MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES : Alpha Barry et les 23 millions FCFA du Fonds de souveraineté

Depuis quelques temps, des information faisant échos d’une gestion financière peu orthodoxe au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération (MAEC) se font de plus en plus persistantes. Mais les sources demeurent formelles : ça ne tourne pas rond dans les finances. Les faits remontent à 2018. Visiblement, l’alerte n’était pas fausse. Il est reproché au ministre Alpha Barry, des dépenses non expliquées d’un montant de 23 millions FCFA. Qu’en a-t-il  fait ? Où est passé ce pactole ? Mais il n’est pas seul. La ministre déléguée de l’époque, Rita Bogoré, n’est pas en reste dans l’utilisation des fonds sans pièces justificatives dignes de ce nom. Autre chose? Des prises en charge pas du tout aux normes, des missions souvent pas claires, etc. Nous avons voulu comprendre, mais la pénétration de ce département n’a pas été chose aisée. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) y a également fait un tour ; foi  du DAF ! Qu’en est-il ? Le mystère demeure mais nous avons pu grignoter quelque chose.

Ça sent le roussi au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération. Jusqu’à présent, aucune lumière à l’horizon pour dire le contraire. Le bilan financier de cette année 2018 possède des trous incompréhensibles. Des dépenses ont été effectuées mais leurs bases légales posent problème : absence de justificatifs de paiements, absence de documents valables, violation du  principe de la légalité, paiements irréguliers avec des gros risques d’abus et de pertes financières.

Selon nos sources, au ministère des Affaires  étrangères, «la gestion financière est telle que dès les mois de juin et de juillet, le ministère peine à honorer certaines dépenses de service». Mieux, confient ces sources bien introduites au ministère, «il y a de sérieux problèmes dans la gestion financière comme les frais de missions fictifs, l’utilisation des finances publiques à des fins privées, des détournements des frais de souveraineté, etc. Le patron lui-même, même pour ses voyages privés, souvent à connotations politiques à l’intérieur du pays, se fait servir des frais de mission souvent ridicules.»

Mais ce sont surtout les dépenses du Fonds de souveraineté du ministre qui font polémiques. Il nous revient que pour ce fameux Fonds de souveraineté, il a été servi au ministre Alpha Barry, la somme de 23 millions FCFA. Quand bien même il s’agit de fonds dits de souveraineté, il y a problème. Pour en savoir davantage sur ce qui s’est réellement passé, nous avons voulu rencontrer le patron de la diplomatie burkinabè. Dans une première correspondance datée du 12 février 2020, nous demandions ceci : «Il est de plus en plus question de frais de missions mal gérés par le ministère, si fait que le ministère arrive à avoir des difficultés de financement de ses activités en plein milieu d’année. Qu’en est-il ?»  

A cette correspondance, point de réponse. Mais cela n’a pas empêché de poursuivre les enquêtes. Le temps passe, certaines pistes se confirment. Des sources demeurent formelles et catégoriques. Il faut creuser ! Alors, une seconde correspondance est adressée au ministère le 16 avril 2020. Cette fois-ci, nous aurons la chance, si minime soit-elle, d’avoir des éléments de réponse ou tout le moins, des explications sur ce qui s’est passé. C’est le Directeur de l’administration et des finances (DAF) du ministère qui  sera notre interlocuteur. D’entrée de jeu, il explique que l’objet de la correspondance est suffisamment clair et de fait, il apportera des éléments de réponse aux inquiétudes soulevées, dans la mesure du possible.

Vous avez dit des explications ?

«Dans le bilan financier de 2018  du ministère, il y a une dépense dont la justification n’est pas claire sur un montant de 23 millions FCFA. Qu’en est-il ? Voici la question posée. Selon le DAF, il n’y a pas de secret en la matière. D’emblée, il explique que les contrôleurs de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) ont effectué une mission et c’est là que des situations ont été relevées comme des irrégularités. Cependant, selon ses arguments, le montant de 23 millions FCFA est lié au Fonds de souveraineté du ministre. En plus, sa base légale existe dans le décret de la Régie d’avance où il y a une liste de dépenses dont le Fonds de souveraineté. Alors, il est inconcevable, selon lui, que les contrôleurs qui sont passés au ministère fassent cas d’un manque de base légale à l’utilisation des fonds de souveraineté, proteste-t-il. 

D’ailleurs, poursuit le DAF, « il y a eu une réaction officielle du ministère pour dire que nous ne sommes pas d’accord, car ils ont posé la question sur la base légale alors qu’il existe bel et bien une base légale, un arrêté qui fixe les dépenses éligibles sous la rubrique de dépenses de souveraineté ».

Et pourtant, si le décret auquel fait référence le DAF des Affaires étrangères énumère la liste des dépenses possibles, il reste que lesdites dépenses doivent avoir des pièces justificatives. Là-dessus, le DAF rétorque qu’il est impossible de les exhiber sans l’autorisation de ses supérieurs. Néanmoins, en cas d’avis favorable de la part de sa hiérarchie, les documents justificatifs seront mis à notre disposition. Puis, plus rien ! Finalement, il sera difficile de savoir exactement les dépenses effectuées par le ministre Alpha Barry avec les 23 millions FCFA.

Mais, il n’y a pas que les 23 millions FCFA du ministre. Un autre million FCFA a été servi à la ministre déléguée de l’époque, Rita Bogoré. Selon le DAF, l’octroi de ce million FCFA l’a été dans les mêmes conditions et bases que les 23 millions FCFA. Pourquoi tant de mystère sur des dépenses qui seraient «normales» ? C’est à ne rien comprendre. 

Quoi qu’il en soit, dans la pratique, si les dépenses ne sont pas conformes aux règles en la matière et que les justificatifs posent problème, il est clair que des ordres de recettes doivent être émis à l’encontre des concernés. Mais là, c’est une autre paire de manche.

Dans la foulée, l’on apprend également que 17 personnes ont été bénéficiaires d’une prise en charge dans le cadre d’un atelier d’élaboration de textes sur la fonction de Consul honoraire du Burkina à l’extérieur et de la directive relative à la fonction de Consul honoraire au Burkina. Environ 2 millions FCFA, dit-on, ont été servis. Malheureusement, il n’est fait mention d’aucune date de cette activité. Quand a-t-elle eu lieu ? Cela fait peser des doutes et jette du discrédit sur l’activité. A l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption, l’on confirme qu’un contrôle a été effectué au ministère des Affaires étrangères pour la gestion 2018. Nos sources indiquent que les contrôleurs seraient à pied d’œuvre pour la finalisation  de leur rapport de contrôle. Que contient-il ? Que diront les contrôleurs ? Vivement ce rapport pour situer tout le monde. Affaire à suivre !

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Quand le DAF du ministre s’en prend aux contrôleurs de l’ASCE-LC

Au cours de l’entretien avec le Directeur de l’administration et des finances (DAF) du ministère, ce dernier n’a pas, par moments, été tendre envers les contrôleurs de l’ASCE-LC. Dans son argumentaire à propos des contrôles effectués par cette institution justement, le DAF tire à boulets rouges sur les contrôleurs. Il a des soucis avec ces derniers. Pour lui, ces contrôleurs n’ont pas l’étoffe nécessaire pour la mission à eux confiée. Il s’érige contre eux au prétexte qu’ayant déjà été DAF ailleurs, il déduit que «les gens viennent à nous avec des objectifs de trouver quelque chose. Et cet état de fait pose le problème des personnes qui animent ces institutions de contrôle». Et il poursuit : «Ne devient pas contrôleur qui le veut ou par reconversion. Sous nos contrées, certains sont aujourd’hui  auditeurs mais pas par leur profil professionnel. Ils le sont par reconversion, voire par récompenses politiques et donc, ils manquent substantiellement d’étoffe nécessaire pour exercer les missions à eux confiées.» Est-ce à dire que les contrôles effectués par l’ASCE-LC manquent de professionnalisme ? Les résultats de ces contrôles ont-ils toujours été faux ? L’on aurait bien voulu savoir, selon l’expérience du DAF dans d’autres ministères certainement, ce qui aurait cloché à l’époque. Mais là, c’est une autre affaire !

AKN

Aimé NABALOUM
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