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CORONAVIRUS: Peur à Wemtenga !

Depuis le 9 mars 2020, date à laquelle les premiers cas de Covid-19 se sont révélés au Burkina Faso, chaque jour apporte dorénavant son lot de nouveaux contaminés et aussi de psychose et de désolation. Du discours du chef de l’Etat aux actes pris par les autorités locales, le message est le même: prendre des mesures pour endiguer la propagation du virus qui hante les populations. Mais que pensent les citoyens des mesures édictées par nos autorités ? Au quartier Wemtenga de Ouagadougou, les habitants n’hésitent pas à évoquer la peur. C’est avec la peur au ventre qu’ils voient chaque matin le soleil se lever.

Il est 14h36 mn ce 27 mars 2020 à Wemtenga, un quartier de Ouagadougou. Le téléphone à l’oreille, monsieur Ouédraogo  est à l’affût des nouvelles du jour sur le nombre de cas confirmés au Burkina Faso, avec le secret espoir de voir ce nombre réduit à la baisse. Hélas ! «Nous sommes foutus», dit-il en soupirant. «Que se passe-t-il», lui demandons-nous.

«On vient d’annoncer que le Burkina est à 180 cas contaminés. Vous vous imaginez qu’hier seulement (NDLR : 26 mars 2020), nous étions à 152 cas», lance-t-il. Non encore remis de cette émotion provoquée par le nombre croissant des sujets testés positifs, il nous met en garde : «Monsieur le journaliste, veuillez observer la distance de sécurité recommandée par Roch (NDLR : président  du  Faso). C’est quoi une distance de sécurité, répliquons-nous pour tester la connaissance des mesures de barrière. «Le président, dans son adresse à la nation et dans une perspective de briser la chaîne de transmission du virus, a recommandé un certain nombre de mesures parmi lesquelles, il a expressément demandé d’observer un mètre entre les individus», répond-il sans hésiter. Cependant, quant à l’efficacité des mesures, notre interlocuteur se veut formel : «Les mesures sont arrivées un peu en retard, mais comme le dit l’adage populaire, il n’est jamais tard pour bien faire et ces mesures sont salutaires».

«Le marché est morose», lance Arsène, le boutiquier du quartier, avant d’ajouter : «Vous-mêmes vous habitez le quartier, est-ce que d’habitude ma boutique désemplissait ? Constatez vous-mêmes ; c’est le silence et la peur qui se côtoient ici, mon cher». Selon lui, cela est dû au fait qu’il a été demandé de limiter les déplacements.

« Qui est le couturier qui a pris les mesures ? Le boubou nous serre »

Il ajoute que les mesures ont été prises de façon brusque pour une population qui, dans son ensemble, vit au jour le jour. Pour ce faire, il a sa suggestion : il faudrait accompagner les mesures par des aides aux familles. Tel un loup solitaire, Zallé Wendnonga, un chef de grain, peine à avoir un accompagnant en cet après-midi du 27 mars 2020, aux environs de 16h30mn. Pourquoi êtes-vous seul autour du thé ? C’est un silence puis, après un long soupir et désabusé, Zallé Wendnonga lâche, «c’est «coronapeur » qui nous habite maintenant».

A propos des mesures prises par le gouvernement face à la maladie, il préfère faire appel à son humour : «Qui  est le couturier qui a pris les mesures ? Le boubou nous serre. Elles sont non seulement tardives mais aussi insuffisantes.» Fait remarquer le chef du grain en précisant que «les mesures jusque-là prises sont elles-mêmes confinées et nous étouffent».

Bien que tardives, lesdites mesures auraient pu être accompagnées d’annonces fortes telles que : décréter que les factures d’eau et d’électricité seront prises en charge par l’Etat pendant deux mois au moins, vu que la nationale de l’eau et celle de l’électricité sont des sociétés étatiques. Il estime, en outre, que certaines villes auraient pu être épargnées si elles étaient  mises en quarantaine dès le départ. Quant au numéro vert que certains citoyens estiment inefficace, nos interviewés affirment ne l’avoir pas encore utilisé. Mieux, ils caressent l’espoir de ne pas avoir à l’utiliser, car d’ici là, cette pandémie sera boutée hors du Burkina Faso.

Sié KAMBOU (Stagiaire)

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