Ces fausses fiertés qui cachent mal notre incapacité à assumer nos responsabilités

En 2013, Laurent Bigot, diplomate français à la Direction Afrique du Quai d’Orsay, a publiquement déclaré qu’après le Mali, le Burkina Faso était le prochain pays à s’effondrer. Les autorités burkinabè d’alors, notamment le ministère des Affaires étrangères dirigé par Djibrill Bassolé, avaient protesté avec véhémence, allant jusqu’à traiter le diplomate français de tous les noms d’oiseaux. Elles avaient réussi à obtenir sa tête, puisque Laurent Bigot a été dégommé de son poste. 4 ans plus tard, l’histoire lui a donné raison. En effet, depuis 2016, le Burkina subit les affres du terrorisme qui étend ses tentacules dans les profondeurs de la société.

Depuis le 11 juillet dernier, le Général François Lecointre, chef d’Etat-Major général des armées françaises, est la cible d’attaques de tous genres. Son péché : avoir publiquement affirmé que si les forces Barkhane quittaient le Sahel, les pays qui le composent (Burkina Faso, Mali et Niger) s’effondreront sur eux-mêmes. Il n’en  fallait pas plus pour irriter des nationalistes et autres anti-français proclamés qui vouent l’officier supérieur aux gémonies et l’accusent de tous les péchés d’Israël. Pourtant, dans le fond et au regard du contexte actuel de ces pays et des capacités de leurs forces armées, il faut craindre qu’il n’ait raison. Il ne faut pas se tromper de combat. Le Général Lecointre n’a fait que dire haut ce que même les autorités de ces pays pensent tout bas. La réalité sur le terrain est beaucoup plus proche de ce qu’il dit. Dans une autre interview accordée au quotidien Le Monde, le jeudi 11 juillet dernier, le même Général a affirmé que « le Président Kaboré est très clairement favorable à une implication des forces françaises en appui des forces burkinabè ». Mieux, il y a un accord de défense signé entre les deux gouvernements pour autoriser cette présence des forces Barkhane sur le sol burkinabè et renforcer le soutien aux forces burkinabè.

Au-delà des fiertés mal placées ou des sensibilités à fleur de peau, il faut regarder la réalité en face. Le problème est moins que les forces armées soient implantées sur les territoires de ces pays et y opèrent selon leur propre agenda, vision et stratégie et répondre de temps à autre aux sollicitations des 3 Etats. Il est surtout que ces pays n’ont pas des gouvernants à la hauteur des défis et qui sont capables de s’émanciper de l’aile protectrice de la France en tout et sur tout. Si fierté il doit y avoir, elle doit  se traduire par une capacité des peuples à se choisir d’hommes et femmes capables d’incarner l’indépendance et la souveraineté nationale. Elle doit s’exprimer dans la capacité de tous ces patriotes et nationalistes à imposer la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des ressources publiques, y compris les contrats d’armement ou d’autres équipements militaires. Quand des dignitaires se montrent insouciants et peu responsables, allant même jusqu’à « dealer » impunément dans ce type de contrats, ils ne peuvent pas imposer le respect. Malheureusement, ce sont eux qui sont les interlocuteurs des partenaires étrangers.

Ça fait effectivement mal de voir l’ancienne puissance colonisatrice se poser en protectrice exclusive de l’intégrité territoriale de nos pays. Ça peut être offensant de l’entendre dire. Mais comme le dit un adage mossi, la vérité rougit les yeux mais ne les crèvent pas. Il faut enfin  sortir de cette symphonie presque maladive de salves aberrations mettant en exergue la responsabilité exclusive des autres dans les malheurs qui nous frappent.

Si nos gouvernants étaient des hommes d’honneur et ayant un sens élevé de l’Etat, l’on n’en serait pas là. Ils seraient les premiers à recadrer le Général Lecointre. Si les populations africaines décident de prendre leurs responsabilités et leur destin en main, il n’y a pas de doute, nos pays recouvreront leur dignité et leur place dans le concert des nations.

De même, on ne peut pas défendre la fierté et la dignité en tendant la sébile. La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit, dit-on. Si les gouvernants sous-traitent la protection de leurs territoires aux forces françaises, alors, il faut souffrir que le chef de ces forces se pose en protecteur indispensable. Le jour où il sentira que la réalité a changé et que techniquement, l’on n’a plus besoin d’eux, le discours et le ton changeront. Mais en attendant, les rapports de forces sont en sa faveur. Si l’on veut changer l’image que les autres ont de nous, il faut absolument commencer par changer celle que nous leur donnons de nous et de nos capacités et notre détermination à nous prendre en charge. Sinon, l’on est dans l’agitation sans prise réelle sur la réalité. Et ça fait bientôt 70 ans que ça dure.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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