COMMUNE DE KARANGASSO-VIGUE : Le Préfet au centre d’une affaire de racket

Le climat  social est loin d’être serein dans la Commune rurale de Karangasso-Vigué, située à une soixantaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, dans la province du Houet. Outre les oppositions politico-sociales ayant donné lieu à des affrontements sanglants dans cette Commune, il y a quelques temps, un autre foyer de tension est en train de s’activer dans la localité et risque de donner lieu à des empoignades inutiles, si l’on n’y prend garde. Celui-ci est d’ordre administratif et lié à certaines pratiques en cours au sein de la Préfecture de cette localité. Il s’agit d’une affaire de racket de grande ampleur au centre duquel se trouve le Préfet dudit département.

L’affaire fait des gorges chaudes depuis un moment dans la Commune rurale de Karangasso-Vigué. La tension monte en sourdine. Le Préfet de la localité et ses hommes sont accusés d’un vaste racket qui dure des années et ne fait qu’exaspérer les populations. Ce racket est lié à l’établissement des jugements supplétifs d’actes de naissance. Ces documents d’état civil pratiquement délivrés gratuitement dans certaines localités du pays, contre seulement le timbre fiscal. Selon les témoignages recueillis sur place, avant l’arrivée de l’actuel Préfet, ces actes se délivraient contre la somme de 500 FCFA dans cette Préfecture. Depuis l’arrivée de l’actuel Préfet, cette somme est passée, dans un premier temps, au double, c’est-à-dire à 1000 FCFA, puis à 2000 FCFA, et aujourd’hui à 3000 FCFA. C’est dire qu’aujourd’hui, pour prétendre à cet acte d’état civil au niveau de la Préfecture de Karangasso-Vigué, les populations déboursent 3000 FCFA. Une situation vécue dans la localité comme un véritable système d’escroquerie mis en place par le Préfet et ses hommes pour gruger les populations. Puisque contre cette somme, aucun reçu ni quittance n’est délivré à l’usager.

Lors d’un passage sur place le 22 février dernier, nous avons recueilli les témoignages des usagers. Ils sont nombreux à témoigner avoir déboursé ce montant de 3000 FCFA pour obtenir ledit document. Mais ceux-ci sont parmi les plus chanceux, car eux au moins ont pu obtenir leurs documents. Dans certains villages de la localité où des équipes de la Préfecture se sont déplacées pour aller tenir des audiences foraines en vue de la délivrance de ces documents, les souscripteurs sont toujours dans l’attente depuis des mois, voire plus d’une année. Il ressort, en effet, qu’à un moment donné, la Préfecture organisait des tournées dans les villages, et pour tenir ces audiences, plusieurs milliers de personnes ont été enrôlées dans ces circonstances. Cela s’est passé, témoigne-t-on, surtout au moment où le montant était encore à 1000 FCFA.

Payer pour rien !

Cependant, en retour, les intéressés n’ont jamais reçu leurs documents. L’explication est que, contrairement aux textes en la matière, le Préfet et ses hommes conduisaient ces activités en solitaire, sans associer la Mairie. Pourtant, c’est le Maire de la Commune qui signe les actes. Ainsi, lorsque les équipes de la Préfecture ont sillonné les villages pour collecter les requêtes ainsi que l’argent des populations, elles ont transmis les dossiers à la Mairie pour signature. Mais du côté de la Mairie, on aurait refusé de signer les actes. Pour cause, on déplore des irrégularités dans la conduite des audiences foraines telles que tenues par la Préfecture.

En plus, il se dit que les responsables de la Préfecture, en prenant l’argent des populations, leur font croire que cet argent est divisé à part égale entre la Préfecture et la Mairie. Or, à leur retour, seules les requêtes sont transmises à la Mairie pour signature sans la part d’argent censée revenir à cette dernière. Face à cela, la Mairie aurait décidé de ne plus signer les requêtes transmises par la Préfecture. Du coup, les usagers ayant payé leur argent sont laissés sur le carreau. C’est comme s’ils avaient payé leur argent pour rien. Selon certaines sources proches de la Mairie, il y aurait à ce jour, plus de 4 000 requêtes en souffrance à la Mairie sans signature. Une petite multiplication donne une idée des sommes que le Préfet et ses hommes ont pu engranger dans le cadre de ces sorties de terrain. Sans compter ce qu’ils continuent d’engranger sur place à la Préfecture où chaque jour, ce sont de nombreux usagers qui défilent pour l’établissement des jugements supplétifs à raison de 3 000 FCFA l’unité.

Selon nos sources, lorsque le montant exigé par la Préfecture pour l’établissement des actes est passé de 1000 à 2000 FCFA, les autorités hiérarchiques du Préfet auraient été interpellées sur les pratiques en question. Des concertations auraient eu lieu par la suite entre la Mairie, la Préfecture et la hiérarchie. Suite à cela, instruction aurait été donnée au Préfet de prendre toutes les dispositions pour faire cesser ces pratiques.

3 000 FCFA pour se dispenser d’audience foraine ?

Curieusement, c’est suite à cela que le montant serait monté désormais à 3 000 FCFA. Montant que de nombreux témoins disent avoir déboursé ces derniers temps à la Préfecture pour obtenir le document. Interpellé lors de notre passage sur ces montants de 2 000 à 3000 FCFA que les témoins disent débourser, le secrétaire de la Préfecture ne nie pas les faits. Il soutient qu’il s’agit d’«arrangements» qu’ils font avec certains usagers venant souvent de localités reculées.

Selon sa logique, certains usagers dont les villages sont éloignés du chef-lieu du département, pour qui il est souvent difficile de faire déplacer les deux témoins en plus des deux parents du requérant payent ces sommes pour obtenir les actes. C’est dire à quel point la régularité des actes ainsi délivrés est problématique. Cela voudrait dire, regrette un Conseiller municipal de la ville, que l’argent remplace les audiences foraines devant permettre aux témoins d’attester de la véracité des informations à porter sur l’acte d’état civil. En effet, selon les témoignages, dès que l’usager (le plus souvent le père de l’enfant) paye les 3 000 FCFA, ses seules déclarations font foi. Il n’est plus tenu de faire venir ni l’enfant, ni sa mère, ni les deux témoins pour attester de quoi que ce soit. Même l’audience foraine n’est même plus tenue. On lui délivre directement le document.

Rencontré, le Préfet réfute toutes ces informations. Selon lui,  c’est seulement 500 FCFA qui sont réclamés à l’usager. Cette somme servirait, selon lui, à photocopier les imprimés des requêtes, à payer des stylos, ainsi  qu’à désintéresser certains agents de la Préfecture qui ne sont pas salariés et qui appuient la Préfecture dans ses activités. Pourtant, les témoins sont nombreux, même très nombreux, qui soutiennent avoir déboursé des sommes allant de 2 000 à 3 000 FCFA à la Préfecture de Karangasso-Vigué, pour l’obtention des documents. Et  la tension aussi continue de monter. Affaire à suivre !

Y. Ladji BAMA
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Y. Ladji BAMA

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