MERCENAIRES BURKINABE AU LIBERIA : Où sont passés les 762 millions FCFA ?

En décembre 1989, la première guerre civile  libérienne éclate. Le National patriotic front of Liberia (NPFL)  de Charles Taylor lance l’offensive depuis la frontière ivoirienne contre le régime de Samuel Doe, alors président du Liberia. Une centaine de combattants entraînés dans des camps en Libye et au Burkina Faso forment le noyau dur de la troupe. Des combattants originaires de pays ouest-africains participent à l’offensive. Le président Blaise Compaoré, un des soutiens du NPFL, met à la disposition de Charles Taylor, des soldats de l’armée régulière. La mission baptisée «mission jean» va durer sept mois. A la fin, ils retournent tous au bercail. Après une première tranche versée par l’Etat burkinabè entre 2000 et 2009, ces anciens mercenaires ont saisi le Tribunal administratif de Ouagadougou pour le paiement de la seconde tranche de leurs prises en charge. L’Etat, condamné à payer la somme de 2 millions FCFA à chacun d’eux, traîne toujours le pas dans l’exécution de la décision. Ces anciens combattants montent au créneau et réclament l’exécution de la décision de Justice. Ils sont 381 et réclament en gros 2.500.000 FCFA chacun,  soit 762.500.000 FCFA.

Au total, 381 ont décollé de Ouagadougou pour prêter main forte à Charles Taylor. Ils s’en souviennent toujours. L’un d’eux explique qu’aucun membre de la mission ne devrait porter la tenue militaire pour l’opération. Ils devraient plutôt se vêtir de «jean» en vue d’être discrets pendant la durée de la mission.

Après d’intenses entraînements, ils rejoignent Charles Taylor dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, à environ 300 Km de la capitale Monrovia afin de participer à l’offensive. Elle sera lancée très vite grâce à l’expérience et au savoir-faire des combattants étrangers. Les troupes de Charles Taylor progressent même très rapidement. Taylor contrôle une grande partie du pays, mais un éclatement au sein du NPLF va ralentir sa conquête. De fait, un de ses principaux lieutenants, Prince Johnson, se dissocie de son leader et fonde l’INPLF (Independent national patriotic front of Liberia). Néanmoins, la mission des mercenaires va se poursuivre. Elle va durer environ sept mois pour les combattants burkinabè aux cotés de la rébellion libérienne dirigée par Charles Taylor. Entre 1989 et 1990, une série de plusieurs missions a été menée par ces mercenaires burkinabè durant toute la crise.

Après le sacrifice consenti et la mission accomplie, le paiement de leur prise en charge va poser problème. En effet, «du point de vue de la prise en charge, il avait été convenu qu’une indemnité journalière de cinquante mille francs CFA ainsi que des frais d’alimentation mensuels de 150 000 FCFA leur seront versés», relate un ancien militaire qui a pris part à la guerre. Pour eux, la mission ayant duré 7 mois, chacun devrait percevoir la somme de 11.100.000 FCFA. Mais les choses ne se passeront pas ainsi.

Dès leur retour en juillet 1990, ils vont être purement et simplement oubliés par leur employeur, l’Etat du Burkina. C’est las d’attendre qu’ils vont entreprendre des démarches en vue de faire entendre leurs causes. Sous l’effet de la pression, l’Administration a fini par leur verser chacun la somme totale de 5.400.000 FCFA entre 2000 et 2009. Il y a un reliquat : 5.700.000 FCFA à verser à chacun. Mais depuis lors, plus rien ne leur sera donné. C’est ainsi que le 14 juillet 2015, ils vont saisir l’Agent judiciaire du Trésor ainsi que le ministre en charge de la défense nationale de l’époque pour une demande de paiement de la somme reliquataire à eux due et demander une indemnisation pour les préjudices subis du fait du non- paiement. Ils affirment que plusieurs d’entre eux ont été admis à la retraite dans un dénuement extrême alors qu’ils auraient pu ménager leur vie, s’ils avaient été convenablement désintéressés. Malheureusement, beaucoup de leurs camarades sont décédés par manque de soins adéquats suite à des maladies contractées lors de la mission.

N’ayant pas eu de suite à leur demande, ils vont saisir le Tribunal administratif de Ouagadougou. Le 25 mai 2018, lors de l’audience, ils demandent la condamnation de l’Etat burkinabè à leur payer chacun la somme de 5.700.000 FCFA, représentant le reliquat de la prise en charge qui leur avait été promise. Mieux, pour la réparation des préjudices subis, les mercenaires réclament à l’Etat, le versement pour chacun de la somme de 20.000.000 FCFA à titre de dommages et intérêts. Par ailleurs, ils ont sollicité une bonification d’échelon, un reclassement avec incidence financière ainsi qu’une décoration nationale.

Après le débat contradictoire, le verdict tombe le 15 juin 2018. L’Etat burkinabè est condamné à payer à chacun des requérants, la somme de deux millions FCFA à titre de dommages et intérêts pour la réparation des préjudices subis. Il est également condamné à payer à chacune des familles (NDLR : les ayant droits), la somme de deux millions à titre de dommages et intérêts pour la réparation des préjudices subis. A l’ensemble des requérants, l’Etat est condamné à payer la somme de 500 000 FCFA à titre de frais exposés. Ainsi, pour l’ensemble des 381 mercenaires, l’Etat burkinabè devrait payer 762.500.000 FCFA. Deux ans après le jugement rendu, c’est l’incompréhension au niveau de ces anciens soldats. Ils n’ont  reçu jusque-là, quedal de la part de l’Etat. Ils croupissent aujourd’hui pour la plupart dans un dénuement total. Les plaignants disent n’avoir jamais rencontré leur Avocat et certains avancent ne même pas savoir qui il est. Nous y reviendrons !

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Salifou OUEDRAOGO
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