CYBERCRIMINALITE : Des étudiants victimes de fausses bourses canadiennes

Tout est parti des informations rendues officielles par «Campus numérique francophone (CNF) de Ouagadougou», un programme de l’Agence universitaire francophone et faisant cas de «nouvelle session à la demande de bourse d’étude canadienne 2018/2019». Une affiche relative à cette offre de bourse est portée à la connaissance du monde estudiantin sur le tableau des informations de Campus numérique francophone, logé à l’amphi belge de l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo. Et comme il fallait s’y attendre, des étudiants ont naturellement postulé et ont été retenus, mais l’offre n’était qu’une arnaque.

Des informations mises à la disposition des étudiants relatives à l’offre de bourses en question, font état d’un appel à candidatures pour «400 bourses d’études canadiennes au titre de l’année académique 2018-2019» pour le compte de l’Université Laval. Ces bourses dites lancées par la «Commission fédérale des bourses d’études canadiennes» couvrent une période d’un cycle de formation de six (06) semestres, voire plus. Comme seules conditions  pour y postuler, il suffit «d’être âgé de 18 à 55 ans et titulaire d’un diplôme équivalent au Brevet d’étude de premier cycle d’enseignement au baccalauréat ou au Brevet d’aptitude professionnelle des pays de l’Union européenne».

Conformément à l’affiche informative, «les candidats retenus au terme de la sélection de candidatures seront insérés, outre leur étude, dans les secteurs sensibles de la vie économique et sociale du Canada». Mieux, il est dit qu’à travers cette offre, «l’Université Laval vise à donner une aptitude professionnelle aux boursiers pour pouvoir travailler s’ils le désirent, au Canada à la fin de leur formation ».

Des étudiants à deux doigts de tomber dans les mailles des arnaqueurs.

Les étudiants  intéressés sont priés d’adresser une demande de bourse à travers une lettre de motivation afin de réclamer le formulaire d’inscription à remplir. «Les demandes sont recevables à l’adresse e-mail : universite.laval@secretary.net», peut-on lire sur l’affiche. Ragaillardis par l’origine de la publication de l’information  (le CNF) qu’ils considèrent comme «une source sûre», des étudiants confient n’avoir pas perdu du temps pour postuler à l’offre.

Mi-novembre 2018, l’étudiant F.Y., titulaire d’une Licence en Droit, a pris connaissance de l’affiche, sans hésitations, il expédie sa lettre de motivation. Dès le lendemain 17 novembre, une réponse lui parvient venant de la «Direction Secrétariat Laval». Un «formulaire de candidature aux bourses d’études canadiennes » lui est envoyé. Il est prié de scanner et joindre audit formulaire, une attestation ou diplôme donnant accès à la formation sollicitée ; son dernier relevé de note ou certificat de scolarité ; une pièce prouvant sa nationalité. «Pas de candidature fantaisiste et vos dossiers doivent être envoyés en fichier JPED ou PDF. Nous vous rappelons que la sincérité des informations contenues sur notre formulaire de candidature est indispensable pour la sélection de votre candidature. Vos diligences et promptitudes seront hautement appréciées», lit-on dans le mail.

L’étudiant F.Y. qui désire poursuivre ses études de Master en Droit international ou en Sciences politiques, se conforment aux différentes exigences. Le 26 novembre 2018, il reçoit un autre mail qui lui annonce que «la Direction régionale des Bourses étrangères canadienne a approuvé l’avis favorable que nous avions, après étude accordée à votre dossier de candidature. Elle a donc cosigné avec le Secrétaire d’État à l’Étude et à la Recherche, votre attestation de bourse. Ce document de la Confédération canadienne vous permet de poursuivre vos études supérieures à l’Université Laval et de faire valoir vos compétences professionnelles ».

L’étudiant F.Y. n’attendait qu’une telle réponse, mais voilà que la suite de la procédure est de nouveau conditionnée. Il est prié de faire parvenir par courriel, des pièces complémentaires requises pour la validation de sa bourse à une autre adresse cette fois-ci : acces.canada-unilaval@representative.com.

Ces nouvelles conditions sont, «un formulaire d’hébergement joint à remplir; un Curriculum Vitale; une photo d’identité pour la carte de boursier ». En plus de toutes ces pièces, il doit transférer «les frais de droit de visa et assurance sociale d’étudiant étranger sur le territoire canadien» qui s’élèvent à «un montant total de 237,84 CAD – Dollar canadien soit (156 €) et en Franc CFA (102180 Francs CFA) ». Ces frais, selon le mail, «permettent à l’étudiant étranger de bénéficier d’une  assis- tance sociale en cas de maladie ou tout autre risque social majeur ».

Les interlocuteurs de F. Y lui demandent de les payer via le service de transfert d’argent «Wari ou Money Gram», au nom du comptable du bureau de la Mission Résidente Université Laval (Accès Canada) en Afrique de l’Ouest au Bénin, avec les instructions suivantes : bénéficiaire: David OKE ; pays: Bénin ; ville: Cotonou.

Ses interlocuteurs lui font savoir ensuite qu’ils attendent qu’il s’exécute afin de soumettre son dossier au Secrétariat d’État à l’Étude et à la Recherche ainsi qu’à l’Office fédéral des migrations canadiennes pour la délivrance de son visa; sa carte de boursier ainsi que le billet de voyage aller et retour en provenance de son pays de résidence et à destination de l’Université Laval. A la même date que toutes  ces  informations sont transmises à l’étudiant, il lui est adressé également une attestation de bourse qui serait de l’Université  Laval au Canada. On peut lire sur cette attestation, que l’étudiant «bénéficie d’une rémunération mensuelle de deux mille huit- cent-vingt dollars canadiens (2820  CAD), d’une  année de subvention et d’un visa permanent pour la période de la bourse».

Malgré tout, les frais dits «d’assurance sociale» installent un doute dans l’esprit de F.Y. Mais l’information venant de Campus numérique, à qui il accorde une certaine confiance, l’étudiant dit qu’il n’était pas prêt à douter de la fiabilité de l’offre de bourse. Tout de même, il décide d’y retourner pour avoir le cœur net. Premier constat qu’il a trouvé suspect, l’affiche a été arrachée du tableau d’informations de Campus numérique. Ensuite, c’est un membre du personnel de l’agence qui lui confirmera que c’était une arnaque.

«Pourtant, je n’avais pas entrepris des recherches approfondies sur l’offre avant de m’aventurer du fait que l’espace de Campus numérique venait d’être inauguré et la majorité des affiches qui figuraient sur le tableau parlaient de partenariat avec le Canada. L’offre de bourse en question étant canadienne, pour moi, c’était une occasion qu’il ne fallait pas rater. Et pour se donner plus de chance, il fallait être encore plus rapide», raconte F. Y. Même s’il ne s’est pas acquitté des frais demandés, il a tout de même entrepris quelques dépenses.  «Il fallait imprimer des documents, de surcroît en couleur et scanner la totalité pour leur renvoyer. Aussi, je fréquentais régulièrement le cyber pour la connexion. En tant qu’étudiant, toutes ces dépenses m’ont été aussi significatives», explique-t-il. Il n’a pas été seul à tomber dans les mailles des arnaqueurs. A l’en croire, n’eût été ces alertes, certains de ces camarades qui sont aussi attributaires d’attestation de bourse ont pu mobiliser les frais dits «d’assurance sociale» et étaient sur le point d’opérer les transactions. L’étudiant  de première année d’études anglophones O.Z. en fait partie, selon ses explications, il l’a échappé bel, «après m’avoir attribué l’attestation de bourse, on m’a réclamé des frais d’immigration que je dois envoyer au  Bénin et ensuite scanner les reçus pour les envoyer au Canada. Je leur ai écrit un mail encore le 2 décembre 2018 pour leur demander pourquoi l’Ambassade du Canada au Burkina, l’Université de Ouagadougou ou le CIOSPB qui s’occupe des bourses au Burkina ne nous assistent pas dans les formalités. Cela fait plus d’une semaine et je n’ai pas eu de réponse jusqu’à présent. Je me suis dit directement que ce n’est pas clair, donc j’ai arrêté le processus ».

Campus numérique aussi victime de la cybercriminalité ?

«Campus numérique francophone (CNF) de Ouagadougou» est à l’origine de la publication de l’offre de bourses. Le directeur, Théophile Ouangrawa, confirme que l’offre est passée dans leur liste de diffusion. Ils ne se sont rendu compte que c’était une arnaque que suite aux interpellations des étudiants. Ces derniers, confie-t-il, «ont heureusement été vigilants, parce que le nom du domaine de l’adresse e-mail où ils devaient envoyer les offres n’était pas approprié ». C’est ainsi que le responsable de CNF dit avoir rapidement supprimé l’offre, puis envoyé l’information auprès de leurs utilisateurs pour qu’ils arrêtent le processus. «Nul n’est à l’abri de la cybercriminalité, de la fausse information qui peut se répandre sur le réseau…, il ne faut pas partir de cet exemple-là pour se mettre à douter de l’information, non. Il faut se donner les moyens de vérifier la source, la crédibilité de l’information. Imaginez-vous combien d’informations nous recevons, et sur 100, il y a peut-être une qui a une faille de sécurité à quelque part, donc parce que l’information est très virale.

Une arnaque à peine voilée

Elle se propage rapidement à un certain niveau et donc de telle sorte que le contrôle n’est pas à 100% », s’est dédouané Théophile Ouangrawa. Pour lui, ses services ont été approchés au moment où certains étudiants doutaient des paiements à envoyer. Il note n’avoir donc pas connaissance de cas de victimes ou d’apprenants ayant envoyé les frais de dossier. Un simple «clic» sur le Net suffisait pour se rendre compte que l’offre était fausse. D’abord, en envoyant un mail à l’Université Laval au Canada. Nous l’avons fait en envoyant une attestation d’un bénéficiaire pour authentification. En l’espace d’une quinzaine de minutes, c’est le «Bureau du recrutement étudiant» de ladite Université qui nous a répondu par «Malheureusement, nous confirmons qu’il s’agit d’une fraude.

Des cas similaires en Côte-d’Ivoire en 2016

De plus, la bourse dont il est fait mention dans la correspondance n’existe pas. Nous vous invitons à consulter les  règles de vigilance en matière de bourses et d’admission émises par l’Université Laval». Notre interlocuteur précise que toutes les communications par courriel acheminées par l’Université Laval aux futurs étudiants se terminent par @ulaval.ca.

« Aucune autre adresse courriel nest valide »,  indique-t-il. Une recherche rapide sur le web permet encore de se rendre compte qu’en 2016, des Ivoiriens avaient aussi payé les frais d’arnaques similaires. Le site d’information en ligne EBURNIE-NEWS.NET avait publié un communiqué de presse qui lui avait été transmis par des individus qui disaient agir pour le compte du ministère ivoirien de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Formation professionnelle.

« Ledit communiqué faisait état de la mise à disposition de 400 bourses d’études canadiennes pour des étudiants étrangers qui souhaiteraient effectuer un séjour d’étude ou de recherche à l’Université Laval pour l’année académique 2016-2017 », écrit le site en question. C’est après publication du communiqué, que la Rédaction du site note avoir été contactée par un responsable de l’Université Laval pour démentir l’information contenue dans le communiqué.

Dasmané Niangané

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