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PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES 2020 : Heureux ceux qui auront la chance de voter !

Le mardi 25 août 2020, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi modifiant le Code électoral par 107 sur 120 votants (09 contre et 04 abstentions). Cette modification de la loi électorale à moins de trois mois de la date du scrutin présideniel et législatif couplé, illustre toute la difficulté que le pays éprouve à enclencher un processus électoral fiable dans le contexte sécuritaire actuel. Elle offre surtout une base légale à l’exclusion de certains Burkinabè de l’exercice de leurs droits civiques à savoir la participation au choix de leurs gouvernants. C’est désormais clair, certains Burkinabè notamment la grande majorité des déplacés internes et les populations des zones inaccessibles du fait de la menace terroriste ne pourront pas glisser de bulletin dans une urne le 22 novembre prochain. Le calendrier électoral sera tenu pour satisfaire une classe politique qui a un sens étrange des priorités ; mais à quel prix ?

Le gouvernement du Burkina Faso continue de jongler pour réussir un scrutin à minima afin de respecter le calendrier électoral. Malheureusement, avec la situation sécuritaire actuel du pays, il est impossible tenir des élections partout sur le territoire national. Du coup, la loi électorale a été adaptée aux exigences du contexte à travers la modification de 25 articles et un paragraphe relatifs. Ces modifications permettent désormais, entre autres, une révision de la liste électorale, un réaménagement de l’administration de la campagne électorale pour la présidentielle et les législatives, une harmonisation de la durée de la campagne électorale à 21 jours, une réduction des délais de dépôt des déclarations de candidatures aux législatives (de 70 à 60 jours avant le scrutin), de couverture des campagnes déguisées (de 90 à 30 jours) ; etc.

Mais le point qui suscite le plus de débats et de controverses, c’est l’inscription de «cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles» dûment constatées par le Conseil constitutionnel et entrainant l’impossibilité d’organiser les votes sur une partie du territoire. Dans sa nouvelle configuration, la loi électorale offre la possibilité de valider l’élection sur la base des résultats issus des bureaux de vote effectivement ouverts. Cette disposition suscite des levers de boucliers.

Certains acteurs de la scène politique nationale estiment que c’est un abandon pur et simple des populations des zones sous menaces terroristes. D’autres dénoncent le fait que la révision du code viole les textes supranationaux notamment ceux de la CEDEAO qui interdisent les révisions non consensuelles des lois électorales 6 mois avant les scrutins. En effet, les partis de l’opposition non affiliée s’opposaient à cette modification. Toute chose qui remet en cause l’aspect consensuel de la révision. Mais le gouvernement se fonde sur le consensus issu du dialogue politique entre les partis affiliés au Chef de file de l’opposition et ceux de la majorité. L’on se demande d’ailleurs pourquoi c’est maintenant que le projet de loi a atterri à l’Assemblée nationale. Ça traduit hélas, une fois de plus, le manque d’anticipation du gouvernement.

En tous les cas, sitôt adoptée, sitôt entrée en vigueur. En effet, la première conséquence de cette révision du code électoral (article 76 nouveau) est le report du délai de dépôt des candidatures pour les législatives du 13 au 23 septembre. Normalement, l’interdiction de couverture médiatique de la campagne déguisée doit également être levée ou repoussée au 21 septembre.

Finalement, cette révision du code électoral remet au goût du jour les limites du dialogue politique initié par le Président du Faso. Ce dialogue a exclu une bonne partie de la communauté nationale des débats sur les questions politiques. C’est qui explique le sentiment chez certains acteurs politiques et de la société, qu’il s’agit là d’un deal entre acteurs politiques plus préoccupés par la conquête ou la conservation du pouvoir qu’à toute autre chose.

Mais le gouvernement à travers le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, Siméon Sawadogo, s’en défend. «Le code électoral modifié n’est pas un deal politique, il s’agit de sauvegarder les institutions», affirme Siméon Sawadogo, lors du point de presse du gouvernement, le jeudi 27 août dernier. Pour lui, «le gouvernement est conscient des enjeux sécuritaires du moment, mais ne ménagera aucun effort pour assurer les élections paisibles pour tous».

Dans les Etats-majors politiques, l’heure est à la mobilisation générale. Les provinces du pays encore accessibles enregistrent les ballets des partis et candidats. La fièvre électorale commence à monter et bientôt, les «feuilles» (argent) vont tomber. L’on amorcera prochainement la dernière ligne droite vers le scrutin à savoir la campagne électorale. Heureux  ceux  qui ont encore la chance de pouvoir voter. Il faut donc en profiter pour donner espoir aux autres de pouvoir voter la prochaine fois.

Bref, lentement mais sûrement, l’on avance vers le 22 novembre. Les Burkinabè qui le peuvent choisiront le prochain président du Faso et les élus de la 8ème Législature. Il ne reste plus qu’à prier pour que le pays sorte de ce processus électoral avec le moins de casse possible.

Nerwatta KAFANDO

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