GREVE DES CHAUFFEURS ROUTIERS : Le gouvernement toujours sans autorité!

Le dernier mouvement d’humeur des chauffeurs routiers ayant consisté en un blocus des différentes voies d’accès et de sortie des principales villes et ayant mis à mal plusieurs jours durant l’économie nationale a encore mis à nu l’inconséquence du gouvernement. Après de longues négociations et autres tractations nocturnes, le gouvernement n’a trouvé comme solution pour sortir de cette crise que la suspension temporaire des activités des deux structures des transporteurs en confrontation. Si cette façon de renvoyer dos à dos les deux protagonistes a permis de conjurer momentanément cette crise en attendant le prochain saute d’humeur, cela cache mal un manque criard de rigueur du gouvernement vis-à-vis des fauteurs de troubles. Et c’est peu dire.

La chronologie des évènements du début à la fin de cette crise permet de cerner ce qu’il est convenu d’appeler inconséquence du gouvernement. Tout est parti d’une lettre du président de l’OTRAF (Organisation des transporteurs routiers du Faso), en date du 16 août 2018, adressée à son homologue de l’UCRB (Union des chauffeurs routiers du Burkina). Selon les témoignages, cette lettre portant en objet «Remplacement d’un membre au poste de contrôle de mixte route de Pô» constitue le casus belli qui a déclenché la furia des chauffeurs pour qu’ils aillent bloquer les routes.

Dans  cette lettre en effet, le président de l’OTRAF interpellait son homologue sur un acte jugé indélicat de la part d’un membre de l’UCRB à l’encontre d’un membre de l’OTRAF. Un acte ayant donné lieu à des rixes sur la route. Il a écrit ceci : «Monsieur le président, le compte rendu nous a été fait sur le comportement indélicat et indécent de votre membre… ». C’est ce passage de la lettre qui aurait mis le feu aux poudres. Pour  les chauffeurs, le président de l’OTRAF les aurait insultés. Très vite, la rumeur se répand dans les rangs des chauffeurs : le président de  l’OTRAF aurait traité les chauffeurs de «délinquants ». La tension monte très vite. Les chauffeurs menacent d’aller en grève pour protester contre cet affront.

Du côté de l’OTRAF, on a beau expliquer que le président n’a jamais évoqué le mot délinquant dans sa correspondance, rien n’y fait. Les chauffeurs exigent sa tête. Sans attendre un mot d’ordre de leur syndicat, les plus intrépides lancent un mouvement spontané. Ils bloquent les voies avec les gros engins.

Lorsqu’une délégation gouvernementale conduite par le ministre en charge des transports reçoit les deux camps pour des négociations, en vue d’une sortie de crise, le 27 août, il ressort que les responsables de l’organisation des chauffeurs ne se reconnaissent pas dans la manifestation en cours qui serait, disent-ils, le fait d’éléments incontrôlés agissant en dehors de leur structure. A l’occasion, le gouvernement ne manque pas de taper du poing sur la table. Le caractère illégal du mouvement a été pointé avant que les uns et les autres ne s’accordent sur le fait que les chauffeurs doivent mettre fin sans délai à leur manifestation, avant que l’on ne se retrouve plus tard pour trouver des solutions aux autres problèmes posés.

Les responsables  de l’UCRB auraient pris la responsabilité d’aller faire entendre raison à leurs camarades afin que les voies soient libérées. Malheureusement, sur le terrain, leur voix n’aura d’écho favorable au sein des manifestants qui refusent catégoriquement d’obtempérer tant qu’ils n’ont  pas la tête du président de l’OTRAF, comme exigé dès le départ.

Le gouvernement est informé de cette situation. Comme pris dans une panique, le gouvernement décide de faire pression sur le président de l’OTRAF afin qu’il démissionne effectivement pour retrouver la paix. Une réunion aurait été tenue nuitamment par trois hauts dignitaires du pouvoir avec le président de l’OTRAF pour le convaincre de démissionner.

Au bout des longues tractations,  l’intéressé aurait cédé aux environs de 3 heures du matin. Il accepte de démissionner. Dès le lendemain matin effectivement, il convoque ses camarades du bureau de l’OTRAF et leur annonce sa décision de démissionner. Niet. Lui rétorquent ses camarades. Tu ne démissionneras jamais. Au grand jamais, les chauffeurs ne peuvent pas avoir la tête de leur président de la sorte. Martèlent-ils à l’unisson. Et voilà, le blocage est total. Le gouvernement est encore informé. Que faire? C’est là que le Premier ministre rentre dans la danse. Les deux camps sont reçus à la Primature. La solution trouvée est la suspension des deux structures. Et voilà, on refuse d’affronter le problème de façon rigoureuse, on a préféré le déplacer ou le différer. Et pour combien de temps ? Qui vivra verra certainement.

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