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MINISTERE DE LA SANTE : Que se passe-t-il au projet de formation des spécialistes?

Formation des spécialistes, c’est la dénomination du projet institué par décret en 2013 pour remédier à l’insuffisance du personnel qualifié à tous les niveaux du système de santé. En clair, il s’agit de contribuer à améliorer la qualité des soins et l’état de santé des populations par le développement des ressources humaines. Ce projet de formation comprend trois composantes et c’est dans sa composante 1 que s’inscrit la formation des spécialistes en charge du volet formation des médecins, des pharmaciens, et cadres spécialistes au profit des centres hospitaliers, des centres médicaux avec antenne chirurgicale (CMA) et des établissements publics de santé non hospitaliers. Chose étrange, tous les stagiaires ne semblent pas être logés à la même enseigne en ce qui concerne les avantages qu’offre le projet. Pendant que certains stagiaires bénéficient de la bourse pour leur formation, chez d’autres c’est la croix et la bannière. Pourquoi des traitements disparates pour un même projet ?

Eux, ce sont des Attachés de santé qui ont cravaché dur pour être admis au concours professionnel en vue d’être formés en tant qu’élèves conseillers en santé. C’est naturellement une joie qui a animé ces nouveaux élèves professionnels quand ils ont appris que leur stage de formation allait être pris en charge par un projet. De quel projet s’agit-il ? Il s’agit du projet institué par le décret n° 2013-106/PRES/PM/MS/MESS/MEF/ MFPTSS du 7 mars 2013 dont le financement est assuré par la Chine Taïwan comme partenaire sur une durée de dix (10) ans, à compter de la même année. Remédier à l’insuffisance du personnel qualifié à tous les niveaux du système de santé, tel était l’objectif. Curieusement, dans la mise en œuvre, il se trouve que tous les bénéficiaires ne semblent pas être traités sur le même pied d’égalité.

En effet, un constat se dégage dans le traitement des différents stagiaires ; seuls les médecins et pharmaciens, ainsi que les infirmiers et sages-femmes qui suivent leur formation à l’extérieur du pays bénéficient de la bourse. Sur quelle base légale s’effectue ce traitement discriminatoire ? Le projet prévoit une prise en charge intégrale de la formation. D’abord, le document projet dit en substance que : « Le coût moyen annuel de la formation d’un agent dans le cadre du projet est estimé à 4.375.000 francs CFA ; ce coût comprend l’allocation mensuelle de subsistance, les frais d’inscription annuelle, les frais de voyage, une allocation forfaitaire d’installation payée la première année de formation, les frais d’assurance lorsque la formation se déroule à l’extérieur et une allocation forfaitaire payée la dernière année au titre des frais de mémoire au cas où la formation débouchait sur la présentation d’un mémoire de fin de formation». Visiblement, il n’est donc mentionné nulle part que seulement les frais de scolarité sont pris en charge pour les élèves conseillers en santé. Le décret instituant le projet en son article 2 est clair: «Le projet de formation de spécialistes concerne les médecins, les pharmaciens et des cadres relevant du ministère de la Santé». De quels cadres s’agit-il ? Les cadres dont il est question dans ce projet ne sont autres que les économistes en santé et les paramédicaux. Les conseillers en santé ne font-ils pas partie des cadres paramédicaux ? Difficile de se convaincre du contraire.

En effet, selon le décret du 25 septembre 2006 portant organisation des emplois spécifiques du ministère de la Santé, en son article 55 : « L’emploi de conseiller en santé est classé dans la 1re catégorie, échelle A du régime juridique applicable aux emplois et aux agents de la Fonction publique ». D’où vient alors cette discrimination manifeste à l’égard de certains bénéficiaires ? Sur quel texte s’appuie l’exclusion de certains bénéficiaires aux avantages du projet ?

Face à cette incompréhension légitime, les élèves conseillers en santé ont entrepris des démarches auprès des autorités du ministère de la Santé en vue de bénéficier aussi de l’allocation mensuelle de subsistance pour faire face aux exigences de leurs études.

Vous avez dit mesure conjoncturelle ?

Et comme réponses à leurs préoccupations, de l’initiative de l’ancien Secrétaire général du ministère de la Santé, Lucien Robert Kargougou, une solution dite «conjoncturelle» d’octroi d’un appui financier de sept-cent mille francs FCFA (700000FCFA) leur aurait été proposée dans l’attente d’une solution définitive. Et c’est ainsi que les élèves conseillers en santé et d’autres cadres paramédicaux ont bénéficié de cette mesure dite conjoncturelle. Aussi, les anciens élèves conseillers en santé et d’autres cadres paramédicaux ayant achevé leur formation sans la moindre allocation furent rappelés en vue de bénéficier de la mesure dite «conjoncturelle». Après l’instauration de cette «mesure conjoncturelle», aucune autre mesure n’a été prise dans le sens de résoudre de façon définitive le problème. Fait étonnant, cette mesure annoncée comme conjoncturelle s’est transformée, au fil du temps, à un droit pour les cadres paramédicaux. Mais sur quelle base légale s’appuie cette mesure ? Bien malin qui pourra répondre. Face à la revendication pressante des étudiants, une rencontre fut tenue le 22 juin 2018 entre les stagiaires, le Coordonnateur du projet, Abel Bamouni, et la Secrétaire générale d’alors du ministère de la Santé, Francine Ouédraogo/Douamba (récemment remplacée). A cette rencontre, la Secrétaire générale avait demandé aux étudiants de porter à sa connaissance, par écrit, les arguments sur lesquels ils se fondaient pour réclamer une bourse.  Le 25 juin, soit trois jours après la rencontre, les étudiants adressèrent leur écrit au Secrétariat général.

Dans  sa réponse  du 16 juillet 2018, celui-ci soutenait en substance que l’aide qui avait été octroyée était fonction des conditions d’études spécifiques dans les universités et institutions de formation au niveau national et tenant compte des possibilités budgétaires actuelles du projet. Pourtant, quand on parcourt le document projet, aucune disposition ne justifie clairement  ces affirmations.

Et autres questions  qui taraudent l’esprit de plus d’un relativement aux possibilités budgétaires du projet, d’où provient cette aide octroyée aux stagiaires ? Etait-elle prise en compte dans la planification initiale ou pas ?

Voulant en savoir plus, nous avons joint le Coordonnateur du projet, Abel Bamouni, qui nous exige de prendre attache avec la Direction de la communication ministérielle. Ce fut chose faite et cette Direction avait promis de nous revenir. Au moment où nous bouclions cet article, c’était toujours le silence radio. Nous y reviendrons !

Salifou OUEDRAOGO (Stagiaire)

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  • Des traitements discriminatoires naissent les rebellions. Le ministère de la santé est géré comme un ministère de médecins que par les médecins.Il faut qu’ils sachent qu’il y’a aussi d’autres cadres qui aussi des compétences.

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