CSPS DE SOMGANDE : Le Major entre deal de médicaments et abus de pouvoir

Ainsi donc c’était pour ça ! Dans Le Reporter n°276-277 du 15 décembre au 14  janvier 2020, nous relevions des choses pas claires orchestrées par l’infirmier chef de poste du CSPS (ICP) de Somgandé. Dès sa première année de prise de fonction, écrivions-nous, le Major de ce centre de santé, Yacouba Badini, sous la prétention d’avoir la bénédiction de sa hiérarchie, a entrepris dans des conditions bien floues de se passer de l’équipe de gérants du dépôt pharmaceutique du CSPS. Par un exercice fastidieux, il a fini par muter illégalement la gérante principale de la pharmacie au service d’hygiène. A y regarder de près, l’on se rend compte que toute la débauche d’énergie se révèle être une stratégie pour écarter des personnes gênantes et mieux contrôler le dépôt pharmaceutique. A quelle fin ? Complément d’enquête !

Dame Ouédraogo, âgée de plus de 55 ans, alors gérante principale du dépôt pharmaceutique du Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Somgandé, vient d’être affectée au service d’hygiène, du CSPS,  après près de 20 ans de service. Ainsi donc en a décidé le patron du CSPS, Yacouba Badini. Après l’échec de la tentative de ce dernier de faire signer un contrat à dame Ouédraogo, un contrat qui la mettrait automatiquement au garage, le Major Yacouba Badini est allé plus loin. En effet, il va prendre, la lourde responsabilité de muter la gérante principale au service d’hygiène. Cette décision de mutation, comme les autres que nous avions déjà relevées, frise l’abus de pouvoir.

Au départ, sans que l’on ne sache exactement les reproches faits à l’encontre de la gérante principale et à l’équipe de gestionnaires du dépôt, le patron du CSPS fera sortir une note d’affection, signée par lui-même. Mais, entre-t-il dans les attributions d’un infirmier chef de poste (ICP) d’affecter dame Ouédraogo ? A ce qui se dit, beaucoup de voix se sont levées pour dénoncer les agissements du Major.

Les bruits du CSPS finissent par parvenir à la Mairie. Le Maire de l’Arrondissement n°4, Issa Anatole Bonkoungou, confie avoir clairement signifié au Major qu’il n’avait pas le droit d’affecter un gérant de dépôt. Cette faculté reste réservée au COGES qui devrait d’abord, consulter la Mairie parce que ce sont des agents de la communauté.

Après le rejet de cette tentative, le Major Badini trouvera une autre parade. A l’occasion d’une Assemblée générale, il aurait même affirmé qu’il serait prêt à assumer sa décision de muter dame Ouédraogo. Serait-elle devenue gênante jusqu’à ce point ? Que cache cet entêtement?

Les choses vont aller très vite. Le Major va habiller son désir d’affectation de la responsable du dépôt. Une note d’affectation sera reprise et signée par le président du COGES comme une lettre à la poste. Tout cela pour tenter de donner une couleur légale à la note, ce qui semblait manquer dans la décision antérieure d’affectation. Mais, il y a un hic. Cette nouvelle note pose également problème. Le président du COGES, El Hadj Zakaria Ouédraogo, a signé la lettre d’affectation sans se référer à la Mairie, encore moins aux autres membres du COGES. D’ailleurs, Zakaria Ouédraogo n’est que le seul membre du COGES, parce que la  structure  a pratiquement disparu de par ses membres. Où sont- ils donc passés ?

A la Mairie de l’Arrondissement, c’est l’ahurissement total. Le Maire lui-même dit avoir été surpris par les agissements du président du COGES et l’entêtement du Major. Mais la question de fond demeure. Que reproche-t-il à la gérante principale du dépôt ? Il ressort des témoignages concordants, que ni le Major, ni le président du COGES n’ont pu donner des explications objectives à la destinataire de la décision. Affecter un agent de cette expérience au service d’hygiène du CSPS, à moins d’une année de sa retraite, il faut bien trouver des raisons bien fondées. Pour quelles raisons  veut-on donc coûte que coûte l’enlever de son poste ? Certains Infirmiers chefs de poste ont fait de la gestion des médicaments un fonds de commerce. Serait-ce le cas à Somgandé ?

Les magouilles  …

En clair, il nous revient que le Major entendrait être le seul et unique à contrôler la vente des produits déposés à la pharmacie du CSPS. Selon des sources concordantes, lors d’une réunion à la Mairie, un agent de santé du CSPS a clairement accusé le Major d’empêcher les gérants de vendre les médicaments venus du dépôt répartiteur du district (DRD). Comme consignes qu’il aurait données, les gérants devraient plutôt vendre d’abord et prioritairement les médicaments commandés par lui à travers des pharmacies privées et certains dépôts répartiteurs de provinces, et cela pour son propre compte. Les  gérants n’étant pas sur la même longueur d’ondes que le Major, ce dernier aurait opté de se passer d’eux, à commencer la gérante principale pour prendre le contrôle du dépôt.

C’est une affaire de gros sous qui est en jeu. Plusieurs millions FCFA ont même été déjà encaissés au détriment du dépôt répartiteur du district. Certains actes posés par le Major ne souffrent pas de débat. Des médicaments ont effectivement été commandés par lui dans les pharmacies et vendus dans le dépôt du CSPS. En plus, l’on découvre une commande d’une valeur de plus de 700 000 FCFA de médicaments provenant du dépôt répartiteur du district de Séguénéga dans la région du Nord. Selon certaines informations en notre possession, le Major n’aurait pas pu faire tout cela sans une aide d’acteurs de la chaîne. Les mêmes sources font état d’une connexion entre la responsable du dépôt répartiteur du district (DRD) situé à Kossodo et le Major Badini lui-même. Pourquoi ? Cette connexion vise, en effet, à écouler les médicaments, par des canaux parallèles et dans le dépôt du CSPS.

Toujours est-il que le Major reconnaît à demi-mot avoir fait des commandes parallèles et ce, pour parer à la rupture de certains produits au niveau du dépôt répartiteur. Néanmoins, cette méthode est une fraude déguisée. Il précisera avoir été interpellé par les structures de contrôle sur cette situation anormale. Il aurait arrêté sa pratique. Pourtant, elle continue. Quelque chose doit être absolument fait pour rétablir de l’ordre dans ce centre de santé.

Selon une source au sein de la Mairie, l’information des ventes parallèles de médicaments au CSPS serait parvenue au Maire. Pour ce faire, ce dernier aurait saisi le MCD (médecin chef du district) pour l’instruire de tirer cette situation au clair. Mais sauf que là, le MCD risque de traîner le pas. A juste titre, lui qui était censé peser dans la balance pour soigner les intérêts de ce centre de santé depuis le début du bras de fer est resté silencieux jusqu’à ce que les choses se corsent. On se demande bien pourquoi tant de complaisance. Affaire à suivre !

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Simplice Zongo
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