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CRISE AU CDP : Blaise Compaoré sort du bois, tacle Eddie Komboïgo, par derrière

Blaise Compaoré, fondateur et président d’honneur à vie, vient de s’affirmer en propriétaire exclusif du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qu’il a fondé en 1996. A lui seul, il a décidé de remettre en cause les décisions d’un congrès en inventant, comme il s’est bien le faire, un simulacre de médiation. En imposant au président et à toutes les instances du parti de rapporter les sanctions infligées contre certains militants, Blaise Compaoré confirme que seul lui  a tous les pouvoirs au CDP. En tant qu’exilé politique, il manque à son devoir de réserve en continuant à diriger son parti. Au fond, il faut craindre que ces décisions ne connaissent le même sort que ses médiations : attiser la tension et mettre le feu aux poudres. Blaise Compaoré continue de croire que ses désirs sont des ordres. Mais il a sans doute raison. Bien des Burkinabè le prennent pour un infaillible et l’ont poussé dans la déchéance. Ils lui  doivent tout et ne savent faire autre chose que de le glorifier.

Dans notre précédente édition, nous relevions que si les sanctions infligées à certains militants du CDP par le dernier congrès extraordinaire du CDP étaient moralement justifiées, elles étaient politiquement risquées. «Vont-elles sonner le glas de l’ex-parti au pouvoir comme l’affirment certains observateurs ou seront-elles une purge bénéfique pour l’avenir de cette formation politique et de ses dirigeants ? N’est-ce pas politiquement suicidaire de réaliser une si douloureuse et périlleuse césarienne à moins de 14 mois de la présidentielle 2020 ? N’est-ce pas le début de la fin du CDP qui apprend douloureusement à pratiquer l’opposition ?» Nous interrogions-nous ?

Nous étions loin d’imaginer le président déchu, pompeusement bombardé du titre de fondateur du parti au mépris de tous les hommes et les femmes qui ont été à la manœuvre pour dynamiter la Convention nationale des patriotes progressistes, Parti social démocrate (CNPP/PSD) qui était alors la deuxième force politique du pays, démarcher les autres partis politiques pour former le CDP. Mais, il faut se garder de faire la bagarre des gens qui refusent de s’assumer et qui ont passé toute leur vie à satisfaire les désirs de Blaise Compaoré. D’autant plus que bien des membres fondateurs du CDP sont toujours vivants et suffisamment vieux pour revendiquer leur part contributive à la création du parti.

Pour revenir donc à la situation actuelle, la preuve est désormais faite que le CDP n’est pas un parti politique, mais un instrument au service de Blaise Compaoré et de ses intérêts. Il n’est pas capable de s’assumer, de s’émanciper de lui et de lui survivre. Du reste, que vaut un parti politique dont le président d’honneur peut à lui seul remettre en cause les décisions de toutes les instances du parti et qui a pouvoir statutaire de valider ou non le candidat choisi démocratiquement par l’instance suprême du parti qu’est le congrès ? Seuls les militants de ce parti savent pourquoi ils y sont. Mais c’est tout sauf des convictions et un engagement à servir son pays.

En somme, Blaise Compaoré est l’alpha et l’oméga du CDP. En vertu de tous ces pouvoirs qui  lui sont conférés, il a fait sa bien curieuse médiation des 7 et 8 octobre entre les clans opposés du CDP qui se sont déportés à Abidjan, en République de Côte d’Ivoire. Au sortir des rencontres avec les deux parties, Blaise Compaoré a rendu publiques trois lettres : une adressée au président du parti, lui enjoignant de rapporter les sanctions prises sans l’avoir au préalable consulté ; une deuxième adressée à Léonce Koné et aux autres sanctionnés pour les informer de sa décision de les faire réintégrer dans le parti et leur demandant de retirer toutes les plaintes devant les tribunaux contre la Direction du parti ; et enfin, une dernière adressée aux militants, les informant  de ses décisions et les invitant à se mobiliser pour la reconquête du pouvoir.

Un camouflet pour Eddie Komboïgo

Cette sortie publique de Blaise Compaoré  sur le fonctionnement de son parti est assez révélatrice de sa volonté de reprendre en main le parti et d’impulser personnellement la marche à suivre. Blaise Compaoré n’a donc pas changé son approche ni sa conception de la gestion des hommes et des femmes dans le parti. C’est lui le seul maître à bord. Tout doit partir de lui et revenir à lui. Pourtant, c’est cette conception qui a contribué à fragiliser le parti et à précipiter sa chute en 2014.

En 2009, lorsque Salif Diallo avait voulu sortir des rangs en proposant la fin de la patrimonialisation du parti par Blaise Compaoré et sa famille, à travers des réformes et des changements dans sa gouvernance, il a subi la colère du président-fondateur. Il a été suspendu de toutes les instances du parti, puis rétrogradé à un statut de simple militant. Au congrès de 2012, il a décidé tout seul de mettre la plupart des dirigeants du CDP depuis sa création au garage pour propulser son frère cadet au cœur du dispositif d’animation de prise de décisions.

Là encore, on connait la suite. Le parti l’a accompagné dans sa perte en soutenant la modification de la Constitution visant le déverrouillage de la limitation des mandats. Cette obéissance aveugle aux désirs de Blaise Compaoré lui a valu la perte du pouvoir et l’exil. Les nouvelles injonctions d’annuler les décisions d’un congrès, fût-il extraordinaire, au prétexte qu’il n’a pas été «consulté sur la nature et le niveau des sanctions» par la Direction du parti, traduisent clairement son refus d’accepter des décisions dont il n’a pas été à la base ou tout au moins pour lesquelles, il n’a pas donné un avis favorable. C’est un véritable camouflet pour le Président Eddie Komboïgo et son équipe.

Pourtant, avant le congrès, il s’était rendu à Abidjan pour prendre les orientations du fondateur. L’avait-il informé des sanctions ou des menaces de sanctions ? Au lendemain du congrès, il était encore allé au rapport. Blaise Compaoré lui a-t-il marqué son opposition aux sanctions ? On n’en sait rien. Toujours est-il qu’au lendemain du congrès, des voix se sont élevées pour annoncer la colère de Blaise Compaoré.

Encore une médiation foireuse de Blaise Compaoré ?

Au-delà de la Direction, c’est une injure à tous ceux qui ont pris part aux travaux du congrès et qui ont validé ces décisions de sanctionner leurs camarades. Tout le congrès réuni n’est pas suffisamment légitime pour prendre des sanctions sans avoir obtenu au préalable, l’accord du président-fondateur. De toutes les façons, Blaise Compaoré ne s’est jamais préoccupé de savoir ce que pensent les militants du CDP. Il sait et fait toujours ce qui est bien pour eux. En retour, ceux-ci sont tenus de se plier à ses désirs et ambitions.

C’est donc clair, la Direction du parti obéira aux désirs du président d’honneur, fondateur et presque Dieu du parti. Elle a même organisé une conférence de presse pour l’annoncer. Les exclus seront donc réintégrés. Il reste à savoir comment va se faire la nouvelle cohabitation entre des hommes et des femmes qui ont franchi le seuil du tolérable dans les relations humaines, qui ont affiché publiquement leur inimitié. Mais qui sait, comme c’est le vœu de Blaise Compaoré, peut-être que c’est suffisant pour taire toutes les rancœurs, les suspicions et les graves accusations portées par les uns contre les autres.

En attendant concrètement de voir comment seront exécutées ces instructions de Blaise Compaoré, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur comment ces anciens camarades qui se détestent cordialement peuvent se mettre ensemble pour réfléchir sur des stratégies pour gagner des  élections. D’autant plus que certains accusent les autres de rouler pour le parti au pouvoir. Sont-ils pour la reconquête du pouvoir ?

Tout porte à croire que cette médiation de Blaise Compaoré est loin de ramener la sérénité dans le parti. Bien au contraire, la première conséquence sera de fragiliser la Direction du parti dont la légitimité est plus que jamais remise en cause. Blaise a insidieusement désavoué la gouvernance du parti par la Direction actuelle. En effet, dans son courrier adressé à Eddie Komboïgo, il affirme qu’il «est hautement souhaitable que la gouvernance aille dans le sens du dialogue, de la cohésion, de l’unité et du rassemblement comme cela a été de tout temps, depuis sa création le 5 février 1996». C’est on ne peut plus clair. La gouvernance actuelle du parti n’est conforme à ce qu’elle a toujours été. Et Blaise Compaoré saisit opportunément l’occasion pour dire diplomatiquement à Eddie et à son équipe qu’ils viennent d’arriver et doivent éviter d’instaurer des règles sans se référer à lui.

Et pour ajouter à l’ironie qu’on lui connaît, il finit par féliciter Eddie Komboïgo pour l’excellente animation du parti depuis son «retour à sa tête». Quand on lit entre les lignes, l’on aperçoit une façon indirecte de lui rappeler qu’il avait abandonné le navire entre-temps. 

En tous les cas, le médiateur, président-fondateur et propriétaire a tranché. Les exclus doivent réintégrer. Peu importe les conséquences que cela aura sur le fonctionnement et l’avenir du parti. La volonté du président-fondateur est plus que des ordres au CDP. Et le CDP n’a pas changé et ne changera pas, aussi longtemps que voudra le président-fondateur.

Mais à l’image de ses médiations dans les crises dans d’autres pays, cette nouvelle médiation de Blaise Compaoré risque d’aboutir au chaos. En Côte d’Ivoire, elle s’est soldée par 3000 morts. Au Mali, le pays s’est effondré pratiquement avec la médiation de Blaise Compaoré. Que dire du Togo où rien n’a changé dans les velléités monarchiques des Gnassingbé.

Encore une médiation foireuse de Blaise Compaoré  ? Est-on tenté de s’interroger. Car, pour le CDP, il faut craindre que la médiation manipulation de Blaise Compaoré ne soit le début de la fin du parti. Ce qui est certain, elle est loin d’être la base d’une nouvelle dynamique de mobilisation et d’unité pour reconquérir le pouvoir. D’autant plus qu’elle ne règle pas les problèmes de fond qui ont provoqué cette crise au CDP. Réussira-t-elle à empêcher ou à imposer la candidature d’Eddie Komboïgo que bien des frondeurs rejettent de toutes les forces ? Résoudra-telle les ambitions boulimiques de certains caciques qui cherchent par tous les moyens à se remettre en scelle ? Qu’en est-il de la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo qui est l’une des pommes de discorde entre les dignitaires du parti ? Eddie Komboïgo va-t-il enfin renoncer à sa candidature ? A quoi joue Blaise Compaoré ? Est-il en train de fragiliser son parti pour négocier un deal politique avec le MPP ? Pense-t-il réellement qu’avec de telles décisions, il peut rendre le CDP plus fort au point de pou- voir reconquérir le pouvoir d’Etat ? Ou bien est-il en train de jeter son va-tout dans la bataille pour préserver ce qui reste de son image de grand stratège politique ? Autant de questions que se posent bien des observateurs de la scène politique. Les jours et mois prochains apporteront certainement des réponses à ces questionnements.

Par ailleurs, l’on ne peut s’empêcher de se demander comment un homme qui a dirigé un pays pendant 27 ans, qui a eu le courage de changer de nationalité, juste après avoir été éjecté du fauteuil présidentiel, recherché par la Justice dans l’assassinat de son prédécesseur, exilé dans un pays voisin, peut raisonnablement continuer à animer la vie d’un parti politique. Il faut être au Burkina, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, pour voir ça. Désormais, presque tout est permis dans ce pays. Et Blaise Compaoré commence à sortir du bois. Pour commencer, c’est Eddie Komboïgo qui a reçu un violent tacle par derrière. Et ce n’est que le début !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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