DIRECTION GENERALE DES RESSOURCES HALIEUTIQUES : Forte suspicion de fraude dans l’acquisition d’alevins pour des projets

Le domaine des ressources halieutiques est de plus en plus bénéficiaire de projets et programmes. Entre autres activités confiées à la direction générale des ressources Halieutiques, il y a l’acquisition des semences piscicoles (alevins et aliments). Cependant, certaines sources bien introduites à la direction générale des ressources Halieutiques (DGRH) dénoncent des pratiques frauduleuses autour de l’acquisition des semences piscicoles. Le directeur général Henri Zerbo et bien d’autres cadres de la DGRH sont accusés d’avoir péché des alevins dans les stations piscicoles de l’Etat pour vendre à plusieurs projets. Pour tirer l’affaire au clair, des audits sont nécessaires. En attendant, certains faits et gestes dont nous avons connaissance questionnent.

La série d’accusations portées depuis un certain moment à l’encontre de la direction générale des ressources halieutiques, n’est visiblement pas prête de s’arrêter : à chaque mission exécutée par cette direction, un réquisitoire et des révélations. Ici, il s’agit de l’acquisition des semences piscicoles dans le cadre de certains projets. A en croire certaines sources proches de la DGRH, l’exécution des activités dans le cadre du Projet d’amélioration de la Productivité Agricole et de la Sécurité Alimentaire (PAPSA) a donné lieu à ce qu’on pourrait appeler des deals d’alevins.

En effet, pour la mise en œuvre d’activités de valorisation des ressources halieutiques dans les régions du Sahel, du Centre-Est et du Centre Sud, le PAPSA a signé un protocole d’accord avec le Ministère des ressources Halieutiques et sa direction technique la DGRH pour la réalisation d’activités budgétisées à 34 932 660 francs CFA en 2017.

Parmi ces activités, figure en bonne place l’acquisition et la livraison des semences piscicoles pour non seulement l’empoissonnement des plans d’eau mais aussi pour servir les producteurs privés bénéficiaires du projet. Cette activité, comme bien d’autres, est placée sous responsabilité de la DGRH. Au cours de l’exécution, des quantités importantes d’alevins sont élevées dans la station piscicole du Bazèga pour les activités du PAPSA.

Comment comprendre cette situation quand on sait que dans le cadre du PAPSA, toutes les acquisitions de semences piscicoles doivent provenir exclusivement du centre piscicole de Bagrépôle. Selon l’équipe de coordination nationale du PAPSA, Bagrépôle a été effectivement identifié pour la fourniture d’alevins dans le cadre du PAPSA. Une convention a même été signée entre Bagrépôle et le PAPSA pour la fourniture des semences piscicoles. La coordonnatrice nationale du PAPSA, Séraphine Sawadogo s’est voulue très claire sur le sujet : «pour la livraison d’alevins, le PAPSA a signé uniquement une convention avec Bagrépôle».

Ainsi, tous les alevins devraient provenir de Bagrépôle. Mais au lieu de cela, ils ont procédé à leur enlèvement dans la station piscicole de Bazèga pour vendre au PAPSA. Cette station faut-il le rappeler est étatique, donc fonctionnant sur le budget de l’Etat et les alevins qui y sont produits sont destinés à aider les producteurs locaux et non être utilisés à but lucratif.

Selon nos informations, des agents de la DGRH ont effectué plusieurs missions dans le cadre du PAPSA pour procéder à l’enlèvement d’alevins dans cette station afin de les livrer aux cibles du PAPSA. Rencontré, le directeur général, Henri Zerbo ne nie pas que des alevins puissent provenir de stations étatiques et même d’autres promoteurs privés dans le cadre des activités du PAPSA. Pour lui, cette situation peut s’expliquer par l’urgence des besoins en alevins à fournir aux cibles du projet en attendant que Bagrépôle puisse de nouveau être en mesure de fournir et là, l’on procède aux remplacements dans les stations de l’Etat.

Ce qui suscite des interrogations. Pourquoi alors confier exclusivement la fourniture des alevins au centre piscicole de Bagrépôle quand on sait que cette structure n’est pas capable de satisfaire la demande. Pourquoi le PAPSA n’est pas informé du recours à d’autres sources d’approvisionnement en alevins? Pourquoi la DGRH adopte cette manière de faire sur le dos de l’équipe de coordination ? Il y a visiblement des non-dits dans cette affaire.

A noter que comme en 2017, les années 2016 et 2018 ont vu la signature de protocole d’accord entre la DGRH, le ministère des ressources animales et le PAPSA. Ces protocoles font état d’une série d’activités budgétisées à des centaines de millions de FCFA, dont la livraison d’alevins objet d’une convention avec Bagrépôle. A ce jour cette activité se retrouve dans une impasse. En effet, alors que le PAPSA a clôturé ses activités de 2019, Bagrépôle n’a pas pu livrer toute la commande d’alevins dans le cadre dudit projet. Le DG Henri Zerbo indique à ce titre que Bagrépôle a connu entretemps des difficultés dans la fourniture des alevins et a promis de livrer les commandes restantes en temps opportun.

Dans bien d’autres projets et conventions impliquant la direction générale des ressources Halieutiques, l’on n’hésite pas à indexer la DGRH de trafic illicite d’alevins dans d’autres stations de l’Etat. Dans le cadre du projet P1P2RS, des quantités importantes d’alevins sont enlevées dans la station de Ziga et fournie au projet. Aussi, environ 20 000 alevins ont été enlevés à Ziga pour le compte du projet PROVALAB alors que, comme le PAPSA, c’est le Centre piscicole de Bagrépôle qui devrait assurer la commande d’alevins de ce projet.

Tout cette gymnastique est-elle légale? Pas si sûr. En attendant nous apprenons que des dénonciations ont été faites à l’ARCOP et au REN-LAC concernant ces pratiques et des enquêtes seraient en cours. Affaire à suivre!

Avatar
Ecrit par
Simplice Zongo
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Simplice Zongo

Nous suivre sur…