HABITANTS DE LA CITE DE L’AVENIR CONTRE CNSS : La Présidence du Faso dit niet au changement des contrats

Construites en 1989 par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), les villas de la cité de l’Avenir sont toujours en location. Après trente ans de location, les habitants veulent eux aussi devenir propriétaires de ces maisons comme les résidents d’autres cités construites par l’Etat. Des démarches ont été entreprises par les résidents pour la modification des contrats qui les lient à la CNSS afin qu’ils deviennent un jour propriétaires. Au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), il n’en est pas question : le régime d’occupation paraphé par les occupants à leur entrée est clair. Il n’est point question de devenir propriétaire. La Présidence du Faso a aussi été sollicitée…

A l’avènement de la Révolution d’août 1983, le Conseil national de la révolution (CNR), dans sa politique de logement, avait lancé la construction de logements pour tous les Burkinabè. Pour la circonstance, des slogans tels que «un ménage, un toit», «un logement pour chaque Burkinabè» avaient vu le jour. Ainsi, à partir de 1984, ont été construites les cités du 4-Août, AN II, AN III, An IV A et B. Dès 1986, était lancée la construction de la cité 1200 Logements devenue effective en 1988. En 1990, il y a eu la cité Songtaaba, d’autres cités avaient été construites à travers le pays.

C’est dans le même but d’aider les Burkinabè à se loger que fut construite la cité de l’Avenir, sise au quartier Bendogo, par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Elle fut achevée en 1988 et mise en location. La plupart de ses maisons ont été occupées par des familles entières depuis lors. Elles y ont construit leur vie et forment presqu’une même famille. La plupart des chefs de ménage de cette cité sont tous aujourd’hui à la retraite. Les locataires de la cité de l’Avenir, conformément à l’esprit qui a sous-tendu la construction des cités à l’époque, croyaient qu’ils deviendront propriétaires au terme d’un remboursement intégral du coût de leur logement estimé sur une période de quinze ans comme les locataires des autres cités. Mais trente ans après, ils se rendent à l’évidence et constatent qu’ils ne sont toujours pas propriétaires de ces maisons et risquent de ne pas l’être.

Pourtant, les locataires des autres cités sont aujourd’hui propriétaires des maisons qu’ils ont louées. Ils vont alors entreprendre des démarches pour comprendre leur situation. Des démarches entreprises auprès de la CNSS n’ayant visiblement pas abouti, les résidents de la cité, tous regroupés dans un collectif, décident de mener la lutte de façon groupée.

Le Présidence du Faso sollicitée !

C’est ainsi qu’une correspondance en date du 29 juillet 2019, écrite par le collectif des résidents, a été adressée au président du Faso. En substance, ces locataires demandaient au président du Faso son implication pour des changements dans les contrats qui les lient à la CNSS afin qu’ils deviennent eux aussi propriétaires des logements dans l’esprit d’autres cités. Et si les locataires de ces cités sont aujourd’hui propriétaires des logements, eux aussi devraient en être dans la même situation. De plus, ils soutiennent qu’il existerait des cités qui ont été construites par la CNSS et qui ont été cédées par la suite aux locataires. Pourquoi pas eux ?

Par lettre datée du 24 octobre 2019, la Présidence du Faso répond aux locataires. C’est le directeur de Cabinet qui a signé la missive présidentielle. En guise de réponse donc, la Présidence du Faso soutient, en substance, que la CNSS «au regard de sa mission, a pour principe la mise en œuvre de contrat de bail pour une location simple d’infrastructures immobilières, soit à usage d’habitation, soit à usage professionnel.» Ce serait dans cette logique que se trouvent les villas de la cité de l’Avenir. Alors, c’est niet, à en croire la réponse du directeur de Cabinet au collectif des résidents. Au niveau de la CNSS, c’est le même argument qui est avancé. La Direction de l’équipement et des services généraux de la Caisse soutient que les contrats qui ont été signés avec les locataires sont uniquement des contrats de location simple et que la CNSS n’est pas une société immobilière. Elle explique que la construction de ces cités entre dans le cadre de sa politique d’investissement.

Les locataires bottent en touche les arguments avancés par la CNSS. Pour eux, c’était plutôt l’esprit de la location-vente qui les avait motivés à s’intéresser à ces logements en son temps. C’était alors avec une désagréable surprise qu’ils ont vu présenter par la CNSS des contrats de location simple. Ils ont alors paraphé les contrats avec un pincement au cœur et avec l’espoir de rentrer un jour en possession des maisons qu’ils occupent.

A propos d’autres cités qui auraient été construites par la CNSS et cédées par la suite aux occupants à Bobo-Dioulasso, la CNSS explique qu’: « il n’existe pas de cités construites par la CNSS sur un contrat location-vente. Elle précise que la seule cité construite par la CNSS mise en vente l’a été dans le cadre de la CAN 98, où le pays était confronté à un déficit d’infrastructures devant abriter l’évènement. Le gouvernement a demandé l‘accompagnement de la CNSS pour la construction de logements». Selon eux, c’est ainsi que la cité de la CAN 98 fut construite et les maisons vendues aux enchères juste après la CAN 98. Des archives consultées font cas pourtant de logements construits par la CNSS à la cité AN III et à la cité AN IV. Ces locataires sont-ils aujourd’hui propriétaires de ces logements ? La CNSS soutient que ces occupants sont également en location. Dans tous les cas, les résidents de la cité de l’Avenir espèrent fortement avoir gain de cause dans leurs différentes démarches, en vue d’être propriétaires de ces logements un jour.

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Le cas des cheminots

En dehors de la situation de ces résidents, il y a aussi des cas spécifiques. En effet, des cheminots burkinabè de la régie Abidjan-Niger (ex-RAN) qui travaillaient à Abidjan, en République ivoirienne, victimes de la gestion séparée, étaient obligés de rentrer au bercail. Dans le cadre de la même politique de logement menée sous la Révolution, pour leur faciliter l’accès au logement, ces cheminots avaient été affectés dans les différentes cités. C’est ainsi que certains cheminots ont été affectés à la cité An IV, certains à la cité 1200 logements et d’autres à la cité de l’Avenir. Il se trouve aujourd’hui que tous les cheminots affectés à la cité An IV et à la cité 1200 logements sont propriétaires de ces maisons, tandis que trente ans après, ceux de la cité de l’Avenir sont toujours en location.

SO

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Salifou OUEDRAOGO
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