CONSOMMATION ET COMMERCIALISATION DE LA DROGUE A OUAGA: Bienvenus chez les barons Moussa, Yoro et Jimmy

La consommation de la drogue gagne dangereusement du terrain à Ouagadougou. La « dose » ne passe plus au Burkina pour aller dans d’autres pays. Une bonne partie est consommée sur place. De grands réseaux sont au cœur de ce trafic. Le nombre de sites de vente et de consommation ne cesse d’augmenter dans la capitale. Même les établissements scolaires et universitaires sont devenus de grands centres de trafic et de consommation de la drogue. Les activités de sensibilisation et la timide traque organisée, par moments, par les acteurs de la répression sont loin de dissuader les junkies de la capitale du pays des Hommes intègres. Voyage dans le labyrinthe du grand trafic de drogue qui draine beaucoup de jeunes, en plein cœur de la capitale.

Il se passe de vilaines choses en plein cœur de la capitale. Nous sommes dans les encablures de la plus belle avenue de la capitale, Kwamé Nkrumah. Dans la ZACA, un vrai marché de vente et de consommation de drogues s’y tient quotidiennement. Sur ce marché invisible implanté non loin d’une mosquée, entre les gros camions stationnés, le monde que l’on y observe n’est pas toujours de simples passants. Le sport favori dans cette zone, c’est la vente et l’achat de produits illicites : les drogues. Il suffit de s’aventurer dans cette zone et tourner le regard vers ces gros engins stationnés pour se rendre compte d’attroupements inhabituels de jeunes. On aperçoit des cireurs de chausseuses, des jeunes qui s’occupent du déchargement de certains camions, des marchands ambulants, mais aussi des élèves et bien d’autres catégories de personnes.

A l’observation, de petits groupes se forment souvent : ce sont les consommateurs qui se regroupent autour de vendeurs de la drogue. Ils sont remarquables par leurs comportements quelque peu inhabituels. Certains viennent juste acheter leur dose et repartir. Ce 10 novembre 2020, nous apercevons deux élèves en tenue scolaire juchés sur une moto. Il y a aussi cette catégorie de consommateurs qui y est pour profiter de la dose des autres. «Ceux-là sont percés», nous confie une source bien imprégnée des réalités de ce marché. Pendant que certains fument ou se partagent les doses de la journée, d’autres sont assis ou couchés avec une fébrilité et un regard inquiet. Ceux-là, apprend-on, seraient prêts à tout pour avoir leurs
doses. C’est ce qui expliquerait la fréquence de petits vols et des actes de délinquance dans la zone.

Des guetteurs veillent

Pendant que consommateurs et dealers sont concentrés sur leur business, la vigilance reste de mise. Notre présence a été vite détectée la première fois que nous nous sommes rendus sur ce site du trafic. Un jeune s’approche de nous et demande l’objet de notre présence en ces lieux et ce que nous cherchons. Dans ce contexte, il faut vite trouver un prétexte. Pendant quatre jours, c’est le même rituel avec le même type de clients.

Trois réseaux au centre du trafic

Selon certaines informations, le marché est ravitaillé par trois grands réseaux de drogue à Ouagadougou. Ces réseaux ont tous des vendeurs postés sur le marché décrit. Selon des sources bien introduites, le business de la drogue est adossé à un ancien réseau que dirigeait un certain Grotto, un homme qui a perdu la vie dans un accident de la circulation. Pour certains, Grotto était perçu comme ayant été un homme de mains d’un baron dans le domaine au sein du régime déchu de Blaise Compaoré. Même s’il n’existe plus, sa relève est assurée actuellement par un certain Moussa.

A ce qu’on dit, c’est ce dernier qui s’est battu pour prendre la place de Grotto. Il serait actuellement l’un des grands barons de la drogue au Burkina. Ses lieux de prédilection à lui sont les espaces communément appelés « jardins » à Ouagadougou où il distille sa marchandise. A ce qu’on dit, il est bien connu des agents en charge de la répression et bénéficierait même de la complicité de certains. La stratégie est qu’à chaque décente des unités en charge de lutte, il est informé à l’avance afin que ses « éléments »
puissent se volatiliser. Dans le milieu, Moussa collaborerait avec un autre du nom de « Yoro ». Ce dernier a récemment été interpellé par la gendarmerie et déféré à la MACO pour détention de grandes quantités de drogue. Deux autres réseaux de trafiquants sont également identifiés. Il s’agit de ceux de « Isaac » et de « Jimmy ». L’on parle également d’un quatrième réseau, mais non encore formellement localisé.

En attendant que des enquêtes approfondies situent chaque baron et son territoire, les sites de commerce et autres fumoirs se multiplient dans la ville de Ouagadougou. Des exemples ne manquent pas. Des zones comme la médiathèque municipale et la gare routière de Ouagadougou font partie des
centres de commerce et de consommation. De ce qui nous revient, un fumoir s’est implanté dans la zone du marché de Katre-yaar. Beaucoup d’autres fumoirs se comptent à l’intérieur de la ville de Ouagadougou et même dans les établissements scolaires, confie une source qui a bien côtoyé le milieu.

Dans le cadre de la lutte, des saisies sont régulièrement opérées mais ces quantités sont négligeables, au regard de tout ce qui entre comme drogue dans le pays. Selon les données des services spécialisés dans la répression, les drogues de choix sont d’abord les produits prohibés. Ensuite, il y a le cannabis. Les produits pharmaceutiques illicites saisis au cours de l’année 2016 équivalent à 2478 kg, contre 2186 kg en 2017, 76920,176 kg en 2018 et 30010,59 kg en 2019. Quant au cannabis, le plus consommé au Burkina, 6378 kg ont été saisis en 2016, 19994 kg en 2017, 10625,347 kg en 2018 et
3497,49 kg en 2019. D’autres types de drogue comme la cocaïne et l’héroïne ont été également saisis sur le territoire au cours de ces années, en faible quantité. La porte d’entrée de ces drogues, notamment, le cannabis, dans
la région du Centre, est la frontière ghanéenne.

L’impérieuse nécessité de sauver l’école de la drogue

Selon les spécialistes, la poudre blanche est la plus prisée dans le milieu des professionnels du sexe. Cependant, elle aurait quitté ce milieu pour entrer dans les salles de classe. Selon le Commissaire Nikiema, chef du département de coopération et de partenariat du Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre la drogue, le milieu scolaire est beaucoup visé par les trafiquants de drogue parce qu’étant le milieu qui regorge de beaucoup de jeunes. Pour freiner la drogue en milieu scolaire, le Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre la drogue a choisi de jouer la carte de la sensibilisation. Toujours, selon le Commissaire Nikiema, 6453 élèves de plusieurs établissements de Gaoua, Tenkodogo, Ouahigouya, Kaya et Fada N’Gourma ont été sensibilisés au cours de plusieurs séances.

Cependant, la lutte contre la drogue souffre de manque de volonté politique. En effet, jusqu’à présent, alors que la consommation gagne sérieusement du terrain, le Burkina Faso brille par l’absence de stratégie nationale de lutte ainsi que de statistiques nationales de la consommation de drogue en milieu scolaire.

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Simplice Zongo
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