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FERMETURE DES MARCHES ET YAARS : Une couleuvre difficile à avaler pour certains commerçants

Dans l’optique de limiter la propagation et la contamination du coronavirus, des mesures ont été prises par les autorités. Entre autres, il s’agit de l’interdiction stricte des manifestations et rassemblements des personnes dans des endroits ouverts aux publics. Ces mesures ont du mal à passer chez certains, malgré la montée vertigineuse des cas testés  positifs au Burkina.

Depuis le discours du chef de l’Etat appelant à la prise de mesures et au changement de comportement pour stopper la propagation du virus, lesdites mesures sont diversement appréciées par les populations. Certains vont jusqu’à braver ces mesures. L’une des mesures a concerné la fermeture des bars, restaurants, des grands marchés et yaars, l’interdiction des baptêmes, mariages, etc. C’est le 26 mars 2020 que cette mesure prise par le Gouverneur de la région du Centre est entrée en vigueur. Au total, 36 marchés et yaars sur les 85 de la ville de Ouagadougou sont concernés.

Ce 27 mars 2020, soit le deuxième jour de l’entrée en vigueur de la fermeture des marchés, nous nous sommes rendus dans un marché de l’Arrondissement 10 et dans un marché de l’Arrondissement 4. Il s’agit respectivement des marchés de Dassasgho et de Bendogo, pour un constat sur l’effectivité de la mesure. À notre arrivée, le constat est clair : des marchés visiblement fermés. Mais, les commerçants ont leur stratégie de contournement pour vendre autour des marchés. On constate des marchandises exposées au bord de la voix et qui appellent de la clientèle. Devant ces étales, sans mesure de barrière, les commerçants vendaient allègrement. Non loin de là, une boutique de vente de céréales avait même été réouverte. Nous avons essayé de comprendre pourquoi un tel comportement. Mais nous serons refoulés par le propriétaire des lieux.

Zangré Salif, la cinquantaine bien sonnée, explique les difficultés qu’ils éprouvent pour respecter ces mesures. Boucher de son état au marché de Dassasgho, il affirme : «Non, ce n’est pas de l’incivisme. Je n’ai pas respecté la mesure parce que je ne sais pas quoi faire. J’ai une femme et cinq enfants et si je ne sors pas, je n’ai pas de quoi leur donner à manger. Je ne peux pas m’asseoir pour regarder mes enfants mourir de faim. La mesure pourrait être suivie si le gouvernement nous venait en aide. Nous ne demandons pas trop ; s’il pouvait nous donner du riz, un sac de maïs, on pouvait s’en contenter. Mais sans accompagnement, ça sera compliqué de respecter la mesure.» Non loin de là, un autre boucher, plus remonté, nous menace de ne pas le prendre en photo. Et pour lui, cette situation est politique.

«Il (le gouvernement) ne nous a pas associé dans la prise des mesures. Ni le Maire, ni un Conseiller n’est venu nous voir. Est-ce qu’on peut accepter ça ? Même demain, nous n’allons pas accepter et d’ailleurs depuis la création du marché, nous n’avons jamais été contaminés par une maladie». Peste-t-il.

Chez les vendeuses de fruits et légumes, certaines sont sorties pour avoir de quoi prendre en charge leur famille. Salimata (NDLR : nom d’emprunt) se justifie : «Nous n’avons pas le choix. Mon mari ne travaille pas et c’est moi qui prends toutes les dépenses en charge, si je ne sors pas, comment va devenir ma famille ? Nous vivons au jour le jour. Je sais que la maladie est grave mais je n’ai pas le choix». Une autre vendeuse, d’un âge avancé, nous interpelle depuis son étale : «Mes enfants, c’est moi qui suis à la fois le mari et la femme dans la maison, mon mari est décédé, je suis la seule à m’occuper de mes enfants avec cette activité. Si l’État allait nous  aider, j’allais rester chez moi. Vous voyez vous-mêmes que mon âge est avancé».

Autre lieu, autre constat. Nous sommes cette fois-ci au marché de Bendogo. Là, la mesure est plus respectée. Néanmoins, il y a quelques réfractaires qui, après le départ des forces de l’ordre, ont recommencé à exposer leurs fruits et légumes. Nous nous transformons, sur-le-champ, en agents de sensibilisation. Certaines ont semblé comprendre les enjeux comme dame Rosine (NDLR : nom d’emprunt) : «Je vais ramasser et partir à la maison, je n’avais pas toutes ces informations. Puisse Dieu vous bénir mes enfants’’

A l’intérieur du marché, un petit maquis-restaurant faisait également fi des mesures. Dans ce restaurant, il n’y a aucune mesure barrière et pire, une vingtaine de clients ingurgitaient paisiblement leur bière. A la question de savoir s’ils n’étaient pas au courant des mesures prises, ils répondent en avoir entendu parler. Cependant, «ces mesures sont trop exagérées ; ceux qui les ont prises ne connaissent pas la réalité du pays». Fustige l’un des clients autour de la table pleine de bouteilles. Notre présence dans ce cadre de beuverie semble avoir été dissuasive. En effet, le tenancier, qui n’a pas voulu être identifié, a pensé avoir en face de lui une équipe de la Mairie. Sans rien demander, il a ordonné que les clients débarrassent le plancher afin qu’il puisse fermer.

Le Burkina  Faso comptait à la date du 27 mars 2020, 180 cas, 9 décès et 12 guérisons. Malgré cela, des Burkinabè n’ont pas encore pris la mesure de la dangerosité de la situation.

Salomée SIMPORE (Stagiaire)

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