COMMUNE RURALE DE SAABA : Un pépiniériste et des propriétaires terriens à couteaux tirés

Dans la Commune rurale de Saaba, plus précisément à Koulgu-noré, une bagarre oppose Sambo Winna, un pépiniériste, à des propriétaires terriens. Le terrain d’un demi-hectare de superficie a été mis en location par des propriétaires terriens à Sambo. Ce dernier y a implanté des pieds de papayers. Au bout d’une année, les plantes ont atteint la phase de maturation. Mais c’est au moment où Sambo s’apprêtait à effectuer sa première production que tout va chambouler. Les propriétaires terriens le somment de déguerpir. Ils expliquent à ce dernier avoir cédé l’espace à une société immobilière. Son système de canalisation est même détruit par ces derniers. Le temps de résoudre le malentendu, les plants de papayers ne vont pas résister longtemps. Au bout de quelques temps, la plantation de papayers n’est plus qu’un champ de ruines. Sambo Winna a tout perdu. Il assigne les propriétaires terriens en Justice et demande réparation.

Sambo Winna, bientôt la cinquantaine, dit vivre de cette activité depuis plus de 25 ans. Avec abnégation et détermination, il est passé d’un simple amateur pépiniériste en un véritable expert dans le domaine dans la localité de Saaba. Il s’est spécialisé dans la plantation de papayers et est même le président de l’association des pépiniéristes de la Commune rurale de Saaba. Ayant acquis une maîtrise poussée du métier de pépiniériste, Sambo Winna décide de monter un projet de plantation de papayers assez ambitieux dans la Commune de Saaba. Il fonde un grand espoir que ce projet lui fera sortir de la pauvreté.

En 2017, avec l’aide de quelques amis, il parvient à obtenir un prêt de 2 800 000 FCFA auprès d’une société de micro-crédit. Son projet peut donc commencer. Il décide de faire une prospection dans la zone afin d’identifier l’espace propice à la plantation de papayers : ce sera à Koulgui-noré dans la Commune rurale de Saaba. Il discute avec les propriétaires terriens représentés par Kabré Raphaël. Un accord est trouvé. Le terrain est donné en location à Sambo Winna. Et pour ce faire, il devra s’acquitter annuellement d’une somme forfaitaire de 50.000 FCFA.

Quand le promoteur immobilier s’ingère

Pour assurer une meilleure production, le pépiniériste procède à l’installation d’un système de canalisation pour l’arrosage des plants. Au bout de quelques mois, les pieds de papayers progressent très bien et ont de belles allures. Les papayers atteignent la phase de maturation et sont sur le point de donner leur première production. Le producteur rêve déjà de ses premières ventes. En effet, de l’évaluation faite par les services de l’environnement du département de Saaba sur la plantation, il ressort qu’elle compte au total 782 pieds de papayers. Ces pieds de papayers ont une capacité de production d’un minimum de 20 Kg par pied.

La production pour la première année était estimée à 3 910 000 FCFA. Les papayers ayant une durée de vie de cinq ans, Sambo Winna s’attendait à 20 332 000 FCFA de chiffre d’affaires au bout des cinq ans de production. Mais ce rêve ne se réalisera pas. Contre toute attente, des propriétaires terriens, à savoir Kabré Philippe, Nand Karaga André et Raphael Kabré, celui-la même qui était le principal interlocuteur, vont faire un revirement extraordinaire. Ils envoient une délégation auprès de Sambo Winna qui lui fait part de leur intention de récupérer leur terrain. Ils signifient à ce dernier avoir cédé l’espace à une société immobilière. En conséquence, ils demandent à Sambo Winna de dégager de leur terrain.

Déboussolé, après réflexion, il suggère à la délégation un délai, le temps pour lui d’évacuer sa première production. Il leur propose un temps pour trouver un autre terrain en vue de transférer ses pieds de papayers. La délégation reste campée sur sa position. Sambo doit céder immédiatement le terrain. Les propriétaires terriens l’intiment même l’ordre de ne plus arroser ses plants. Que faire ? C’est un coup de massue dans la nuque. Pour sauver ses papayers, il entreprend d’impliquer les premiers responsables de la Commune de Saaba. Il rencontre le Conseil villageois de développement (CVD) sans obtenir gain de cause. Puis, tour à tour, le Maire, le service des Eaux et Forêts, le Préfet. Tous préconisent un arrangement à l’amiable avec les propriétaires terriens.

Mais ces derniers sont catégoriques : les papayers doivent dégager de leur terrain. Ils détruisent même le système de canalisation de la plantation. Les papayers ne tarderont pas à en subir les conséquences. Les feuilles commencent à jaunir par manque d’eau puis les pieds à mourir. Il arrive néanmoins à s’octroyer les services d’un huissier de justice pour faire un constat de l’état de dégradation de la plantation. Le constat a été effectué le 12 novembre 2018. Au bout de quelques mois sans arrosage, la plantation deviendra un champ de ruines. Tous les arbres ont séché. La société immobilière GELPAZ à qui les propriétaires terriens ont cédé l’espace va à la suite entamer ses travaux. Les constructions ont débuté. Pourtant, Sambo Winna doit rembourser son prêt auprès de la société de micro-crédit. Il doit aussi payer ses employés. Aujourd’hui, il se dit victime d’une injustice de la part des propriétaires terriens qui, selon lui, n’ont pas respecté leur engagement. 

Pour obtenir réparation du préjudice subi, une assignation en Justice a été formulée contre les propriétaires terriens le 21 décembre 2018. Nous avons pu contacter un des propriétaires terriens, en l’occurrence Kabré Phillipe. Ce dernier ne nie pas la mise en location d’une portion de leur terre à Sambo pour la plantation des papayers. Mais, il conteste les estimations brandies par Sambo concernant l’évaluation faite sur la plantation. Le chiffre d’affaires prévisionnel de 20 200 332 mille FCFA ne reflète pas la réalité. Ils sont faux, dit-il. Contacté, le chef de service en charge de l’environnement du département de Saaba au moment des faits, confirme l’authenticité du constat et de l’évaluation faite par ses techniciens sur la plantation de Sambo : ils sont exacts, selon lui. Après douze reports des audiences programmées, Sambo est abattu. Mais, il espère fortement la tenue du procès et que justice sera faite pour qu’il puisse rentrer dans ses droits. Affaire à suivre.

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Salifou OUEDRAOGO
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