PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES COUPLEES : Une insurrection électorale est possible le 22 novembre 2020

Le Burkina Faso organisera les élections en novembre prochain, les plus chères de son histoire. La présidentielle et les législatives couplées de novembre vont coûter plus cher que le cumul de toutes les élections organisées depuis 2010 (5 scrutins au total). Il faut  donc espérer que les Burkinabè vont se mobiliser, cette fois, afin de renverser la tendance des faibles taux d’inscription. Mais les partis politiques, toutes tendances confondues, manquent d’actions visibles de sensibilisation et de mobilisation des électeurs potentiels qui boudent les urnes. Il en est de même pour les organisations de la société civile (OSC) qui pourtant, pour un rien, organisent des shows médiatiques pour se faire voir et entendre. Les prochaines élections connaîtront-elles une meilleure participation que les précédentes ? Il faut craindre une répétition de l’histoire malgré les moyens colossaux qui seront injectés.

Le Burkina Faso, pays pauvre très endetté et attaqué de toutes parts par des groupes terroristes, risque d’investir environ 109 milliards de francs CFA dans des élections sans grands enjeux ni espoirs de changement réels dans la gestion des affaires publiques. En effet, toutes les élections organisées en 2012, 2015, 2016 et 2017 ont coûté au total, environ 67,9 milliards de francs CFA. Si l’on y ajoute le financement public des campagnes électorales pour les mêmes scrutins, l’on sera à moins de 72 milliards. Les seules présidentielle  et législatives couplées seront plus chères de plus de 40 milliards. Il convient de préciser que les 109 milliards ne prennent pas en compte la sécurisation du processus électoral qui fera l’objet d’une autre budgétisation, selon les discussions entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers.

D’ailleurs, certains de ces derniers trouvent que la classe politique burkinabè toutes tendances confondues, se montre peu responsable et soucieuse d’une gestion rationnelle des ressources publiques. Ils ne comprennent pas cette tendance des politiques burkinabè  à la démesure lorsqu’il s’agit de leurs intérêts partisans ou électoralistes. Il est évident que le Burkina aura des difficultés pour réunir tout le budget des échéances électorales de 2020.

Mais la machine est déjà lancée. Il appartient donc aux acteurs politiques et aux citoyens Burkinabè de veiller à ce que tout cet investissement ait un sens et une utilité. Cela passe par une mobilisation à plusieurs niveaux et étapes. La première étape sera de réussir le pari des 5 millions d’inscrits escomptés par la CENI. Ce qui ferait passer le potentiel d’électeurs à entre 8 et 9 millions, après traitement et validation du fichier électoral pour l’expurger des doublons et autres inscriptions multiples.

Pour ce faire, tous les Burkinabè en âge de voter (militants ou non de partis politiques) doivent se mobiliser pour obtenir leur carte d’électeur. Les partis politiques, les OSC surtout, les mouvements et associations des jeunes doivent lancer des campagnes pour susciter des inscriptions massives sur les listes électorales. Malheureusement, dans cette mobilisation des électeurs potentiels, les principaux bénéficiaires des suffrages que sont les partis politiques sont désespérément absents sur le terrain. En effet, depuis le lancement officiel des opérations de révision du fichier électoral à Dédougou, le 10 février dernier par  la CENI, l’on ne sent pas beaucoup les partis politiques et les OSC.

Du côté du pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) ne se préoccupe désormais que de la réélection du Président Kaboré et de la sauvegarde de sa majorité à l’Assemblé nationale. Peu importe le nombre d’inscrits ou de votants. Tout porte à croire que dans sa stratégie, les inscriptions massives sur les listes électorales ne sont pas une préoccupation majeure. Cette stratégie semble reposer plus sur la remobilisation de son électorat et le recrutement de nouveaux électeurs.

Les leaders de ce parti et leurs alliés multiplient ainsi les assemblées générales, les sorties de terrain au cours desquelles d’importantes sommes d’argent et des matériels divers sont remis aux militants et autres populations locales. Parfois, ils subventionnent les cartes nationales d’identité pour les militantes. Bref, le MPP et ses alliés se rassurent que leurs militants et électeurs rempliront les conditions pour leur offrir leurs suffrages le moment venu. Pour  le reste, ils ne prennent pas le risque de chercher à mobiliser des électeurs qui pourraient leur être défavorables. C’est de bonne guerre.

L’opposition politique ne fait pas non plus mieux. Plus d’une semaine après le lancement de l’opération d’enrôlement, elle est également invisible sur le terrain, pour susciter la mobilisation de la grande masse de citoyens déçus et désespérés pour les inscriptions sur les listes électorales dans les zones concernées. Il n’y a que quelques associations qui, avec des fortunes diverses, tentent de sonner le réveil, surtout chez les jeunes. Après, ils viendront accuser les autres lorsque la moisson sera maigre. Le seul acte visible est ce communiqué publié le 11 février par le Chef de file de l’opposition(CFOP), invitant «l’ensemble des Burkinabè qui auront 18 ans ou plus à la date du 22 novembre 2020 et ne possédant pas de carte d’électeur, de même que ceux qui ont perdu leur carte d’électeur, à se faire enrôler sur le fichier électoral». Et d’ajouter que «le vote est un acte citoyen. C’est surtout un moyen pour tout patriote de choisir des dirigeants qu’il estime plus aptes à diriger le Burkina Faso».

Mais ce communiqué est loin de suffire pour motiver des gens qui boudent les urnes à s’intéresser enfin au processus électoral. Ceux qui boudent le processus savent pertinemment que le vote est un acte citoyen. Pour beaucoup, le vote est effectivement un acte de haute portée citoyenne qu’ils refusent de l’accorder à n’importe qui. Ils rejettent surtout ce système électoral qui propulse, comme l’a si bien dit Laurent Bado, «des médiocres» à la tête de l’Etat et des institutions. Pour les convaincre donc à s’enrôler, il faut bien plus qu’un simple communiqué.

Finalement, tout comme le pouvoir, l’opposition semble également se résigner à accepter son incapacité à mobiliser ce potentiel. Car, elle aussi ne leur fait pas rêver de lendemains meilleurs.

Mais au-delà des partis politiques, les organisations de la société civile et notamment, les mouvements de jeunesse, doivent prendre à bras-le-corps la mobilisation de la grande majorité des électeurs potentiels. Les jeunes doivent rompre avec les habitudes de boycott des processus électoraux pour ensuite s’adonner à la critique facile. Ils ont aujourd’hui l’opportunité d’imposer une nouvelle attitude à la classe politique. Mieux, ils peuvent réaliser une insurrection électorale s’ils prennent conscience de leur force. Et la  première étape qui est incontournable, c’est s’enrôler. Ils pourront alors influencer toutes les prochaines étapes du processus électoral.

La deuxième serait d’influencer les choix des candidatures, d’engager le changement générationnel et d’imposer un renouvellement de l’élite politique. Il est clair que si la mobilisation citoyenne, surtout des jeunes, est forte, elle influencera incontestablement non seulement le choix des candidatures aux législatives, mais également le discours politique et la campagne présidentielle. Mieux, les jeunes peuvent susciter des candidatures qu’elles pourront porter et soutenir. L’un dans l’autre, il apparaît impératif de détenir la carte électorale. Elle pourrait être l’arme dont redoute les politiques et pourrait effectivement leur indiquer la porte.

La troisième étape serait de réaliser une insurrection électorale en novembre prochain. Si les jeunes arrivent à bien gérer les deux premières étapes, ils pourront bien changer la configuration de l’arène  politique  au soir du 22 novembre 2020. En effet, ils sont les plus nombreux. Et s’ils s’inscrivent massivement sur les lites électorales, s’ils suscitent en leur sein des candidatures qu’ils portent et soutiennent jusqu’au bout, ils pourront, à défaut de prendre le pouvoir, au moins peser sur les choix politiques. Ils pourraient positionner une nouvelle force politique porteuse d’alternative crédible aux louvoiements et à l’essoufflement de la classe politique actuelle. Ils pourront, au moins, obtenir assez d’élus à l’Assemblée nationale pour constituer un groupe parlementaire qui portera et animera les débats sur les préoccupations de la jeunesse en termes de changements en profondeur dans la gouvernance de l’Etat. Ce sera alors le début de la marche triomphale  vers ce changement générationnel tant attendu à l’horizon 2025.

Au pire des cas, les jeunes inscrits peuvent faire l’option de l’abstention. Ce qui pourrait largement influencer le taux de participation et réduire la légitimité des élus. Mais cela ne changera pas fondamentalement grand chose, vu que les politiciens se moquent éperdument de légitimité. Ils se contenteraient bien d’être les premiers parmi les derniers. En tous les cas, les législatives et la présidentielle couplées de 2020 ne devraient absolument pas être comme les autres scrutins. Autrement, c’est le processus démocratique qui tombera en panne avec tous les risques de crises multiformes.

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Les incongruités de l’opposition politique

L’opposition politique persiste dans l’erreur de croire que l’échec du MPP dans la gouvernance de l’Etat est un gage de succès électoral pour elle. Elle le chante à toutes les occasions : le MPP a échoué lamentablement. Et elle a raison. Mais croire que cet échec du MPP équivaut à une défaite électorale qui profiterait à l’opposition est plus qu’une méprise de l’arène politique. 

Le 11  février dernier, des responsables de partis politiques, ne comptant aucun élu, ont animé une conférence de presse, au nom de l’ensemble des partis affiliés au chef de file de l’opposition politique. De cette conférence de presse, relativement à la présidentielle de novembre prochain, l’on apprend que le Président Kaboré, candidat à un deuxième mandat, sera éliminé dès le premier tour. Et les conférenciers du jour de conseiller le MPP de changer de candidat pendant qu’il est temps. Quelle extraordinaire incongruité ? Comment peut-on envoyer deux responsables de partis politiques qui n’ont jamais réussi à se faire élire conseiller municipal dans leur secteur ou village d’aller dire à un parti qui a remporté une présidentielle avec 53% des suffrages, qui compte 55 députés à l’Assemblée nationale et qui détient les moyens de l’Etat, qu’il doit changer de candidat parce que l’autre est déjà battu d’avance ?

Bref, comme nous l’avons toujours écrit, avec cette opposition, Roch Kaboré et le MPP n’ont pas de souci à se faire. Elle ne fait pas le poids et manque cruellement de stratégie et d’offre alternative. Leurs boxeurs vont encore nous traiter de tous les noms d’oiseaux. Car ici, les tenants du pouvoir acceptent plus la critique que les opposants qui savent tout et ont toujours raison. Mais la réalité est là. Même en politique, il y a un minimum  de bon sens et de forme qu’il  faut mettre dans la communication, surtout lorsqu’on s’adresse à une opinion que l’on est censé chercher à convaincre.

Le vrai problème du chef de file de l’opposition, c’est de vouloir faire croire à tous les responsables de partis membres qu’ils peuvent tous en être des porte-paroles. Finalement, à l’image des conférences de presse du gouvernement, celles de l’opposition manquent parfois d’intérêts, tant elles tournent parfois à la comédie politique.

B.O

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Candidature du CDP à la présidentielle: Blaise Compaoré convoque Eddie à Abidjan

Lors de son dernier congrès extraordinaire convoqué pour lever les sanctions contre certains militants sur injonction de Blaise Compaoré, il est ressorti que le CDP devrait désigner son candidat pour la présidentielle avant la fin du mois de janvier 2020. Mais jusqu’à l’heure où nous bouclions ces lignes, le CDP n’a officiellement pas choisi son candidat, même si son président, Eddie Komboïgo, est présenté par certains comme le candidat naturel mais contesté par d’autres. Il nous revient que le parti attendait les directives de son fondateur, Blaise Compaoré. Selon des sources dignes de foi, cette attente ne durera plus longtemps encore. Blaise Compaoré aurait promis de réagir au plus tard le 26 février.

Les mêmes sources nous apprennent que le président du CDP,  Eddie Komboïgo,  est convoqué, pardon,  invité par Blaise Compaoré  à Abidjan, à cette période, pour recevoir lesdites directives. Que décidera Blaise Compaoré ? La réponse dans nos prochaines éditions. Mais tout porte à croire que, même tout-puissant fondateur, ses marges de manœuvre sont limitées. Il ne pourrait que suivre les prescriptions des statuts et règlement intérieur du parti qui prévoient que le candidat à la présidentielle soit un militant actif et dévoué. Ce qui exclut d’office Kadré Désiré Ouédraogo que soutiennent ouvertement certains militants.

Même si Blaise Compaoré a donc d’autres choix qu’Eddie Komboïgo, il serait contraint de laisser jouer la démocratie interne. L’on pourrait donc assister à des annonces de plusieurs candidats à la candidature et l’on passera par des sortes de primaires pour les départager. En tous les cas, il nous revient que quelle que soit la décision de Blaise Compaoré, Eddie Komboïgo posera sa candidature et se soumettra à des primaires s’il le faut.

B.O

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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