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Eviter de diviser la société !

La publication, le mercredi 13mars dernier, du rapport du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) sur les 146 terroristes neutralisés par les Forces de défense et de sécurité (dans les régions du Nord et de la Boucle du Mouhoun dans la nuit du 3 au 4 février 2019) suscite une polémique comme les Burkinabè savent en faire depuis quelques années. En effet, à la suite du communiqué de l’Etat-Major général des armées faisant état de cette opération menée par les Forces de défense et de sécurité après une attaque terroriste dans la Commune rurale de Bahn, bien des voix se sont élevées pour dénoncer des exécutions sommaires de paisibles citoyens.

Conformément à ses missions sur saisine de certaines familles, le MBDHP a diligenté une mission d’enquête pour s’enquérir de la réalité des faits. De son enquête, il ressort qu’au moins 60 des personnes neutralisées n’ont pas été tuées au combat. Elles auraient été enlevées chez elles et ensuite passées aux armes. L’enquête révèle que ces 60 personnes ont été enlevées chez elles, parfois dans la journée et en présence de membres de leur famille. Et ce sont essentiellement ces derniers témoins qui ont raconté les scènes qu’ils ont vécues aux enquêteurs du MBDHP. Au fond, le rapport du MBDHP ne fait que reprendre des informations qui étaient sur la place publique, confirmées par des témoignages de proches.

Mieux, le rapport interpelle sur les risques de renforcer la stigmatisation de certains groupes ethniques dont les membres sont les principales cibles de cette opération antiterroristes. Depuis le drame de Yirgou aux premières heures de l’année 2019, certaines communautés se sentent particulièrement visées. Bref, le rapport du MBDHP ne dit pas que les 60 personnes concernées n’étaient pas des terroristes ou n’ont jamais participé à des entreprises terroristes. Il met l’accent sur le fait qu’elles ont été victimes d’exécution sommaire. Ce qui voudrait dire que même si elles étaient des terroristes, après les avoir appréhendées, elles doivent être remises à la Justice pour suite à donner.

Malheureusement, dans ce pays, il s’est développé ces dernières années, un intégrisme intellectuel qui ne tolère pas les points de vue divergents. Il n’en fallait pas plus pour que certains Burkinabè vouent le Mouvement de défense des droits de l’homme aux gémonies, dénonçant une tentative de démobilisation des FDS engagées sur le front. On se surprend de la violence avec laquelle certains citoyens ont attaqué le MBDHP et son rapport. Ironie du sort, certains militants du CDP qui, hier, vilipendaient le MBDHP et ses leaders, qui sont aujourd’hui les défenseurs intéressés du Mouvement et de son rapport. C’est en de bonne guerre, dira-t-on ! Même le gouvernement s’est senti obligé de réagir dans une polémique qui n’a pas vraiment lieu d’être.

En tout état de cause, l’on peut ne pas être d’accord avec le MBDHP et même émettre des réserves sur sa méthode d’enquête comme l’a fait le gouvernement. Mais l’on ne peut dénier au Mouvement son droit, voire son obligation de jeter un regard partout où il y a des suspicions de violations des droits humains. L’on ne peut non plus assimiler cette initiative à une tentative de démobilisation des Forces de défense et de sécurité. Il s’agit d’une interpellation et une invite à plus de professionnalisme, au respect des droits humains et surtout à prévenir les risques de faire des victimes innocentes de dénonciations calomnieuses ou de règlements de comptes.

Prenons acte du rapport du MBDHP et continuons à soutenir nos FDS tout en les invitant à moins de dérives possibles.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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