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Eviter de tomber dans une irresponsabilité collective !

Après le fiasco de l’enrôlementdes Burkinabè de l’extérieur,des voix s’élèvent au sein des partis politiques, surtout de l’opposition, pour dénoncer une volonté du parti au pouvoir de créer des blocages pour limiter au maximum l’enrôlement des fils de ce pays vivant hors
de ses frontières. Aussi, certains acteurs demandent-ils une reprise du
processus en vue de donner plus de chance au maximum de Burkinabè
vivant à l’extérieur de pouvoir s’inscrire et de voter.

Entre autres suggestions, l’on peut retenir l’ouverture de centres d’enrôlement en dehors des enclaves diplomatiques, notamment, les Consulats et Ambassades du Burkina à l’extérieur. Les tenants de telles requêtes proposent de négocier avec les pays hôtes pour rapprocher au maximum les centres d’enrôlement des communautés burkinabè de l’extérieur dans leurs lieux de résidence. Cependant, en attendant que la
Commission électorale nationale indépendante (CENI) fasse le bilan complet (y compris financier) de cette première opération, l’on peut dire
qu’une telle requête ne devrait pas prospérer, compte tenu des coûts
exorbitants.

La démocratie et l’exercice des droits civiques des citoyens ont, certes, des coûts que l’Etat doit assurer en toute souveraineté. Mais un Etat responsable avec des acteurs politiques responsables doit savoir faire les choses dans les limites du raisonnable et de ses moyens. Mieux, quand on tend la sébile, il faut avoir un minimum de bon sens en évitant de montrer à la face du monde, une extrême insouciance à la limite de l’irresponsabilité. Malheureusement, pour atteindre leur but ou simplement pour exister, les acteurs de la scène politique burkinabè ne semblent s’encombrer de scrupules.

Malgré le contexte sécuritaire et humanitaire précaire du pays, ces politiques n’hésitent pas à demander à l’Etat d’investir des sommes astronomiques dans l’organisation d’élections. Tout se passe comme s’ils n’ont pas conscience des difficultés auxquelles le pays est confronté. Dans
d’autres contextes, l’on aurait pu trouver les moyens de mobiliser les
ressources et les intelligences nationales au service de la restauration de
l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, avant de penser aux élections. Mais au Burkina Faso, tous les acteurs politiques semblent accepter déjà le principe que certains Burkinabè, notamment, les déplacés internes et certaines zones soient exclus du processus électoral. Car, en l’état actuel de la situation sécuritaire, il y a de forte chance qu’il n’y ait pas d’élection dans beaucoup de localités des régions du Sahel, du Centre-Nord, du Nord, de l’Est et de la Boucle du Mouhoun.

Pour revenir au vote des Burkinabè de l’extérieur, il serait moralement
indécent et politiquement incorrect de relancer le processus d’enrôlement. Il faudra faire avec ce que l’on a pu avoir au terme de cette première
opération et permettre à tous ceux qui se sont inscrits de pouvoir voter
en toute quiétude. Pour les autres, il faudra tirer les leçons de cette première expérience, afin d’améliorer le fichier pour les prochaines échéances électorales.

L’on pourrait, par exemple, se saisir de l’entre-deux élections présidentielles pour poursuivre le recensement et l’enrôlement des Burkinabè de l’extérieur. Cela permettra de mobiliser l’essentiel du potentiel électoral expatrié.

En tous les cas, pour 2020, il faut espérer que pour une fois, les politiques entendront raison afin d’éviter d’alourdir davantage le budget des
élections alors que le pays fait face à de nombreuses autres priorités. L’on
entend certains affirmer qu’il appartient au gouvernement de trouver les
moyens nécessaires pour rendre le processus opérationnel partout où
besoin est. Mais quand bien même le pays aurait les moyens, il serait
irresponsable d’investir plusieurs milliards pour le vote de quelques milliers de Burkinabè alors que d’autres priorités attendent.

Du reste, les Burkinabè de l’extérieur comprendront que l’Etat ne puisse investir davantage dans leur enrôlement. Elections d’accord, mais pas à n’importe quel prix. Reprendre l’enrôlement à l’extérieur relèverait d’une
irresponsabilité collective qu’il faut empêcher.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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