DES POLICIERS EN AMBASSADE : Y a-t-il eu deal entre l’UNAPOL et le ministre Alpha Barry ?

Le ministère des Affaires étrangères devrait accueillir des policiers qui seront affectés dans les Ambassades et représentations diplomatiques du Burkina. L’information est ressortie d’un arrêté signé le 3 février 2020 par le ministre de la Sécurité, Ousséni Compaoré. Selon cet arrêté, il est établi que 30 policiers sont mis à la disposition du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération. L’opinion s’interroge. Le syndicat des diplomates n’est pas en accord avec la décision. L’affaire passe mal.

Les supputations vont bon train. Les soupçons de connexion entre un syndicat et le gouvernement aussi. D’abord, le 4 décembre 2018, en pleine crise syndicale à l’UNAPOL, un nouveau bureau a vu le jour, conduit par Armyaho Zongo. Le nouveau bureau est reçu en audience par le ministre des Affaires étrangères, Alpha Barry. Pour ce que l’on sait, le ministre des Affaires étrangères confiait ceci : «J’ai eu des échanges constructifs hier mardi (4 décembre 2018) avec le Syndicat national de la police (UNAPOL) sur la coopération en faveur de la Police nationale et des Écoles de police du Burkina.» Puis, plus rien ! Jusqu’à l’arrêté du 3 février 2020. Il n’en a pas fallu de plus pour que certains établissent des liens.

Ensuite, l’UNAPOL a publiquement annoncé qu’elle irait en grève illimitée pour protester contre les agissements des autorités, en l’occurrence leur ministre de tutelle. Là aussi, du pas de droit de grève, une certaine opinion a très vite conclu que cette grève annoncée n’était que de la poudre aux yeux. En plus, l’on a souvenance que les nouveaux responsables ont évincé les anciens membres du bureau de l’UNAPOL, car, ce bureau utilisait des méthodes extrêmes. Une grève illimitée n’est-elle pas extrême ? Puis patatras ! A la veille de la fameuse grève, le syndicat, après une audience avec le Premier ministre, estime n’avoir plus de raison d’aller en grève : «Il y avait des problèmes de communication».

Aucune autre raison ne sera ajoutée à celle-là jusqu’à ce que l’opinion se rende compte une fois de plus qu’à la veille de la grève, un arrêté du ministre ouvrait les portes des Ambassades et enclaves diplomatiques du Burkina à la Police nationale. Ceci explique-t-il cela ? Selon certaines sources, le DG de la Police nationale ne serait pas loin de l’organisation de cette menace de grève illimitée. Pourquoi ? Mystère total. Et ce n’est pas tout.

Enfin, nul n’ignore la guerre fratricide qui se mène actuellement au sein de la Police nationale depuis la naissance du deuxième syndicat de la police. Les positions sont bien tranchées. L’Alliance police nationale (APN), qui regroupe d’anciens militants et membres fondateurs de l’UNAPOL, est aujourd’hui le syndicat qui tire le diable par la queue, trimballé en Justice, lui et certains de ses militants. Pendant que l’UNAPOL arpente les couloirs et autres salons feutrés de certains ministères. L’UNAPOL fait-il du syndicalisme ? Les interrogations sont légion.

Quoiqu’il en soit, le ministre des Affaires étrangères, Alpha Barry, s’est fendu d’un communiqué dans lequel il explique le bien-fondé de sa volonté d’avoir des policiers en Ambassades pour protéger les Burkinabè qui y vivent ainsi que les biens des enclaves diplomatiques. C’est de bonne guerre. Mais, il n’y a jamais de fumée sans feu. Le seul intérêt, selon son communiqué, serait lié à la sécurité.

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Guerre fratricide sans merci à la Police nationale

La naissance de l’UNAPOL a révélé au grand jour, un visage caché de la police. Plus précisément, certains flics, à travers leurs comportements, ont contribué à jeter l’image de la police «par terre». Pour les uns, l’UNAPOL est un outil de l’administration de la police, proche du Directeur général. Son Secrétaire général, Armyaho Zongo, est l’un des responsables ayant son service à la Direction générale. Du coup, les soupçons de connexions avec le Directeur  général ne sont pas à exclure. Mieux, qui est le SG de l’UNAPOL, celui-là qui entend défendre les intérêts de la Police nationale devant les  responsables ?

Sorti de l’école en 2011, il n’aura connu qu’un seul service : la Direction générale. Affecté à la Direction du personnel de la Police nationale, il occupe aujourd’hui un poste stratégique : chef de la Division de gestion du personnel. Que renferme ce poste selon l’organisation interne de la police? Celui qui occupe ce service doit se prononcer sur tout ce qui concerne les affectations, les sanctions, qu’elles soient positives ou négatives, participe au Conseil de discipline. C’est d’ailleurs le chef de la Division de gestion du personnel qui est le Secrétaire permanent du Conseil de discipline, et même des Conseils extraordinaires de discipline. Et ce n’est pas tout. Même à la Commission d’affectation, le chef de la Division gestion du personnel est un personnage clé dans les questions d’affectation. Lui seul est autorisé à proposer les noms à des postes précis après que la Commission a estimé les  besoins par région et par Commissariat.

C’est ce poste qu’occupe le SG de l’UNAPOL. Et quand on connait l’inimitié qui règne entre l’APN et l’UNAPOL et que le SG de l’UNAPOL a droit d’affecter un flic dans la zone que lui seul souhaite, il est évident que des «bavures» ne peuvent pas ne pas exister. On comprend dès lors que des policiers, membres de l’APN, aient été affectés trois fois en une année civile. On comprend qu’un policier affecté par trois fois en une année, d’une extrémité à une autre du pays, puisse à un certain moment, demander des comptes à sa hiérarchie.

A.K.N

Aimé NABALOUM
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