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CRISE IVOIRIENNE DE 2010 : Les anciens «mercenaires» burkinabè menacent à nouveau

Ils sont nombreux, ces anciens militaires de l’armée burkinabè qui, après leur retraite, ne se contentent pas uniquement de leurs pensions. Rompus au maniement des armes, leurs expériences d’anciens militaires font l’objet de convoitises. En 2010, à la faveur de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, des vétérans des FAN (Forces armées nationales) du Burkina ont été sollicités comme «mercenaires». Au nombre de 16, ils ont été recrutés en fin novembre 2010. Le contrat : 10 000 000 FCFA par mois. Ce contrat est conclu entre les vétérans et un intermédiaire, chargé du recrutement. Après une brève formation, ils seront déployés sur le théâtre des opérations. Leur mission : aider les rebelles ivoiriens à installer le Président Alassane Ouattara au pouvoir. Ils ont rempli leurs missions en bonne et due forme. L’objectif assigné a été atteint. Ils reviennent alors au Burkina et attendent patiemment leurs dus. Après, plusieurs années d’attente sans gain de cause, ils montent au créneau et réclament leurs  dus. Ça murmure de partout !

Après la proclamation des résultats du second tour de l’élection présidentielle ivoirienne d’octobre 2010, deux camps revendiquaient la victoire. Laurent Gbagbo refuse de céder le pouvoir à son challenger Alassane Dramane Ouattara, reconnu vainqueur par la Ccommission électorale indépendante (CEI) et la communauté internationale. Ainsi est née une crise post-électorale qui a fini dans une guerre civile.

Face au camp du Président Laurent Gbagbo, soutenu par l’armée régulière, «les patriotes ivoiriens», celui d’Alassane Ouattara avait pour bras armés les rebelles des forces nouvelles soutenus par les forces françaises et des mercenaires. En effet, avec la complicité d’anciens officiers ivoiriens et burkinabè, le feu vert est donné pour recruter des combattants au Burkina. La mission est confiée à un Burkinabè résidant en Côte d’Ivoire. Celui-ci se met à la tâche. Il décolle en début décembre, en direction du Burkina, avec une liste en main pour procéder au recrutement. Sur place, il contacte les différents noms figurant sur sa liste. Ils sont au nombre de 16. Il les rencontre tour à tour et les convainc de combattre pour la cause d’Alassane Ouattara, qui serait le véritable vainqueur de l’élection présidentielle.

Les combattants, méfiants au début, seront rassurés au fur et à mesure. Pour les motiver, une offre de 10 millions FCFA pour un mois leur est proposée. Pour le groupe de vétérans, il n’est point question de laisser filer une telle opportunité. Une avance de 5 millions leur est proposée. Le reliquat sera versé à la fin du mois. Séance tenante, ils acceptent tous à l’exception d’un seul vétéran. Ce dernier, un ancien mercenaire ayant servi au Liberia, connait très bien les pratiques en la matière. Il évoque le risque énorme encouru par les combattants lors de ces missions. Il propose que la totalité du montant leur soit versée avant de s’engager. Il est vite mis en minorité; les autres ne sont pas du même avis que lui. Ils acceptent plutôt l’avance de 5 millions FCFA. Le responsable chargé du recrutement procède au paiement de l’avance de 5 millions FCFA. Une date est fixée pour leur embarquement pour Bouaké, en République ivoirienne. Ils devraient subir une formation avant d’être déployés sur le terrain.

En début d’année 2011, ils embarquent tous pour le centre de la Côte d’Ivoire, Bouaké. La formation se déroule bien. Initialement prévue pour durer quelques jours, la formation va s’étaler sur un mois. Le groupe interné dans un camp de Bouaké s’impatiente et décide d’entrer en contact avec leurs hôtes pour comprendre ce changement. L’hôte essaie de les convaincre. Il leur propose une rallonge de 5 millions FCFA pour la période de quinze jours supplémentaires qu’ils feront. Le groupe accepte la proposition mais réclame le reliquat des 5 millions FCFA du précédent contrat, et mieux, ils revendiquent un congé de quelques jours. Les instructeurs n’y voient pas d’inconvénients. Ils leurs promettent que des mesures seront prises pour leur régler le reliquat. Néanmoins, ils acceptent de donner un congé au groupe pour qu’ils aillent voir leur famille restée au pays. Le groupe de vétérans, après avoir effectué les quinze jours supplémentaires, retourne au Burkina. Après quelques jours de repos, ils décident tous de repartir au front.

Mission accomplie !

Mais avant d’effectuer leur retour, ils exigent le paiement de leur reliquat de 5 millions FCFA du premier contrat. Le recruteur est encore dépêché pour régler ce problème. Seulement, 2 millions FCFA leur sont remis, et promesse leur est faite de régler les trois millions FCFA restants plus les 5 millions des quinze jours supplémentaires dans un bref délai. Au total, le reste à payer s’élève à huit millions FCFA. Ils acceptent et embarquent à nouveau pour Bouaké. Nous sommes en fin février 2011. Cette fois-ci, la crise bat son plein. En début mars 2011, dans les régions de l’Ouest, les affrontements sont déjà signalés. Le groupe de vétérans, une fois à Bouaké, ne tardera pas à rallier Abidjan pour prêter main forte aux rebelles ivoiriens en protégeant le QG d’Alassane Ouattara, reclus au Golf Hôtel à la Riviera, dans le quartier huppé de Cocody. Ils sont d’abord affectés au Golf Hôtel pour la protection du QG et la sécurité de l’hôtel. Ils arrivent à sécuriser le lieu sans incident majeur. Dans la foulée, au regard de la lente progression des rebelles ivoiriens sur les bastions contrôlés par les forces favorables à Laurent Gbagbo, ils sont de nouveau sollicités. Ils sont aussitôt envoyés sur le front des combats.

Avec l’appui  des forces onusiennes et de l’armée française, ils arrivent à déloger les forces militaires acquis à Laurent Gbagbo et assiègent leurs bastions. Ce dernier est même arrêté le 11 avril 2011.

La roublardise du recruteur

Après avoir rempli leur mission, onze jours plus tard, soit le 22 avril 2011, les vétérans rentrent au bercail. Ils attendent impatiemment leur dû. Deux ans après, ils commencent à se signaler. Ils protestent bruyamment. En 2013, le recruteur est encore sollicité pour calmer les «vétérans» remontés. Il est dépêché dans la capitale burkinabè pour régler le problème. Une fois sur place, les vétérans sont contactés. Tous heureux, mais ils vont rapidement déchanter. En effet, reliquataire de 8 millions FCFA vis-à-vis des vétérans, le recruteur leur propose la somme de 500 000 FCFA chacun. Ils vont protester vigoureusement. Le recruteur essaie de convaincre. Il soutient que la somme de 500 000 serait juste une partie du reliquat, et que tout serait mis en œuvre pour payer le montant restant dans les jours à venir. Ils acceptent de prendre la somme.

On leur propose ensuite d’apposer leur signature sur un bout de papier intitulé «LETTRE DE  REMERCIEMENT», en  guise de justificatif. Mais il y a un hic. Sur le feuillet en question, la dernière phrase pose problème. Il est mentionné « …comme quoi, Mr X…… ne me doit plus rien en ce jour et pour toujours ». Les vétérans, illettrés pour la plupart, ne prendront pas connaissance du contenu. Ils y apposeront leur signature. Dans la foulée, l’un d’eux essaie de comprendre cette dernière phrase. On ne lui en donnera pas le temps. Il est ainsi tiré et puis mis de côté par le recruteur qui lui intime l’ordre de prendre la somme et de signer. Le mercenaire refuse. Les autres seront informés plus tard qu’il s’agissait d’un piège qui leur a été tendu. En tous les cas, depuis, les infortunés mercenaires n’ont plus rien reçu.

Nous avons pu contacter un collaborateur du recruteur qui se trouve être son neveu, résidant à Ouagadougou, et qui l’aurait aidé dans sa tâche de recrutement. Il reconnait que le recruteur est bel et bien son oncle, mais soutient n’avoir pas collaboré avec lui sur un recrutement de mercenaires burkinabè. Nous avons tenté de contacter le recruteur en personne, mais c’est le silence radio. Ce dernier mènerait ses activités en Côte d’Ivoire.

Tous remontés, les vétérans protestent, désormais, ils demandent ouvertement aux autorités ivoiriennes de s’impliquer en vue de régler le problème. C’est dans cette optique qu’en janvier 2020, ils ont pu rencontrer l’Attaché militaire de l’Ambassade de Côte d’Ivoire au Burkina. A la suite des négociations, ce dernier leur aurait promis la somme de 1 500 000 FCFA chacun. Au moment où nous bouclions ces lignes, les vétérans sont toujours dans l’attente de leurs dus. Affaire à suivre.

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Salifou OUEDRAOGO
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