COMMUNE DE KOMBISSIRI : Il vend le lycée communal et s’enfuit

Tout a commencé en 2006. La Commune de Kombissiri signe un protocole de collaboration avec la Commune belge de habay dans le cadre de la Coopération internationale communale (CIC) de la Direction générale de la Coopération au développement (DGCD) de la Belgique. De ce protocole, il ressort que les deux Communes du Nord et du Sud s’engagent à œuvrer de façon conjointe au renforcement du niveau local avec des réalisations à la clef pour la Commune de Kombissiri. Une convention spécifique de partenariat viendra par la suite préciser le cadre de la coopération. une première phase couvrira la période de 2009 à 2012. De cette coopération avec la Commune belge est née la réalisation de projets de développement au profit de la Commune. Les choses étaient bien peaufinées. Les réalisations de la coopération promettaient. Mais hélas ! C’était sans compter avec certaines cupidités. Tout ne s’est pas bien terminé. Aujourd’hui, c’est le branle-bas. Les réalisations ont été usurpées. Dans la Commune de Kombissiri, beaucoup en parlent. Le Conseil municipal actuel qui dit n’avoir pas vu l’affaire venir est pris dans la tourmente. Son devoir de redevabilité est engagé. Des réalisations de plus de 70 millions FCFA ont été détournées au profit d’une association locale. Comment ? Voici la première partie de notre enquête !

Que de rencontres tenues ! Que de voyages entre la Belgique et le Burkina pour sceller les bases de cette coopération pour le développement ! Mais aujourd’hui, ce sont des espoirs d’une population entière qui semblent être douchés. Rien n’a visiblement bougé au profit des communautés malgré les gros sous injectés. A la mairie de Kombissiri, le Conseil municipal est sens dessus dessous et c’est peu dire. La question est régulièrement venue sur la table des sessions du Conseil municipal et reste sans solution qui satisfasse tout le monde.

Difficile pour les élus de trancher. Certains membres du Conseil, de même que le Maire de la Commune, Hamidou Olivier Conombo, restent convaincus que la Mairie est neutre dans cette affaire. En clair, ils estiment que les réalisations de la coopération belge n’appartiennent pas à la mairie mais à un privé. Et pourtant ! Aux origines, en 2006, quand la délégation belge entamait les échanges et les négociations pour   inscrire la coopération dans un cadre bien précis, le seul interlocuteur belge à l’époque était la Mairie de Kombissiri, avec le maire Macaire Zabré, aujourd’hui décédé. C’est avec ce dernier que les négociations ont été menées dans le fond. En plus le précédent édile de la ville, Issaka Compaoré, a bien connu le dossier avec la Commune belge, au moins depuis 2003, confie-t-on. Soit ! Que s’est-il passé entretemps ? Nous nous sommes intéressés au fond même de l’affaire pour y voir plus clair. Un dossier nous a été remis par le Conseil municipal actuel pour usage, preuve qu’il n’y est pour rien.

D’autres enquêtes nous ont permis de découvrir des archives qui prouvent le contraire. C’est là que l’on apprend qu’en juin 2006, les Communes de abay et de Kombissiri ont signé un protocole de collaboration dans un  «partenariat responsable». Que dit ce protocole ? En effet, le document que nous  avons  pu dénicher s’est voulu clair. Il lie les deux communes.  «Les objectifs du présent protocole sont d’œuvrer conjointement au renforcement du niveau local, lequel repose sur trois piliers indissociables : une bonne gouvernance politique, une administration efficace, une participation des citoyens dans le processus décisionnel», dit l’article 2. En son article 3, il ajoute que «les partenaires (les deux Communes, ndlr) s’engagent à unir leurs efforts de coopération dans l’un ou plusieurs des domaines d’actions suivantes jugées prioritaires : santé, éducation, assainissement de l’environnement».

Pour parvenir à des actions du genre, les deux parties s’entendent pour mettre en place de façon annuelle, un plan d’actions commun. Des  principes ont été en outre édictés dans le protocole pour les réalisations qui devront se faire, entre autres, dans la légalité, la solidarité, la transparence, etc. Voici donc ce sur quoi les deux maires et les Secrétaires respectifs ont convenu au nom de leurs Communes ce jour-là. Après les signatures et sur la base de ce protocole, une convention spécifique de partenariat sera également signée par la suite et précisera les étapes, les obligations de chaque Commune, la période de la phase 1 du programme communément appelé Programme fédéral belge de coopération internationale communale (CIC) qui va de 2009 à 2012, ainsi que sa date d’effet.

On peut aisément lire dans cette convention, que la Commune de Kombissiri assurera la mise en œuvre et le suivi administratif, technique et financier du programme, une fois les budgets acceptés par les deux parties. Parlant de mise en œuvre, la Commune de Kombissiri devra auparavant identifier, chaque année, les besoins sur la base desquels le plan opérationnel annuel de partenariat (le budget, ndlr) sera établi. Cette coopération va évidemment charrier des fonds ! Et les deux parties y ont pensé. Pour ce faire, chaque Commune ouvrira un compte bancaire au nom du programme, un compte par lequel transiteront toutes les dépenses et recettes. Ces comptes, stipule la convention, seront gérés par le maire de Habay et ses collaborateurs et par le maire de Kombissiri, Macaire Zabré, et son comptable municipal, Saidou Wangrawa à l’époque. Et ce n’est pas tout. Il y a bien plus édifiant. La convention précise en son article 6 que tous les biens et équipements achetés dans le cadre de la coopération et à destination de la commune de Kombissiri seront la propriété du programme dans un premier temps. «Ils deviendront la pleine propriété de la Commune de  Kombissiri à la clôture du dernier plan opérationnel annuel de partenariat.»

Curieusement, à la passation de service, entre le Maire Macaire Zabré et l’actuel Maire, Hamidou Olivier Conombo, la question n’aurait pas été évoquée. Selon le Maire H. Olivier Conombo, son prédécesseur ne lui a pas légué un dossier coopération belge. Et pourtant, nous découvrirons que le défunt Maire Macaire Zabré, dans un mémorandum daté du 27 mars 2013, informait les nouveaux responsables de la mairie qu’au titre du jumelage-coopération, la Commune de Kombissiri entretient des relations de jumelage-coopération avec la commune de Habay (Belgique). Et dans ce cadre, un comité de pilotage a été mis en place et un coordonnateur existe et est lié à la Commune par un contrat à durée déterminée. Ce mémorandum tenait lieu de dossiers en cours et des points sur lesquels les nouveaux Conseillers devraient prêter attention. D’où vient que le Conseil municipal dit ne rien savoir sur cette coopération et les fruits de celle- ci ?

Une coordination suspecte

En effet, des actions précises ont été prévues et planifiées dans le cadre de la coopération. Il s’agit pour la phase 1 de la construction d’une ferme avicole en 2012,  d’un collège d’enseignement secondaire équipé et fonctionnel en 2011, de la réalisation d’un micro-barrage en 2011, de la construction d’un magasin pour le warrantage en 2011. Tout est fin prêt. Les choses peuvent commencer à tourner. Du côté belge, les dispositions sont prises et toutes autorisations acquises pour commencer les travaux en 2009. Il faut recruter un coordonnateur. Nikièma Momouni est retenu comme coordonnateur du projet avec un contrat à durée déterminée. Les autres conditions restent floues.  Il convient de noter à ce niveau que ce dernier, au moment de son recrutement, était le responsable à la communication de la Mairie de Kombissiri. Dans quelles conditions a-t-il été recruté ? Mystère ! Il  cumulera  les  deux  postes.

Dans la foulée, l’Association pour le soutien au développement durable (ASPD) dont il est le président signe  une convention avec la mairie pour gérer les investissements de la coopération. Que dit cette convention ? Le conseil municipal actuel n’en a aucune idée. Pour sûr, l’ASPD gèrera les investissements. Selon certains acteurs qui ont suivi les débuts de cette coopération, un terrain a été recherché et identifié par le coordonnateur pour la construction du lycée. Malgré les difficultés rencontrées, selon la partie belge, le bâtiment et les bureaux verront le jour. Du côté des coopérants, il a même été question d’acquérir le terrain à titre gracieux mais cette idée a été balayée par le coordonnateur. Quant au micro-barrage et le magasin pour le warrantage, ils connaissent aujourd’hui des fortunes diverses. La coopération n’a pas atteint les résultats escomptés. Les idées de détournement ont germé chez certains acteurs locaux. A propos de la ferme avicole, elle a été vendue par Moumouni à un particulier. Le conseil municipal convoque ce dernier et lui explique que la ferme appartient à la municipalité. L’acheteur marque sa surprise et dit ignorer que l’ouvrage appartient à la municipalité. Il accepte de remettre alors la ferme à la commune. La coopération   aura injecté pas moins  de 70 millions  de FCFA pour la réalisation.

Panique au Conseil municipal ?

Aujourd’hui le lycée ne fonctionne pas, la ferme avicole non plus. Pourquoi ? Au cours d’une session du Conseil municipal, un Conseiller a soulevé la question du lycée au prétexte qu’il serait en train d’être vendu par le président de l’ASPD. Surprise générale ! Le Conseil municipal ne voit pas en quoi cette situation devrait le préoccuper. Pour le Conseiller en question, le lycée est une propriété de la Commune et non d’un individu. Il exige une enquête ; le Conseil municipal traine. Le lycée est occupé par des élèves à l’insu de la Commune. Curieusement, le lycée est devenu une propriété privée. Que s’est-il passé ? En effet, il nous revient que le coordonnateur Momouni Nikièma non seulement a acheté le terrain où a été construit le lycée en son nom propre, mais il a fait établir des pièces en son nom et a fini par le vendre à un natif de Kombissiri. Mais quid des fonds injectés ? Comment ils ont été gérés par le Coordonnateur ? Et le compte Trésor au nom de la mairie?La mairie refuse-t-elle l’exercice de redevabilité ? Rien n’est clair.

Que risque la Mairie ?

La Mairie est sur le point de changer d’avis. Pour lui, il est actuellement question de chercher à savoir ce qui s’est réellement passé. Une commission communale ad hoc a été mise en place pour chercher des explications à cette situation. En outre, le Conseil municipal s’est informé auprès de l’Agent judiciaire du Trésor (AJT) pour savoir la conduite à tenir. Là, la réponse est claire. S’il s’avère que  les  réalisations l’ont été dans le cadre de la coopération décentralisée, il n’est point question que la Mairie laisse les ouvrages entre les mains d’un individu. Sinon, la mairie rendra compte. Pour l’heure, il est difficile de mettre la main sur le coordonnateur du programme. Ce dernier aurait quitté le pays. Certains membres du bureau que nous avons tenté de joindre au téléphone soit ils refusent tout échange autour de la question, soit ils sont étonnés d’être membres du bureau. Il y a des complices à l’interne. C’est le cas du secrétaire à l’organisation et à la communication, Congo A. Razack, qui dit être surpris de sa qualité de membre du bureau.

A propos du bureau, il y a bien pire. Les incongruités montrent la volonté manifeste du président Momouni Nikièma de faire main basse sur des biens publics et c’est peu de le dire. C’était une affaire de famille visiblement ! Si le maire confie que les comptes de la mairie ne font nullement cas des fonds de Habay, il existe pourtant ce compte trésor comme suggéré par la convention. Par ailleurs, nous apprenons que l’affaire est entre les mains de la Justice. En effet, suite au constat que le lycée a été vendu à un privé, un Conseiller municipal a pris sur lui la responsabilité d’aller faire comprendre à l’acquéreur que le lycée est la propriété de la Commune. Mécontent, l’acheteur aurait porté plainte pour troubles à ses activités. Serait-il l’occasion de connaitre toute la vérité sur cette affaire qui est en train de pourrir le climat au sein du Conseil municipal? Nous y reviendrons.

Aimé NABALOUM
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