COTE D’IVOIRE : Alassane Ouattara opte pour la voie du déshonneur et la déchéance

Le Président Alassane Ouattara a pris la décision de sortir de la scène politique ivoirienne comme il y entré : par la violence. Contre vents et marées et avec une extrême indécence, il se sert du cadavre de celui qu’il présentait comme son fils pour assouvir son insatiable désir de pouvoir. A peine un mois après la mort de son ancien premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, à qu’il avait affirmé vouloir transférer le pouvoir, Ouattara est contraint de reprendre le flambeau qu’il prétendait vouloir transmettre. Le 6 août, il a annoncé sa candidature pour un troisième mandat. Depuis, la Côte d’Ivoire flirte avec les vieux démons de la violence en politique. Des morts sont signalés et l’horizon s’assombrit. La xénophobie est à nouveau exhumée. Toutes les conditions sont réunies pour un nouveau départ vers l’enfer sous les regards complices des Etats voisins, des organisations régionales que sont l’UEMOA (Union économique et monétaire Ouest africaine), la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique l’Ouest), l’UA (Union africaine) et de la communauté internationale.

Ironie du sort ou suprême expression de son manque de respect pour son peuple, Alassane Drame Ouattara a attendu le traditionnel message à la nation à la veille de la fête nationale (60ème anniversaire de l’Indépendance) de la République de Côte d’Ivoire pour annoncer sa candidature qui défie toutes les règles de droit et de la morale politique. Au lieu d’un discours rassembleur pour ce jour historique, il a choisi celui de la division. Mais il n’y a rien de surprenant.

Dans sa conception, la république c’est lui et il en connaît les règles, principes et fondements que tout le monde. L’annonce du 6 août 2020 n’était que l’aboutissement d’une démarche engagée 30 ans et matérialisée le 11 avril 2011 avec la bénédiction et le soutien de la France, de l’ONU, de la CEDEAO, l’Union africaine, etc. Tout le reste s’inscrit dans la continuité de son ambition personnelle.

Son ancien chef rebelle, ancien premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro tombé en disgrâce depuis que Ouattara a découvert son ambitieux désir d’être Calife à la place du Calife, avait eu raison trop tôt. Depuis le projet de révision de la constitution, il avait tenté d’attirer l’attention sur les intentions inavouées de son ancien mentor. Naturellement, personne ne l’a écouté, sauf bien sûr ses partisans. Tant que ce sont les caïmans d’une même marre qui se battent, tout le monde s’en foutait. Mais Soro connait bien l’homme pour qui il a pris les armes contre son pays.

Ouattara semble avoir bien mûri son projet de maintien et cherchait les voies et moyens de sa mise en œuvre. L’on est aujourd’hui fondé à penser que la mort de son dauphin a révélé le plan de conservation du pouvoir ou de sa transmission. Plusieurs cadres de son parti qui pouvaient faire de l’ombre à son dauphin (Guillaume Soro, Daniel Kablan Duncan, Abdallah Mabri Toikeuse, Marcel Amoh Tanon, etc.) ont été contraints de quitter le navire RHDP. Ils ne sont pas sur les petits papiers de Ouattara. Guillaume Soro soutenait d’ailleurs publiquement qu’il a été mis à l’écart du fait de la volonté de Ouattara de briguer un troisième mandat.

Le choix de Gon Coulibaly n’était donc qu’une parade. Les mauvaises langues disent qu’il l’avait choisi parce qu’il le savait condamné. Pour les thuriféraires de cette thèse, derrière ce choix se cachaient des calculs machiavéliques. En tous les cas, peu importe ce qui a motivé le choix de Gon Coulibaly. Ce qui est constant aujourd’hui, c’est qu’il est mort et Ouattara a trouvé dans sa disparition l’occasion de se remettre en scelle. Il a décidé de trahir sa propre parole.

Le culte abject de la personnalité et de l’indispensabilité !

Avant qu’il ne sorte du bois, ce sont  ses partisans qui ont annoncé les couleurs avec les méthodes étrangement similaires à celles de certains dictateurs déchus. Ils reproduisent les mêmes schémas qui ont perdu d’autres dirigeants africains dans les mêmes conditions. L’on aura  tout  vu et entendu avec les cadres du Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP) qui, du reste, a été vidé de l’essentiel de ses acteurs du fait des ambitions boulimiques et de l’entêtement bovin de Ouattara. Il ne lui reste plus que ses derniers fidèles, qui lui doivent tout ce qu’ils ont et sont devenus.

Les mêmes qui avaient soutenu que la révision constitutionnelle de 2016 ne permettait pas de briguer un autre mandat crient aujourd’hui, avec une extraordinaire indignité, que leur dieu «connaît le droit plus qu’eux tous et que son interprétation est la plus pertinente». Quelle terrible indignité ! Incapables d’aider leur mentor à retrouver la lucidité, ces cadres du RHDP ont décidé de l’accompagner dans sa marche irréversible vers la déchéance.

Le plus pitoyable d’eux tous, c’est sans conteste Ibrahim Cissé Bacongo, conseiller juridique de Alassane Dramane Ouattara au moment de la révision de la Constitution en 2016. En effet, il fait partie de ceux qui, dans les médias ivoiriens et internationaux, soutenaient bec et ongle que la révision n’autorisait pas un 3ème mandat. Notre confrère «Jeune Afrique» (dans un article publié le 11 août dernier) rapporte un entretien que le sieur Bacongo avait accordé à Africa24 en novembre 2016. «Que valent ma main et mon cœur face à la main et le cœur du président de la République ? Il a pris toute la classe politique internationale à témoin de sa volonté de ne pas se présenter en 2020. L’article 183 de la nouvelle Constitution cristallise cette position.» Ainsi répondait-il à la question : «Pouvez-vous dire la main sur le cœur que le président Ouattara ne se représentera pas en 2020 ?»

Aujourd’hui, la communauté internationale et le peuple ivoirien ont la réponse à la question du sieur Bacongo : sa main et son cœur ont la même valeur que celui de son maître : rien du tout. Aujourd’hui, plus que jamais, les partisans de Ouattara obnubilés dans un culte abject et honteux de la personnalité rappellent étrangement les vuvuzelas qui ont poussé Blaise Compaoré à la déchéance en 2014.

Après Gbagbo, voici le vrai boulanger de Côte d’Ivoire

Les mêmes causes produisant les mêmes effets dans les mêmes conditions, l’on peut s’attendre à ce que Ouattara subisse les conséquences dramatiques des ambitions trop démesurées. Sans doute conscient de tout ce qu’il a pu faire au cours de ces 30 dernières années pour se positionner et se maintenir dans le landerneau politique ivoirien Ouattara a échafaudé et mis en œuvre son plan pour échapper au jugement de l’histoire.

Qu’il ne se méprenne pas, celle-ci est toujours implacable contre tous ceux qui y entrent par effraction. Hier c’était Gbagbo qui avait été accusé de vouloir rouler tout le monde dans la farine. Finalement, il s’est fait rouler dans sa propre farine par Ouattara et ses soutiens internationaux. Mais finalement, ce n’est pas Gbagbo le boulanger. Le vrai boulanger, c’est bien Ouattara qui a roulé toute le monde dans la boue et continue de vouloir le faire. Malheureusement, il manque la sagesse de savoir arrêter à temps. Et le rouleau compresseur reprend du service avec ce troisième mandat.

Ouattara a fait le choix du coup de force. Car comme l’a dit le président Bissau-guinéen, Umarou Emballo lors d’un sommet de la CEDEA sur le Mali, un troisième mandat c’est un coup d’Etat, pire que celui militaire. Cet avis est partagé par son homologue nigérien, qui dans un entretien accordé à Jeune Afrique a également soutenu qu’un troisième mandat dans son pays est synonyme de coup d’Etat. Et d’ajouter : «J’ai beau chercher, je ne trouve aucun argument qui justifierait que je me sente irremplaçable ou providentiel. Nous sommes 22 millions de Nigériens, pourquoi aurais-je l’arrogance de croire que nul ne peut me remplacer ?».

Tout cela est aussi valable dans les cas ivoirien et guinéen. Si sa sagesse pouvait être contagieuse, le vieil homme Alassane Ouattara et son homologue Guinéen Alpha Condé, ont là une source d’inspiration pour s’éviter la déchéance brutale et épargner leur pays des violences politiques.

Bref, la Côte d’Ivoire retient son souffle. Les opposants au 3è mandat sont vent debout contre cette forfaiture. Ils entendent l’empêcher par tous les moyens. La Côte d’Ivoire a commencé à compter ses morts. Mais Ouattara et ses partisans persistent et signent. Le 22 août dernier dans un stade rempli recto-verso, il s’est investi candidat. 48 heures plus tard, il a été le premier à déposer sont dossier de candidature. Puis, il s’envole avec son épouse pour Paris pour passer quelques jours de vacances. Comme si de rien n’était ! Comme s’il se foutait de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens.

Il sous-estime la colère des Ivoiriens. Mais il peut se renseigner avec son ami Blaise Compaoré : remplir des stades est loin d’être un élément rassurant dans une bataille aussi risquée que celle qu’il a décidé d’engager, surtout dans le contexte africain actuel. C’est très confortable de transporter des gens pour remplir un stade et se faire ovationner. Malheureusement comme Blaise Compaoré, Ouattara semble avoir perdu sa lucidité. Il n’entend plus toutes ces supplications de ses compatriotes les plus lucides qui l’interpellent sur les dangers et les conséquences désastreuses de son entêtement. Cette obsession du pouvoir, doublée d’une dose de cynisme et de narcissisme, le perdra.

Pour certains superstitieux, ce qui arrive aujourd’hui est le juste retour des choses. Pour eux, Ouattara a tellement fait du mal au peuple ivoirien et à la Côte d’Ivoire qu’il ne pouvait pas sortir par la grande porte. Il lui fallait forcement créer les conditions d’une fin humiliante. Tout porte à croire que les ingrédients se réunissent petit à petit pour que ce scénario dramatique se produise. Il  faut espérer  qu’une fois de plus les dégâts collatéraux ne seront pas immenses pour la Côte d’Ivoire si belle et si hospitalière que ces politiciens sont entrain de souiller. Ouattara échappera-t-il au déshonneur que lui prédisent bien des observateurs. Les jours, semaines et mois à venir nous édifiera davantage.

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Les Burkinabè de Côte d’Ivoire, souffre douleurs des politiciens

Ça recommence ! Dans les manifestations anti-Ouattara et son 3ème mandat, l’on constate que les Burkinabè commencent à être pris pour cibles par certains manifestants. Certaines pancartes portées lors des manifestations font des allusions dangereuses. Dans la ville de Bonoua, située à 75 km d’Abidjan, les magasins et boutiques de ressortissants burkinabè ont été pillés et incendiés.

Les Burkinabè redeviennent encore les souffre-douleurs dans les antagonismes politiques entre Ivoiriens. Les partis politiques et toutes les organisations en lutte contre le troisième mandat de Ouattara doivent savoir que bien des Burkinabè soutiennent leur combat. Ils doivent sensibiliser leurs militants afin d’éviter la xénophobie et la violence aveugle et inutile contre les ressortissants burkinabè ou d’autres pays.

Les autorités burkinabè doivent prendre le taureau par les cornes afin d’éviter des situations dramatiques résultant de cette nouvelle crise politique en Côte d’Ivoire. La crise ne fait que commencer et déjà les signaux ne sont pas du tout rassurants. Il faut interpeller les autorités ivoiriennes sur leurs responsabilités de protéger les Burkinabè et leurs biens. Ça ne suffit pas de demander aux ressortissants de ne pas se mêler des affaires politiques de la Côte d’Ivoire. Car, ce sont plutôt les Ivoiriens qui mêlent les Burkinabè à leurs bagarres politiques.

B.O

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Ouattara, Soro et Bédié : Jusqu’où conduira la trahison ?

Ils se sont entendus pour chasser Gbabgo du pouvoir. Pendant le premier mandat de Ouattara (2011 à 2015), Henri Konan Bédié était pratiquement vice-président de la Côte d’Ivoire. Guillaume Soro, d’abord Premier ministre puis Président de l’Assemblée Nationale, était considéré comme l’un des hommes forts du régime Ouattara. Chacun d’entre eux espéraient une passe de Ouattara après 5 ans au pouvoir. A la fin, ils n’ont rien vu venir. Ils ont commencé à ronger leurs freins. Mais ils ont gardé espoir jusqu’en 2016.

Après sa réélection, Ouattara décide de changer de Constitution pour passer à la troisième république. Il venait de dribler tout le monde pour s’ouvrir la voie d’un troisième mandat. Dès lors, Bédié voit son rêve de revenir au pouvoir fondre comme du beurre sous le soleil. Il refuse dans un premier temps l’auto-dissolution de son parti pour se fondre avec d’autres dans le RHDP unifié, se démarque de plus en plus de Ouattara et finit par rompre l’Alliance de 2015.

Soro de son côté, avait compris que son mentor voulait les utiliser pour conserver le pouvoir par tous les moyens. Refusant de renoncer à ses propres ambitions, il a fini par irriter le «père» qui a décidé de le bannir de la famille. Contraint à la démission du perchoir, il est en exil en France depuis décembre 2019 et recherché par la justice de son pays qui l’a condamné à 20 ans d’emprisonnement ferme et déchu de ses droits civils et politiques.

Ces deux hommes s’estiment trahis. Mais ils doivent s’en prendre à eux-mêmes. Plus que les partisans de Gbagbo, ils en veulent à leur mentor ou allié d’hier qui les a roulés dans la farine. Ils veulent désormais solder leurs comptes. Ils utiliseront tous les moyens en leur possession pour lui mettre des bâtons dans les roues. Sur ce terrain, ils retrouveront sans doute les pro-Gbagbo qui voudraient tenir la revanche de 2010.

B.O

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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