eddie

Eddie Komboïgo : saura-t-il s’émanciper de l’ombre tutélaire de Blaise Compaoré ?

Depuis le 10 mai 2020, Eddie Konboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), est officiellement le candidat de son parti pour la présidentielle de novembre prochain. Certes, il faudra attendre l’onction du tout-puissant président fondateur du CDP, Blaise Compaoré, avant d’organiser son investiture officielle. Mais sauf cataclysme de dernière minute, Eddie Komboïgo portera les couleurs du CDP dans la course pour le palais de Kosyam en novembre prochain. Car, on ne voit pas comment Blaise Compaoré, fut-il tout puissant président fondateur, peut décider de ramer à contre-courant de la marche du parti.

Eddie Komboïgo a donc triomphé de ses adversaires internes au CDP. Il lui reste maintenant à recoller les morceaux avant d’envisager la mobilisation de toutes les troupes pour aller à l’assaut de la Présidence du Faso. Pourra-t-il rallier tous ces cadres qui l’ont publiquement défié en apportant leurs soutiens à Kadré Désiré Ouédraogo qu’ils avaient voulu imposer comme candidat du parti ? Rien n’est moins sûr. Ce qui veut dire que le CDP risque de se lancer dans la bataille sans une partie de ses forces. En tous les cas, Eddie Komboïgo, 55 ans, est désormais le 8e candidat officiellement annoncé pour la présidentielle.

Il sera sans doute avec le président sortant, les candidats qui investiront d’importants moyens dans cette campagne. En cela, il peut être un challenger sérieux. En effet, avec son matelas financier assez consistant, le candidat du CDP entretient une clientèle politique fidèle depuis 2015 qui s’élargira davantage dans les prochains mois, surtout au niveau des jeunes. Depuis fin 2018, il avait déjà pratiquement lancé sa campagne à travers des tournées dans les régions et plusieurs profils sur les réseaux sociaux. Au sein du CDP, il était donc le prétendant le mieux préparé. Les résultats des votes du collège électoral en disent long sur la longueur d’avance qu’il avait sur les autres.

D’ailleurs, le combat interne tant attendu n’a véritablement pas eu lieu. Le président du parti s’est retrouvé avec des concurrents qui n’avaient pas l’étoffe politique nécessaire. L’un d’entre eux, en l’occurrence Mahamadi Koanda, a d’ailleurs préféré fuir la compétition. Seul le député Yahaya Zoungrana s’est retrouvé en lice avec le président du parti. Il a été littéralement pulvérisé (21 voix contre 133). Cependant, une chose est d’avoir triomphé en interne et de porter la candidature du parti, une autre est de remporter l’élection présidentielle. Là, le chemin reste trop long et parsemé d’obstacles. Il est vrai que le Président Roch Marc Kaboré et son parti ont douché presque tous les espoirs des Burkinabè en 5 ans. Il est vrai que l’on peut conclure sans risque de se tromper à un échec cuisant du Président Kaboré. Pour autant, faut-il croire que cela est suffisant pour que les Burkinabè dans leur majorité regrettent déjà l’insurrection au point de remettre le CDP en scelle, seulement 6 ans après avoir chassé en plein midi son père fondateur ?

Mieux, qu’est-ce que Eddie Komboïga proposera qui soit meilleur à ce qui a suscité l’insurrection et à ce qui est vécu au cours des 5 dernières années ? La question est d’autant importante que, ironie du sort, c’est Blaise Compaoré qui doit valider la candidature du CDP. Si Eddie Komboïgo remporte les élections en novembre 2020, ce sera une victoire personnelle pour Blaise Compaoré, et surtout sa revanche contre Roch Kaboré, Feu Salif Diallo et Simon Compaoré qu’il avait taxés de traîtres en janvier 2014, lorsque ces derniers ont quitté le navire CDP. Eddie Komboïgo saura-t-il s’émanciper de cette image envahissante de Blaise Compaoré pour essayer de se faire un homme neuf et porteur d’une nouvelle offre politique, ou va-t-il persister dans le discours improductif d’un Blaise Compaoré grand visionnaire et patriote hors pair qui a encore beaucoup à donner au Burkina Faso ?

L’un dans l’autre, c’est maintenant que les choses sérieuses commencent pour lui. S’il veut aller loin, il va devoir démontrer sa capacité à s’affirmer en homme d’Etat, capable de s’assumer et d’impulser une dynamique propre et non comme un larbin au service de la restauration et de  la vengeance. Jusque-là, son discours était pratiquement centré sur l’héritage de Blaise Compaoré qui clive la société burkinabè. Il va devoir se construire un nouveau discours et une nouvelle stature d’homme politique digne de la fonction présidentielle. Sur ce plan, il reste encore un gigantesque travail à faire.

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc rhoncus sagittis tortor, a posuere tellus cursus suscipit. Pellentesque euismod aliquam lectus vel aliquet.

Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO

Nous suivre sur…