéro pour commenter les résultats de ces
élections couplées du 22 novembre.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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