IMPORTATION DE JUMBO AU BURKINA: Encore OBOUF

Ces derniers temps à Ouagadougou, ils sont nombreux les opérateurs économiques qui n’ont pas le sommeil tranquille. Leurs produits d’importation font l’objet d’intempestives saisies. Si ce ne sont pas les saisies, ce sont les interdictions à peine voilées d’importation. Ceux qui évoluent dans l’importation et la commercialisation des bouillons de marque JUMBO sont ceux qui vivent ce calvaire. Ils font face à une prétendue « exclusivité » dont jouirait la société COGFA SA. Cette société serait à l’origine de leurs cauchemars dans le silence presque du ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat (MICA). Comment tout cela se passe ? Dans cette affaire, il y a COGFA SA de l’homme d’affaires Boureima
Ouedraogo alias OBOUF, et les autres ? L’homme nie mais les faits parlent.

Le milieu des commerçants commence à bouillonner autour d’une affaire de bouillons de marque Jumbo. Selon les informations, ils sont un certain nombre de commerçants qui n’économisent plus les récriminations face à une situation qu’ils estiment injuste. Au constat, les importations de bouillons de marque Jumbo de certains commerçants font l’objet de multiples et d’incessants contrôles de la part de forces de contrôle aussi bien à l’intérieur qu’aux frontières. Cette situation a fini par laisser perplexes les commerçants qui ne se retiennent plus. Les cas ne cessent de se multiplier. En mars 2020, Rachid Karenga importe des bouillons de marque Jumbo. Au poste de contrôle, la brigade de prévention routière de la gendarmerie de Fada stoppe la marchandise, les bouillons de jumbo. La brigade demande à voir la marchandise. Le constat fait, il s’agit de bouillons de jumbo.

C’est une saisie qui va s’opérer sur-le-champ. Le prétexte est que lesdits produits ne doivent pas entrer sur le territoire burkinabè : l’importateur
Rachid n’en aurait pas le droit. Mais les forces de l’ordre sur place vont avoir des comportements curieux. Selon les informations, dès qu’ils ont pu savoir ce que contenait le camion, ils se sont mis à effectuer des coups de fil. L’un de ces coups de fil est en direction d’un concurrent de l’importateur, ce concurrent ayant une succursale à Koupéla. En réalité, les agents de contrôle ont informé le bureau de Boureima Ouédraogo alias OBOUF de Koupéla de l’entrée de bouillons Jumbo. C’est le début de toute une affaire. Pendant trois jours, le camion est bloqué au poste de contrôle. Très vite, l’information parvient au ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat. Il est alors reproché à l’importateur Rachid de n’avoir pas de rapport d’analyse du Laboratoire national de santé publique. Un prélèvement sera alors fait pour les analyses. Le résultat ne révèle rien de grave pour la consommation. C’est « ok », dira-t-on. Mais le commerçant n’est pas pour autant tiré d’affaire.

L’incompréhensible amende de 25.000.000 FCFA

En plus de la saisie, l’entreprise de Rachid va subir une sanction. La Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF) du ministère du Commerce lui inflige une amende. Il lui est collé deux infractions. La première concerne « une atteinte à la sécurité du consommateur. La seconde est relative à une pratique de fraude, à savoir une importation sans titre de 1600 cartons de bouillons de cube maggi Jumbo. Il devra payer la somme de 25.000.000 FCFA. Le commerçant ne s’en revient pas. Mieux, il ne se rendait pas compte qu’il entrait ainsi dans un cycle de répression sans merci contre son activité.

Cependant, la Brigade mobile de contrôle économique du ministère entame une procédure de transaction afin d’éviter des poursuites judiciaires au commerçant s’il consentait à payer les 25.000.000 FCFA. Rachid est acculé. Nous sommes en juillet 2020 et cela faisait quatre mois que sa marchandise traîne dans la nature et dans une période de pluies. Il entre en négociation pour amoindrir la sentence financière. Finalement, les deux parties tombent d’accord pour le paiement de 10.000.000 FCFA. Le commerçant s’exécute. Il a peut-être pu sauver ses bouillons, non sans conséquences. Mais il n’était pas au bout de sa souffrance.

Une autre saisie pour quoi ?

Evoluant dans le secteur, il ne pouvait s’empêcher de continuer ses activités. Il entame une autre opération d’importation des mêmes bouillons. Pensant que son souci était lié à l’absence de la pièce du Laboratoire national de santé publique (LBNSP), il va prendre toutes les précautions cette fois-ci afin de ne pas tomber sous le coup de ce qui lui était indirectement reproché par le concurrent. Pour ce faire, il entre en contact avec le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (MICA), la Chambre de commerce, d’industrie et de l’artisanat du Burkina Faso (CCIA-BF) et la structure nationale en charge de la concurrence. La procédure d’importation des bouillons lui est expliquée. Il peut bien évidemment importer les bouillons, car rien ne l’en empêche. Cependant, il devra tout de même se munir d’une déclaration préalable d’importation (DPI) et de ses attestations d’importation. Que lui reste-t-il ? Visiblement rien.

En début octobre 2020, le même importateur a ses marchandises en route pour Ouagadougou . Malheureusement, la marchandise va subir le même
sort. Elle est à nouveau saisie à Koupéla par la Brigade mobile des Douanes de Tenkodogo. Et comme en mars 2020, l’information est portée par une tierce personne à l’entreprise COGFA SA de Boureima Ouédraogo. Suivra une plainte de la société devant le Procureur près le Tribunal de Grande
instance (TGI) de Tenkodogo. Pour donner suite, le Procureur demande à la
Brigade mobile de Tenkodogo de prendre des mesures conservatoires en maintenant le véhicule ainsi que son chargement puis de le remettre à la Justice pour les besoins d’une enquête ouverte en son sein.

Il n’en fallait pas plus pour que l’importateur entre dans une colère indescriptible. Selon nos informations, l’entreprise de OBOUF prétend avoir une exclusivité dans le commerce des bouillons Jumbo au Burkina Faso, ce qui lui permettrait d’être unique commerçant. Nous avons voulu en savoir
davantage avec le ministère du Commerce. Mais notre correspondance est toujours sans réponse. Cependant, selon certaines sources, des experts en matière de commerce estiment que depuis l’adoption de la loi 2017 sur la concurrence, il n’existe plus d’exclusivité, puisque toute exclusivité s’apparenterait à du monopole. Ce qui, du reste, est inconcevable dans l’état actuel des textes.

Contacté afin de comprendre cette situation, le principal indexé, Boureima Ouédraogo dit OBOUF, estime que les commerçants ne comprennent pas le fonctionnement de l’activité et que ces derniers font du bruit pour rien. En
plus, il a promis de nous recevoir pour expliquer. Jusque-là, ce n’est pas encore chose faite. Aussi, au niveau de la structure nationale en charge de la concurrence, des informations font état de ce que le dossier est déjà sur la table. Là, les responsables de la boîte ne comprennent pas le comportement de COGFA SA de Boureima Ouédraogo. Il n’est pas exclu que des actions soient engagées contre ce dernier. En attendant, les bouillons sont toujours dans la nature. Pour combien de temps encore ? Affaire à suivre !

Aimé NABALOUM
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