INFRASTRUCTURES HALIEUTIQUES : Des millions FCFA investis sans résultats

Le domaine des ressources halieutiques est, de plus en plus, bénéficiaire de projets et programmes, l’objectif étant de contribuer à la mise en œuvre de la politique nationale en la matière. Mais bon nombre d’infrastructures réalisées ne sont pas fonctionnelles alors qu’elles ont englouti des centaines de millions FCFA. Du Projet de développement rural intégré (PDRI) du Plateau central en passant par le Programme de renforcement de la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P1-P2RS) et le Projet d’amélioration de la productivité agricole et de la sécurité alimentaire (PAPSA), l’on apprend que des réalisations sont restées inachevées et parfois avec des défaillances incompréhensibles. Certains travaux de réalisation d’infrastructures se retrouvent aujourd’hui dans une impasse. Comment est-on arrivé à cette situation ?

Le cas le plus illustratif de cette utilisation approximative des ressources publiques est sans conteste, le projet de réhabilitation d’étangs sur la station piscicole de Ziga, Commune de Nagréongo, dans la région du Plateau central. Le Projet de développement rural intégré du Plateau central (PDRI) s’est négativement signalé par une activité la réhabilitation de 38 étangs. Il s’agissait essentiellement de la réhabilitation de vieux étangs pour leur permettre de fonctionner. Des travaux dits de réhabilitation y ont donc été réalisés. Mais après des investissements estimés à plus de 25 millions, ces 38 étangs n’ont jamais pu contenir l’eau et sont demeurés jusqu’à ce jour inexploitables pour toute activité halieutique. Une tentative de réception a même été freinée par le représentant de la Direction générale des Ressources halieutiques (DGRH). Après constat de l’état des travaux réalisés sur le terrain, elle a refusé de signer le PV de réception.

A ce qui se dit, les étangs sont généralement réceptionnés en étant remplis d’eau, alors que dans cette situation, ce n’était pas le cas. Ces étangs, après leur supposée réhabilitation, ne pouvaient avoir de l’eau. La nouvelle motopompe installée par le projet n’avait pas la capacité de remplir ces étangs d’eau. Et pourtant, selon le coordonnateur, Kam David Diéwigo Dimitri, il y a eu une étude préalable avant la réhabilitation des étangs. Pour se dédouaner face à toutes ces incompréhensions, il fait remarquer que c’est après les travaux de réhabilitation qu’ils se sont rendu compte que le problème des étangs était moins les fissures que leur remplissage. Pour lui, même si la réparation des fissures permet d’éviter l’infiltration d’eau dans les étangs, le système de remplissage n’a pas été prévu; et la motopompe installée par le projet ne pouvait pas assurer ce remplissage des étangs, si ce n’est faire des compléments par moments.

De l’avis du coordonnateur, l’emplacement des étangs n’était pas bon. Si le projet avait préalablement connaissance de cette situation, il ne s’y engagerait pas, ajoute-il. Tout se passe comme s’il n’y a pas eu une étude conséquente avant d’engager l’activité. Pourquoi malgré la difficulté technique apparente, le projet a réalisé ces travaux ? Pour Kam David Diéwigo Dimitri, ce qui était demandé au projet était la réhabilitation des étangs et l’entreprise commise à cette tâche a fait ce qui lui était demandé. Dans une lettre en date du 22 octobre 2018 adressée au Directeur général, dont nous avons obtenu une copie, il soutient que le réseau de distribution n’a pas été intégré dans le dossier d’appel d’offres, parce que, dit-il, il lui avait été signalé en son temps que le réseau était enterré et fonctionnel et cette situation s’est avérée inexacte lors du test de remplissage.

A en croire ce dernier, la mission de contrôle a même procédé à la réception technique des travaux avant qu’une Commission interministérielle ne procède à la réception définitive. Cependant, il convient de noter que la Direction des Ressources halieutiques a refusé de signer le PV de réception et rejette ces travaux. Le Directeur général des Ressources halieutiques, Henri Zerbo, persiste et signe, aucun agent de cette Direction n’a signé le PV de réception. Comment donc cette Commission interministérielle a-t-elle pu procéder à la réception des travaux de réhabilitation. Selon certaines informations, une personne aurait signé pour le compte de la DGRH afin que le projet puisse procéder aux différents paiements. Qui est donc cette personne ? A-t-on réellement signé à la place de la DGRH ?

A noter que le projet est fini en 2019 et plus de 25 millions ont été injectés dans le vent. D’autres projets sont également dans le tâtonnement avec des centaines de millions.

P1P2RS vers l’inconnue ?

Le Projet 1 du programme de renforcement de la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P1-P2RS), conduit sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et financé par un don et un prêt du Fonds africain de développement (FAD), fait parler de lui, non seulement dans la réalisation d’une écloserie moderne à Ziga, mais aussi et surtout la réalisation de l’écloserie de Niassan, Commune de Di, dans la région de la Boucle du Mouhoun.

Pour ces deux écloseries, il ressort que les études de faisabilité ont été réalisées par la Direction générale des Ressources halieutiques du ministère des Ressources animales et halieutiques et c’est conformément à ces études que les travaux seront réalisés. Mais rien de bon ne sortira. Lancés depuis 2018 pour 4 mois de inadaptation des travaux prévus dans le dossier technique du marché avec le sol du site. Les études de faisabilité ne correspondent pas à la réalité du terrain. Selon le Directeur général, Henry Zerbo, le programme n’avait pas beaucoup de ressources pour consacrer à l’étude de faisabilité et c’est pourquoi ils sont passés par la DGRH. Selon certaines langues, ces études, remises en cause, auraient coûté environ 60 millions FCFA au programme.

Toujours est-il que cette Commission de pré-réception va recommander au projet d’adapter les travaux à la qualité du sol et corriger les insuffisances du dossier technique. Pour ce faire, l’entreprise PHOENIX SARL doit non seulement reprendre les travaux conformément au dossier technique qui devra être impérativement révisé, mais aussi corriger les différentes insuffisances. Nous étions en mars 2019. Plus d’une année après, le coordonnateur du P1P2RS, Gampiné Daniel, nous apprend que les travaux sont en cours. Il n’a pas manqué de pointer un doigt accusateur sur les études de faisabilité réalisées avant les travaux. Ce qui a conduit à des avenants qu’il dit sans incidence financière sur le marché d’écloserie de Niassan pour pouvoir reprendre les travaux.

Aussi, dit-il, la construction des deux écloseries est assez avancée. Pratiquement deux années après, les chantiers sont toujours en cours avec les mêmes entreprises. A ce rythme, il faut craindre que le projet ne laisse à la fin, des ouvrages inachevés.

Le PAPSA avec ses gênantes infrastructures inachevées

Dans le volet halieutique, le projet comportait la réalisation d’une nouvelle station piscicole à Dori (au Barrage de Yakouta) qui devrait voir le jour dans le cadre du PAPSA. 6 mois, c’est le délai donné aux différentes entreprises pour fournir une nouvelle station clés en main, mais le projet va refermer ses portes en 2019 sans atteindre ce résultat. Suite à un appel d’offres lancé par la Direction des marchés publics du ministère des Ressources animales et halieutiques, trois entreprises ont été alors sélectionnées pour la mission. L’entreprise 3C, bénéficiaire du lot 1, était chargée de construire les étangs pour un montant de 359 626 141 F TTC. L’entreprise Afriq Génie avait pour  mission de faire les bâtiments de la station pour un montant de 52 884 216 F TTC. Le lot 2 est revenu à l’entreprise GEFRAB, chargée de faire le réseau d’adduction d’eau pour un montant de 69 900 000 FCFA TTC. Si la construction des bâtiments et du réseau d’adduction d’eau s’exécutera avec moins de difficultés, la réalisation des étangs a connu toutes sortes de souffrances. A en croire l’équipe de coordination du projet, l’entreprise 3C a connu des difficultés à telle enseigne que le projet a procédé à la résiliation du contrat de prestation. Elle aurait clandestinement sous-traité le marché.

Toujours est-il que le projet va résilier le marché avec cette entreprise pour le relancer après pratiquement une année. Une autre entreprise a été recrutée suite à un appel d’offres accéléré pour la construction des étangs. Mais cette dernière non plus n’a pu construire les étangs dans les délais et ce, jusqu’à la date de clôture du projet en 2019. Pour la coordonnatrice, Dr Séraphine Ouédraogo, le projet a pris toutes les dispositions pour que l’infrastructure soit réalisée. La Banque mondiale a débloqué les fonds mais les entreprises n’ont pas pu exécuter le marché dans le délai. «C’est dommage que par la faute d’une entreprise, une infrastructure aussi importante pour les populations ne puisse pas être inaugurée», déplore-t-elle.

Si l’on n’y prend garde, les infrastructures déjà construites seront dégradées du fait du manque d’entretien. Mais la DGRH rassure que des négociations sont en cours avec le ministère de l’Agriculture pour qu’il puisse terminer le projet.

Dans le même registre, les travaux de réhabilitation de la station de Bazèga, conduits par le programme PAPSA, piétinent également. La Direction des marchés publics (DMP) du ministère de Ressources animales et halieutiques a été chargée de piloter le processus de recrutement des prestataires. Trois entreprises ont été recrutées pour exécuter les travaux subdivisés en trois lots : le lot 1 pour la réalisation des bâtiments pour un montant de 64 900 000 FCFA attribué à Pressinex Someta ; le lot 2 est revenu au groupement d’entreprises Cento-Fimab pour un montant de 21 352 100 FCFA. Le même groupement, attributaire du lot 3, est à charge la réhabilitation des étangs pour un montant de 399 602 032 FCFA. Malgré tous ces investissements, cette station est restée inachevée jusqu’à la fin du PAPSA.

Il se dit aussi que le Projet d’appui au développement du secteur de l’élevage au Burkina Faso (PADEL-B), un autre projet en cours, veut mobiliser les ressources pour pouvoir achever les travaux. Là encore, des études seront réalisées à coups de millions avant l’achèvement des travaux, alors que le PAPSA avait procédé à une étude  d’actualisation pour la réhabilitation.

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Simplice Zongo
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