COOPERATIVE D’EPARGNE ET DE CREDIT GALOR : Une gouvernance qui défie toutes les règles

Lancée au départ par un groupe de fidèles catholiques de la communauté chrétienne de base (CCB) de la paroisse de Saint Camille de Ouagadougou puis répandue sur d’autres localités du pays et officiellement reconnue le 12 mai 1998, la Coopérative d’épargne et de crédit Galor (COOPEC Galor) connait aujourd’hui une  situation inquiétante. La gestion de cette boîte semble peu catholique et risque de plonger d’un jour à l’autre ses membres dans le désarroi. Radioscopie d’une coopérative dans une zone de fortes turbulences.

En février 2008 déjà, soit dix ans après la création, une alerte avait été donnée par la Direction de la microfinance du ministère de l’Economie et des Finances. Les problèmes que vivait l’institution financière étaient essentiellement liés au management même de la boîte, à des exercices de fonctions incompatibles, à l’exercice illégal de l’activité de change par la coopérative en violation du Règlement R-09 de l’UEMOA relatif aux relations financières extérieures des Etats membres de l’UEMOA. Il était ressorti également que la coopérative mène des activités autres que l’épargne et elle disposait d’un magasin de vente de céréales. L’un des principaux reproches était que la réserve de COOPEC Galor était confiée au PCA qui la conserve dans un lieu qui n’est connu que par lui et un membre de sa famille. Les responsables  cumulaient des crédits sans avoir fini de rembourser les précédents, toute chose qui réduit les chances de recouvrement desdits crédits. A cela s’ajoutaient les divergences entre COOPEC Galor et la Conférence épiscopale Burkina-Niger en ce qui concerne notamment, la constitution légale des structures de base dans les diocèses, le respect des principes démocratiques dans la gestion des organes, l’appropriation par les mutualistes de leur coopérative et la création d’une structure faîtière qui regrouperait  les coopératives diocésaines. Les problèmes étaient légion.

Un redressement décrié par la DGTCP

Puis en 2012, COOPEC Galor tente un redressement de sa situation à travers un plan. Ledit plan de redressement présenté au ministère des Finances aura un grand retentissement. Le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, dans une lettre datée du 7 février 2013, fera des observations qui vont remettre en cause cette molle tentative de redressement. Il fait ressortir des incompatibilités. Morceau choisi : «Les missions de vérification effectuées par la Direction de la surveillance et du contrôle auprès de vos antennes avaient conclu à la fermeture et à la liquidation des antennes de Bobo, Kaya et Koupéla en raison de leur situation fortement compromise tandis que votre plan de redressement prévoit leur mise en sous-administration provisoire. Au regard de la situation financière fortement compromise de ces antennes, leur fermeture et leur liquidation s’imposent. Par ailleurs, il convient de préciser que les procédures d’administration provisoire s’appliquent à des entités reconnues (agréées). » Et la lettre conclut en rappelant fortement que le plan d’assainissement et de redressement ne prévoit pas de mesures dédiées au suivi régulier et à la mise en œuvre des recommandations des missions de contrôle de la Direction de la surveillance et du contrôle des systèmes financiers décentralisés ».

La coopérative traîne visiblement des tares. La  Commission bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine va aussi à son tour secouer la coopérative. En effet, en octobre 2017, une mission de vérification va aussi rappeler à la coopérative que de nombreux dysfonctionnements existent dans la maison, faisant planer de gros risques. D’abord, sur le plan des résultats, la Commission bancaire relevait que COOPEC Galor affichait «un résultat net excédentaire de 17,7 millions au titre de l’exercice 2016. Cependant, ce bénéfice ne tient pas compte des prévisions non constituées sur les créances en souffrance de 586,1 millions, en application d’une décision du Conseil d’administration en date du 23 juin 2017 dont l’intégration conduirait à une perte ».

Quant à la gouvernance de la coopérative, la Commission bancaire a été sans concession avec les administrateurs et le président du Conseil d’administration, en particulier. La Commission rapporte que «la gouvernance est marquée par une forte implication du Président du Conseil d’administration (PCA) dans la gestion quotidienne de l’institution. En effet, plusieurs décisions ou notes de service sont signées par le PCA au nom de cet organe en l’absence d’une délégation de pouvoir dudit organe ou sans l’organisation préalable de réunions des administrateurs ». Et ce n’est pas tout. Le rapport est «violent». Une recommandation de la BCEAO en 2015  exigeait de mettre fin aux rémunérations mensuelles qui étaient versées aux dirigeants des organes. Cependant, l’institution continuait à verser une prise en charge à la présidente du Comité de surveillance. Si cette exigence de la BCEAO est plus ou moins respectée, les membres du Conseil d’administration vont trouver une parade. En effet, par note de service datée du 15 janvier 2016, une grille institue des remboursements de frais engagés par les dirigeants. Ainsi, chaque dirigeant a droit à 5000 FCFA par réunion, 10.000 FCFA par journée de travail et 25.000  FCFA par mission à l’intérieur du pays. En conséquence, cette note a occasionné la multiplication des réunions des dirigeants, entraînant des remboursements de frais semblables à des    rémunérations. Des abus ont même été relevés par la Commission bancaire.

Les amalgames et cumulations de postes incompatibles se sont poursuivis malgré les interpellations. En effet, la coopérative dispose d’un Conseil de surveillance. On remarque que les cinq membres de ce Conseil élus par l’Assemblée générale en 2016 étaient également membres de divers comités de gestion d’Agence en dépit de l’incompatibilité  de fonction prévue par les dispositions de l’article 19 du décret d’application de la loi portant règlementation des SFD. Malgré tout, Mme Yaro, présidente du Comité de surveillance, participe aux réunions et appuie les différents   services de la Direction, ce qui est contraire à l’article 23 du décret, souligne le rapport. Les explications sur l’arrivée de la directrice de l’Agence de Ouagadougou n’ont pas convaincu la  Commission bancaire qui souligne que cette dernière n’a pas été nommée par le Conseil d’administration.

Des activités non conformes

Les rapports ont relevé que la coopérative menait des activités autres que l’épargne et le crédit. Cela a été confirmé lors d’un contrôle conjoint d’inspection de la SMS et de la Direction nationale de la BCEAO. Il a été relevé l’acquisition de divers terrains et bâtiments à titre spéculatif, en l’absence de fonds propres suffisants et ce, « en dépassement de la norme prudentielle y afférente. Il s’agit principalement de la gestion d’un foyer et d’une buvette ainsi que la vente des céréales et de cartes téléphoniques. » Il est arrivé que la coopérative utilise des excédents pour acheter des parcelles dans la ville de Ouagadougou. Malheureusement, ces opérations n’ont pas été autorisées par le Conseil d’administration. Sans oublier des achats de gré à gré opérés par l’Agence principale avec des entreprises. Sur ce cas, il est ressorti du rapport que ces achats l’ont été avec la structure Management Consulting  and Services et Global  Equipement and services, des structures appartenant au président du comité de gestion de ladite agence, par ailleurs membre du Conseil d’administration de COOPEC Galor. Et mieux, des membres ont confié à la mission d’enquête que le président du comité de gestion et le gérant de l’Agence principale étaient régulièrement accusés d’exiger des pots de vin aux emprunteurs et aux prestataires de services.

Le fameux « crédit flash »

L’une des difficultés de COOPEC Galor, c’est le service « crédit flash ». Il est offert aux membres pour leur permettre de profiter des opportunités d’affaires. Il a été lancé en 2016 mais les conditions d’accès à ce nouveau produit n’ont pas été suffisamment définies avant sa mise en production. Cela a permis au président du comité de gestion de l’Agence principale de bénéficier de deux concours de 10 millions FCFA chacun pour le financement de marchés alors que le plafond de ces concours est limité à 5 millions FCFA.

Il s’est également porté caution ou aval pour garantir les crédits accordés à 23 bénéficiaires de crédits flash en violation des dispositions de l’article 6 des statuts qui interdisent à tout gérant, employé ou dirigeant de se porter caution. Il a participé à la prise de décision de ces dossiers mais également à la délibération de l’un des concours qui lui sont accordés, rapportent les membres de la Commission bancaire. En outre, les plafonds de crédit posent problème. Un plafond de 25 millions FCFA avait été fixé, malheureusement, il n’est pas respecté au regard des concours de 45 millions FCFA accordés à des membres.

Toujours à propos des crédits, sur la base d’une décision du Conseil d’administration, les membres employés et dirigeants de COOPEC Galor ont été autorisés à prendre des crédits pour ceux qui le souhaitent. Sur cette base, certains ne se sont pas privés. Curieusement, mal leur en prendra, car le Conseil d’administration va sortir les griffes. Les membres  de Koudougou, par exemple, qui ont pris ces crédits ont été convoqués dare-dare afin de s’expliquer. Ce qui n’a pas manqué de créer des frustrations dans les rangs.

Au regard de toutes ces difficultés, les responsables de COOPEC Galor optent eux-mêmes de faire un audit organisationnel et de bilan des compétences en 2018. Là aussi, les problèmes persistent. « Le profil des agents nommés, le plus souvent en inadéquation avec les postes, des affinités constatées dans le recrutement de certains agents rendant non opérationnel le contrôle hiérarchique dans certains  cas. » Le rapport d’audit ne croyait si bien résumer cette situation. Au sein de COOPEC Galor et essentiellement à l’Agence principale de Ouagadougou, les récriminations ne manquent pas. Certains dirigeants ont été cooptés par des proches ou des parents anciennement dans la boîte. Sœurs, nièces, amis de la famille, tout passe. Souvent sans aval du Conseil d’administration.

Le rapport d’audit fait ressortir également le « climat de travail de plus en plus délétère constaté au niveau de l’Agence principale, la forte dépendance de la coopérative à l’appui technique de l’auditeur interne. Rupture de confiance le plus souvent constatée entre la  coopérative et ses membres. » Et  les grandes   recommandations rappellent encore les difficultés énumérées par la Direction de la microfinance en 2008.  Il est important, concluent les auditeurs, d’améliorer la gouvernance et le fonctionnement des instances, la gestion des Ressources humaines et des outils de gestion ainsi que les fondements organisationnels.

Au niveau du Conseil d’administration, nous avons voulu savoir un peu plus sur les difficultés régulièrement mentionnées dans les rapports. Une équipe d’une dizaine de responsables avec à leur tête, le président du Conseil d’administration, Béni André Tiéré, s’est mise en bloc. Impossible de répondre à nos interrogations. Ils estiment qu’il  est prétentieux de penser que COOPEC Galor a des difficultés. Pour eux, il faudra faire un reportage sur la coopérative avant de savoir si elle va bien ou elle est mal gérée. Affaire à suivre !

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Qui vous a envoyé et pourquoi ?

Les responsables de la coopérative ont favorablement répondu à une correspondance de la Rédaction pour échanger sur les difficultés ressorties dans les rapports. En fait de rencontre, il n’en était pas une. Car, elle s’est inscrite en marge d’une réunion dite statutaire du Comité de gestion. Une dizaine de personnes a pris part à cette rencontre. Comme préalable, le PCA, André Béni Tiéré, a voulu savoir celui qui nous a envoyé pour enquêter sur COOPEC Galor et pourquoi. A la question de savoir qui nous a envoyé, nous avons répondu qu’il n’était pas question pour nous de divulguer un tel secret. En conséquence, le pourquoi trouve sa réponse au fait que la coopérative est composée de membres qui pourraient du jour au lendemain, voir leurs intérêts menacés. Il importe que l’opinion en soit informée. Etions-nous vraiment les bienvenus ? Voici l’équipe de COOPEC Galor lors de la rencontre :

André Béni  Tiéré : PCA, il en est le président depuis la création de la coopérative, son petit-fils serait un agent de la Coopérative

Eric Tindano : Secrétaire général du Conseil d’administration, président de l’Agence principale de Ouagadougou. Il serait l’ami d’enfance du fils du PCA

Drabo Marius : Président du Comité de crédit, coopté comme membre du Conseil d’administration

Yaro Eugénie : Présidente du Conseil de surveillance. Elle prend part à toutes les instances de la Coopérative. Elle aurait ses sœurs comme secrétaires dans la coopérative.

Ambroise Balima : Membre du Comité de gestion

Ouoba S. Félicien : Secrétaire du Comité de crédit

Safiatou Sabo : directrice de COOPEC Galor et serait la nièce du PCA

Tiemtoré Julienne : Chef service Client et Agent Crédit

Nacoulma Chantal  :  Chef  service administratif et financier (CSAF)

Da Marcel : Juriste

+ Une dame arrivée en retard sans se présenter.

Aimé NABALOUM
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