EXPORTATION ILLEGALE DE 2 KG D’OR : Deux anciens partenaires se traînent au tribunal

La rencontre entre les deux hommes remonte à 2005. Le premier, Dabiré P., chauffeur mécanicien, fait la rencontre d’un Français à l’aéroport de Ouagadougou, Jean Marie Chuffart. Les deux finissent par devenir des amis. Affecté à Sebba, Dabiré P. découvre une opportunité d’affaire dans la zone : l’exploitation de l’or. Il en fait cas à son ami et les deux décident de monter une affaire dans l’exploitation artisanale d’or. Les activités sont aussitôt lancées. L’affaire ne tarde pas à prospérer. Ils créent une structure qu’ils nomment Central Home Business pour formaliser leurs activités. Ils sont désormais associés. Mais en 2017, une brouille s’est installée entre eux. Les deux ex-associés s’accusent mutuellement. Dabiré accuse son associé français de n’avoir pas respecté ses engagements. Jean Marie C. accuse Dabiré P. d’avoir détourné les biens sociaux de l’entreprise. C’est la cassure. L’affaire est portée en Justice. Les juges ont tranché, mais la décision ne fait pas l’unanimité.

Les deux partenaires ont lancé officiellement leurs activités en 2006. L’activité va d’abord consister à équiper les orpailleurs de matériels pour extraire du minerai : l’or. La quantité du minerai extrait par les orpailleurs est partagée : une partie pour les orpailleurs et l’autre revenait aux deux associés pour avoir mis le matériel à disposition. C’est ainsi que Dabiré P., jour après jour, stockait le minerai qui leur revenait. Quand la quantité devenait importante, il en informait son partenaire Jean Marie. Celui-ci prenait un vol, atterrissait au Burkina, puis direction Sebba. Alors, à Sebba, le minerai était concassé, broyé et l’or extrait. Jean Marie se chargeait d’acheminer l’or extrait à Ouagadougou pour la commercialisation. Voilà comment la machine fonctionnait, selon la version de Dabiré.

En 2010, Dabiré P. est affecté à Faramana dans l’Ouest du Burkina. Une fois de plus, il tient informé son partenaire. Conscient du rôle important que joue son partenaire burkinabè dans leur affaire, il propose d’embaucher son ami et de lui payer un salaire mensuel de 1000 euros. Si Dabiré est partant pour cette offre, il devrait démissionner de sa fonction de chauffeur. Dabiré accepte la proposition et démissionne pour se consacrer à l’exploitation de l’or. L’affaire fonctionne à merveille et prospère. Les deux associés décident de passer à une vitesse supérieure. Dès lors, ils achèteront directement l’or aux orpailleurs. Mais, c’est le partenaire Dabiré qui collectait l’or auprès des orpailleurs et Jean Marie se déplaçait sur Sebba pour le récupérer et redescendre à Ouagadougou. C’est une fois à Ouagadougou que Jean Marie expédiait l’argent à Dabiré pour qu’il procède au paiement des orpailleurs. Ça marche. Au regard de l’ampleur que prenait l’activité, les deux associés décident de créer une structure en vue de formaliser leurs activités. Ils créent leur entreprise, Central Home Business.

Les deux kilos d’or de la discorde

Selon Dabiré, en 2017, il a réussi à collecter deux kilogrammes d’or auprès des orpailleurs. Jean Marie est tenu informé. Il doit effectuer le déplacement de Sebba pour récupérer le produit, comme d’habitude. Le montant de cette quantité est estimé à 42 millions FCFA. Et comme d’habitude, Jean Marie atterrit à Ouagadougou et demande à son partenaire burkinabè de le rejoindre. Dabiré le rejoint à Ouagadougou et lui présente les deux kilogrammes d’or. Séance tenante, le partenaire français n’a que 10 millions FCFA pour régler les orpailleurs. Il remet cette somme à Dabiré et lui fait la promesse qu’une fois en France, le reste de l’argent, à savoir les 32 millions FCFA, lui sera envoyé pour qu’il  puisse procéder au paiement des orpailleurs. Dabiré n’y voit pas d’inconvénients. Il récupère alors les 10 millions FCFA et procède au paiement d’une partie des orpailleurs.

A son tour, il promet aux autres orpailleurs n’ayant pas reçu leur dû de patienter, qu’ils seront réglés dès que son associé lui versera le reliquat. Après trois mois sans signe de vie de Jean Marie, Dabiré décide de le contacter pour comprendre la situation. Impossible de le joindre. Aucun contact ne passe. Les orpailleurs exercent une pression sur Dabiré pour être payé. Ce dernier devient de plus en plus inquiet. Il commence à vendre ses biens en vue de régler les orpailleurs qui se font de plus en plus menaçants. Mais cela ne suffira pas pour solder toutes les dettes. Jean Marie ne donnera plus aucune nouvelle à Dabiré.

Interrogé, l’Avocat de Jean Marie nie en bloc les accusations portées par Dabiré contre son client. Il soutient que son client Jean Marie n’aurait jamais fait de l’or son activité au Burkina. Par contre, l’Avocat explique que Dabiré et Jean Marie seraient en relation dans d’autres types d’affaires. Dans cette affaire, l’Avocat explique que son client a porté une plainte contre Dabiré pour mauvaise gestion des fonds alloués par son client. Le fonds en question devrait servir à investir dans l’immobilier. C’est pour avoir refusé de rendre compte de sa gestion de ce fonds, qu’une plainte a été déposée contre lui. Mieux, toujours selon l’Avocat de Jean Marie, la plainte déposée par son client aurait amené Dabiré à «fabriquer le dossier de deux kilogrammes d’or» contre son client Jean Marie.

Le droit a-t-il été vraiment dit ?

Effectivement, le 08 août 2019, Dabiré a été convoqué par la Brigade de recherche de la gendarmerie de Ouagadougou  pour se voir signifier qu’une plainte a été déposée contre lui. Il est informé qu’il s’agit de son associé français et qu’il est accusé d’avoir vendu les biens de l’entreprise.

Après les auditions de la gendarmerie, Dabiré décide-lui aussi à son tour de déposer une plainte contre son ex-partenaire d’affaires. Sa plainte est déposée à Interpol le 11 septembre 2019. Là, les choses ne tarderont pas. Jean Marie, de retour à Ouagadougou, est interpellé dès l’aéroport et placé en garde à vue au Commissariat central de Ouagadougou. Après trois jours d’audition, l’associé  français a continué de nier totalement avoir fait des affaires dans l’or. Pour lui, ses activités n’ont concerné que l’immobilier où il a investi. Dabiré tombe des nues et dément énergiquement la thèse de son ancien partenaire.

Pourtant, selon certaines sources contactées à Dori, il n’y a pas de doutes : Dabiré et Jean Marie ont fait affaires dans l’orpaillage. Les deux ex-associés, expliquent les sources, ont toujours été aperçus en compagnie l’un de l’autre. Leurs séjours communs ne sont jamais passés inaperçus. Mieux, c’est à Dori que le compte bancaire de leur société, Central Home Business, a été créé.

Le dossier sera finalement transféré à la Justice. A l’issue des auditions, au vu de la forte charge d’accusation de fraude en matière de commercialisation de l’or, le Procureur a décerné un mandat de dépôt contre Jean Marie. A la première audience, l’Avocat de Dabiré exige du Parquet un certain nombre de pièces que devra fournir la banque qui servaient de dépôt pour métaux précieux de Jean Marie. En clair, il demande d’ordonner à la banque de leur fournir tous les documents concernant le compte bancaire ouvert par Jean Marie et qui lui servaient de transaction. Faute de ces pièces, le procès est alors reporté.

A la reprise, Dabiré se présente à l’audience, cette fois-ci, sans son Avocat car en voyage, apprend-on. Après les débats, le Procureur fait une réquisition de 48 mois d’emprisonnement ferme contre Jean Marie, assorti de 64 millions FCFA de paiement plus une amende de 3 millions FCFA. Le délibéré devrait être rendu une semaine plus tard. Le jour du délibéré, le Français est acquitté et déclaré libre par le juge. Sur conseils de ses proches, Dabiré fait appel de la décision le 03 le décembre 2019.

Contacté, l’Avocat de Dabiré s’est également insurgé contre cette décision de la Justice qui, selon lui, ne reflète pas la réalité des faits. Selon lui, les pièces demandées au Parquet étaient capitales pour la suite de la procédure afin que la vérité éclate. Il ajoute également que, visiblement, les pièces à conviction non obtenues dérangeaient la défense, car, les références du compte sur lequel Jean Marie faisait ses dépôts de métaux précieux étaient facilement traçables. Du côté de la défense, on affirme que les pièces ont bel et bien été apportées par la banque. Que s’est-il donc passé ? Les pièces ont-elles effectivement été prises en compte ?

Plus de deux mois après la décision, le jugement n’est toujours pas rédigé. Dabiré estime qu’avec le rédigé du jugement, il pourra bien comprendre ce qui a motivé la relaxe de son ex-partenaire. L’autre paire de manche de cette affaire est la plainte déposée par Jean Marie contre Dabiré pour mauvaise gestion des fonds. Là-dessus, difficile de savoir ce que devient le dossier. Affaire à suivre !

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Salifou OUEDRAOGO
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