COMMUNE DE BOROMO : Le projet immobilier de la société IMAZ contesté par des familles

Dans la Commune de Boromo, province des Balés, un projet d’aménagement opéré par la société de promotion immobilière IMAZ ne fait point l’unanimité au sein de la population. Le processus d’aménagement portant sur une superficie de 180 hectares semble illégal, car n’ayant pas respecté toutes les procédures en la matière. Des opérations de bornage indiquant un début de morcellement ont été effectuées sans l’avis de l’autorité habilitée, à savoir le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. Mais ce qui intrigue dans ce projet d’aménagement, ce sont surtout les pratiques utilisées par la société pour faire adhérer les populations au projet. Ça pue l’arnaque. Entre fausses informations servies aux populations, pots-de-vin et intimidations sur certains propriétaires terriens, tous les coups semblent bons pour rentrer en possession des terres.

Tout a commencé dans le courant de l’année 2017, par une rencontre entre le premier responsable de la société immobilière IMAZ, Souleymane Guira, et les propriétaires terriens pour échanger sur le projet d’aménagement d’un terrain d’une superficie de 180 hectares situé au secteur 1 de la ville de
Boromo. Au cours de cette première rencontre, le projet aurait été présenté aux populations et propriétaires terriens. A l’époque, il s’est agi d’expliquer le projet aux populations. Après un briefing du projet, un contrat aurait été paraphé entre la société et les propriétaires terriens. Pour avoir leur
adhésion, la société immobilière IMAZ aurait pris le soin, de façon malicieuse, de mettre le chef coutumier de Boromo au-devant du projet. Lors de la présentation, certains propriétaires terriens soutiennent avoir
donné leur accord de principe, au vu des avantages qu’aurait soulevés la société. Néanmoins, ils affirment ne pas avoir cerné tous les contours du projet.

Une «générosité de IMAZ» qui interroge !

Par la suite, avec l’accord de principe des propriétaires terriens, IMAZ va procéder à la formalisation administrative du projet au niveau de la Mairie.
C’est ainsi que le 13 juillet 2020, le Conseil municipal, avec à sa tête le Maire Yao Adama, donnait quitus à la société immobilière IMAZ d’aménager le terrain d’une superficie de 180 hectares, à travers une délibération. Vraisemblablement, pour susciter l’adhésion des propriétaires terriens, la société immobilière va s’ériger en père Noël d’un autre genre. Elle procède à la distribution de motocyclettes à tous les propriétaires terriens. Une motocyclette sans immatriculation est octroyé à une dizaine de propriétaires terriens.

Au niveau de la société immobilière, on soutient que cette distribution de
motocyclettes s’est faite dans le cadre du projet pour faciliter la mobilité des propriétaires terriens. Mais cela ressemble fort bien à un pot-de-vin servi aux propriétaires terriens. Croyant avoir eu l’adhésion de toute la population, et sans le document d’autorisation du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, la société va passer à l’opérationnalisation du projet. C’est lors du morcellement du terrain, que certains propriétaires terriens, qui n’avaient pas été associés au projet, vont s’opposer. Mieux, ils demandent des explications. La société IMAZ leur fera comprendre que leurs terrains ont été cédés à la société dans le cadre d’un projet d’aménagement.

Mais certains propriétaires terriens ne comprennent rien et vont s’opposer. Ils décident de prendre langue avec la Mairie pour comprendre la situation. Mais ce sera sans gain de cause. Aucune information importante ne sortira
de leur rencontre. Certains propriétaires terriens affirment que c’est après des investigations poussées que bon nombre d’entre eux auraient mieux
compris le projet. Ils soutiennent, en effet, avoir paraphé le document sans comprendre réellement les contours du contrat. Pour cela, ils vont contester le fameux contrat d’échange et crient à la duperie.

Mais que stipule le fameux contrat d’échange en question ? Il stipule que sur un hectare de terrain cédé, le propriétaire terrien a droit à deux parcelles. IMAZ avait-elle expliqué ces détails aux propriétaires terriens ? Les responsables de la société soutiennent avoir pris le temps d’expliquer tous ces contours.

Des propriétaires terriens arnaqués ?

Du côté de certains propriétaires terriens, on estime avoir été berné par IMAZ. Il n’est donc plus question pour eux d’accepter un tel contrat. D’autres propriétaires terriens, par contre, sont allés encore plus loin. Ils ont protesté vigoureusement et l’ont fait savoir au premier responsable de la société, estimant avoir été trompés. Mais la société IMAZ n’avait pas dit son dernier mot. Elle va user de tous les stratagèmes pour dissuader certains. Des offres ont été faites aux uns mais les autres vont repousser celles-ci, gentiment. C’est le cas, par exemple, d’un propriétaire terrien possédant une trentaine d’hectares. Ce dernier soutient avoir été approché par la société. Une somme de 500 000 FCFA et des sacs de riz lui auraient été
proposés.

Mais, il n’a pas mordu à l’hameçon. Il affirme avoir reçu même des menaces verbales de la part des responsables de la société. C’est sous cette pression qu’il a décidé d’assigner le Président Directeur général, Souleymane Guira, en Justice. Le procès a eu lieu au Tribunal de Grande instance (TGI) de Boromo. Mais au cours de l’audience, le propriétaire terrien affirme que
finalement, ils s’étaient résolus à régler l’affaire en famille, de façon amiable. Il soutient que le premier responsable aurait promis de revoir le nombre de parcelles à céder à chaque propriétaire terrien à la hausse. Mais vraisemblablement, c’était pour gagner en temps. La promesse n’a jamais
été ténue.

Ils sont nombreux ces propriétaires terriens à se plaindre des accaparements illégaux de leurs terres par la société immobilière IMAZ dans la zone de Boromo. Un terrain d’une superficie de 12 hectares, appartenant au chef coutumier de Boromo, est également au centre d’une âpre discorde entre certains membres de la famille et la société IMAZ. Le terrain a été acquis en 2012 par Boureima Guira, chef coutumier de Boromo, pour y installer une ferme en vue de mener des activités agro-pastorales. Il a même procédé au paiement des taxes y afférentes.

L’attestation d’attribution du terrain lui a été délivrée. Cet espace n’a pu être mis en valeur. Pour cause, il a été prêté gratuitement, à deux reprises, à la société SOGEA SATOM pour en faire sa base lors de ses chantiers de réhabilitation de la RN1 et de la construction du pont sur le Mouhoun. Mais en 2017, des membres de la famille Guira apprendront que 8 hectares du terrain ont été cédés au promoteur immobilier IMAZ dans le cadre de son projet d’aménagement. Chose que la famille réfute catégoriquement. Ils soutiennent n’avoir jamais entrepris un quelconque processus pour céder
un terrain de huit hectares à un promoteur immobilier. La famille est catégorique : le patriarche de la famille, Guira Boureima, n’a jamais cédé 8
hectares à un promoteur immobilier.

Mais le hic, la société immobilière détiendrait le document original de l’attestation d’attribution du terrain. Mais comment a-t-il pu l’acquérir ? Mystère ! En tout cas, ni le patriarche de la famille, ni la famille elle-même n’a remis officiellement ce document à IMAZ. D’où vient-il ? Les langues se délient. Certains soutiennent que c’est le patriarche Boureima Guira qui aurait lui-même en personne remis le document au Maire de Boromo, Yao Adama. Et ce dernier l’aurait, à son tour, remis au premier responsable de la société. Mais au niveau de la famille Guira, c’est plutôt une autre version. On accuse IMAZ d’avoir soutiré frauduleusement le document au patriarche Boureima Guira, pendant que ce dernier était souffrant, par
l’intermédiaire d’un membre de la famille.

Nous avons contacté le bourgmestre de Boromo, Adama Yao, pour comprendre la situation. Consentant dans un premier temps à nous accorder un entretien, il s’est finalement rétracté par la suite. Nos appels et nos messages téléphoniques sont restés sans suite. Nous avons également approché la société IMAZ pour comprendre comment elle a pu acquérir le
document. Le directeur des opérations de la société IMAZ soutient que c’est le chef coutumier Boureima Guira en personne qui aurait remis l’attestation d’attribution. Mieux, la société soutient avoir paraphé un contrat d’échange avec le patriarche Boureima Guira.

Mais le hic, IMAZ refuse de produire une copie du contrat en question, prétextant sa confidentialité. La famille Guira affirme également avoir
demandé à voir le fameux contrat d’échange, en vain. Que ce soit la famille Guira ou que ce soient d’autres propriétaires terriens, ils se disent désorientés et crient à une arnaque de la part de la société immobilière IMAZ. Affaire à suivre !

Avatar
Ecrit par
Le Reporter
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Le Reporter

Nous suivre sur…