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PRESIDENTIELLE ET LEGISLATIVES DU 22 NOVEMBRE : Tous aux urnes, morts ou vifs !

«La patrie ou la mort, nous voterons» ! Cette formule bien à propos de Dr Ra-Sablga Ouédraogo, Directeur exécutif de l’institut Free Afrik, est assez illustrative de l’attitude des acteurs de la vie sociopolitique dans ce contexte préélectoral au Burkina Faso. Les politiciens sont décidés à aller aux élections et rien, absolument rien ne peut les arrêter. Mais il n’y a pas que les politiques qui sont allergiques à toute réflexion allant dans le sens inverse. Les levers de boucliers consécutifs à la recommandation du rapport de l’Assemblée nationale démontrent à souhait ce fétichisme du calendrier électoral. En avant donc pour les élections ! Non au Lenga (bonus) pour les députés ! Tous aux urnes le 22 novembre prochain pour choisir le futur président du Faso et les futurs locataires de l’hémicycle. Qu’il pleuve ou qu’il neige. Pourvu que le Burkina en sorte débout et indemne.

Le lundi 6 juillet 2020 à l’Assemblée nationale, 107 députés sur 127 réunis en plénière, ont adopté, à l’unanimité, dit-on, le rapport de la mission du président de l’institution dans 5 régions du Burkina Faso (durement éprouvées par les attaques et les menaces terroristes). Le lendemain mardi 7 juillet, tous les groupes parlementaires ont accompagné le président de l’Assemblée pour aller remettre le rapport au président du Faso. Ce rapport rend compte de la mission du chef du Parlement, Bala Alassane Sakandé, et fait 19 recommandations, dont l’une portait sur le découplage des élections du 22 novembre en vue d’un décalage des législatives d’un an pour les coupler avec les municipales.

Venant donc des députés, une telle recommandation est logiquement suspecte aux yeux de bien de leurs compatriotes. C’est donc légitimement qu’un bon nombre d’entre eux ont vigoureusement réagi sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette volonté déguisée des élus nationaux de prolonger leur mandat d’un an au prétexte de l’insécurité qui, en l’état actuel de la situation sur le terrain, rendrait pratiquement impossible le pourvoi de 52 des 127 sièges que compte le Parlement. La fatwa contre Bala Sakandé et ses collègues n’a donc pas surpris les observateurs avertis de la scène politique burkinabè, tant l’opinion nationale est plus que réfractaire à toute tentative de se maintenir au pouvoir au-delà des limites du mandat, même si cela est permis aux termes de la Constitution.

Blaise Compaoré en sait quelque chose. Pour s’être entêté à s’accrocher au pouvoir, il a dû fuir Ouagadougou en plein midi pour se refugier en belle famille, du côté de la Côte d’Ivoire. Des voix, dont certaines viennent même du Congrès pour la  démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré, se sont élevées pour demander aux députés de ne pas avoir la mémoire courte. Les députés ont donc vu leur recommandation et probablement leur rêve d’une année supplémentaire de leur mandat s’éloigner comme cet horizon qui s’éloigne quand on s’y approche, si tant est qu’il s’agissait plus d’intérêt personnel que d’un constat des réalités du terrain et de leurs conséquences.

Que s’est-il passé entre les députés et leurs partis politiques ?

Mais dans le fond, moins que les réactions populaires, c’est celle des acteurs politiques, opposition comme majorité, qui intrigue dans cette affaire. En effet, les députés présents à la plénière qui a adopté le rapport sont presque tous issus des mêmes partis politiques se réclamant aussi bien de la majorité que de l’opposition réunie autour de son chef de file. Alors, faut-il croire que les députés ont-ils adopté le rapport de leur président sans se référer préalablement à l’appréciation de leurs partis politiques et leurs leaders ? Tout porte à le croire. Mais pourquoi ont-ils adopté un rapport dont l’une des recommandations propose une remise en cause d’un accord politique, à savoir le respect strict du calendrier électoral, tel que voulu par le dialogue politique de 2019 ?

Les réactions vigoureuses des dirigeants des partis politiques tant de la majorité que de l’opposition montrent bien qu’il n’y a pas eu de débats internes au niveau des partis politiques sur la question. Tout le monde semble avoir été pris de court. Mais moins que des positions sur ledit rapport, c’est surtout l’absence de débats internes aux partis politiques sur le fait que certains de leurs élus ne peuvent plus regagner leur fief électoral depuis près de deux ans qui pose sérieusement des problèmes. Comment se fait-il que ce soit le rapport de mission du président de l’Assemblée nationale qui met au grand jour cet impossible retour au village pour des députés ?

Ces difficultés des élus à regagner leurs bases, même en période hors campagnes ne sont-elles pas des préoccupations pour les partis politiques ? Les partis politiques ont-ils réfléchi aux stratégies de déploiement de leurs candidats sur le terrain lors des prochaines campagnes électorales ? Ont-ils des garanties de leur sécurité ? Autant de questions sans réponse. Mais ce n’est pas surprenant.

Dans la plupart des partis politiques, il y a très peu de débats de fond. Seuls comptent les saupoudrages, le culte de la personnalité pour flatter les égos des leaders, les élections et autres opportunités d’accès à des postes de responsabilités ou des rentes économiques, etc. Toujours est-il qu’aucun parti politique n’a voulu de débats de fond ni en interne ni avec les autres acteurs sur ledit rapport, son contenu, sa qualité et la pertinence de ses recommandations dans leur ensemble. Or, on aurait pu peut-être y trouver des arguments de rejet de bien des recommandations, y compris celle relative au découplage des élections du 22 novembre. Des débats contradictoires et démocratiques auraient triomphé l’élégance et la maturité politique des acteurs. Mais hélas ! L’on s’est engouffré comme d’habitude dans ce cirque où les politiques ont encore étalé leur extraordinaire talent et insouciance.

L’extraordinaire et suspecte célérité du Président Kaboré

L’autre intrigue dans la gestion de cette affaire, c’est l’extraordinaire célérité avec laquelle le président du Faso (d’habitude trop attentiste) et le gouvernement ont géré le dossier. En effet, dès le lendemain de la réception du rapport, le président du Faso a convoqué le  coordonnateur de sa majorité, Simon Compaoré, et le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, pour transmettre le rapport de l’Assemblée. Et le lendemain, le comité de suivi des conclusions du dialogue politique s’est réuni autour du ministre en charge des processus électoraux, le ministre de l’Administration territoriale, Siméon Sawadogo. La décision est sans appel : pas question de toucher à l’agenda électoral.

L’opposition reste ferme sur sa position lors de l’accord politique. Aucun découplage des législatives avec la présidentielle ne peut être accepté. Comme nous l’avons écrit dans notre édition N° 267 du 1er au 15 août 2019, les politiciens veulent «des élections à tout prix». Peu importe ce qui adviendra. En soixante douze heures, ils ont réussi à renvoyer aux calendes grecques le rapport de Bala Sakandé.

Comme si cela ne suffisait pas, ils ont même diabolisé toute idée de report des élections. En effet, à la tribune du congrès d’investiture du Président Kaboré pour son deuxième mandat par le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le président de ce parti a été on ne peut plus clair : «À tous ceux qui ont des agendas cachés appelant au report des élections, que le Tout-Puissant enlève cette vision diabolique en eux…» (Simon Compaoré, président du MPP, discours d’ouverture au congrès d’investiture – 11 juillet  2020).

Bien des Burkinabè ont vu dans cette sortie de Simon Compaoré un coup de massue sur la tête de Bala Sakandé. Mais la main sur le cœur, Simon Compaoré, dans l’émission « Sur la brèche » de la RTB, le dimanche 12 juillet, affirme : «Lorsque je faisais cette citation, il ne s’agissait pas des députés, non, ceux qui ont compris ça sont totalement dans l’erreur. Moi, je faisais allusion à certaines personnes ou certaines personnalités qui sont de l’opposition, «l’opposition non affiliée ?», et qui font tout pour que l’élection n’ait pas lieu et qu’on passe à une transition de trois ans.»

Il a peut-être raison. Mais pour beaucoup, y compris dans les rangs du MPP, cette « frappe chirurgicale » pour emprunter les termes de Bassolma Bazié, le patron de la CGT-B (Confédération générale du travail du Burkina), n’avait de cible que Bala Sakandé. Dans tous les cas, pour Simon Compaoré, l’idée du report des élections est diabolique.

Vox pupuli, vox dei ?

Depuis bientôt deux ans, nous n’avons eu de cesse d’interpeller les acteurs, en l’occurrence les gouvernants sur les menaces qui pèsent sur le processus électoral, au regard de la situation sécuritaire. Dans notre édition N°263 du 1er au 15 juin 2019, nous interpellions même le président du Faso sur l’impératif de mobiliser la communauté nationale afin de restaurer l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, avant la mise en branle du processus électoral. Nous lui suggérions même de renoncer au second mandat, même s’il faut négocier une rallonge du premier afin de concentrer toutes les énergies à la lutte contre l’hydre du terrorisme. Comme l’a si bien précisé Ra-Sablga Ouédraogo dans sa tribune du 20 juin publiée sur le site de L’Observateur Paalga : « Il ne s’agit pas de nier l’importance des élections. Il ne s’agit pas non plus d’apporter de l’eau au moulin des tard-venus qui découvrent les problèmes seulement aujourd’hui et veulent subrepticement en faire une opportunité de carrière dans le putatif gouvernement d’union. Il s’agit de constater l’inversion suicidaire des priorités et l’aveuglement d’une élite politique ancrée,  fermement, dans le vide des intérêts individualistes».

Et surtout interpeller la communauté nationale sur l’urgence de repenser les priorités et les urgences face aux risques d’implosion du pays. Mais cela n’intéressait aucun politique, pas même ceux qui revendiquent aujourd’hui une transition. Et comme nous l’écrivions dans notre dernière édition, il est trop tard pour repousser les échéances électorales sans provoquer des crises politiques inutiles. Nous ne savions pas encore qu’il y avait un rapport dans les tuyaux de l’Assemblée nationale. Finalement, ce rapport arrive au mauvais moment. Pire, il est porté par des acteurs suspects du fait qu’ils sont les principaux bénéficiaires. Toute chose qui rend douteux leur désintérêt dans un report des législatives.

En tous les cas, c’est désormais clair : contre vents et marées, les Burkinabè seront appelés aux urnes le 22 novembre pour le double scrutin présidentiel et législatif. «La patrie où la mort nous voterons». Il ne reste plus à espérer que toutes les inquiétudes soulevées par les observateurs, bien avant le rapport de l’Assemblée, trouveront des solutions et qu’il y aura plus de peur que de mal. Il faut aussi espérer que les politiciens ne reviendront pas encore exiger que l’Etat décaisse des suppléments dans le financement des campagnes électorales pour assurer la sécurité des centaines, voire des milliers de candidats qui parcourront les coins et recoins du pays à la conquête des suffrages.

Chaque candidat doit avoir pour stratégie de base, sa propre survie avant la conquête du suffrage. Le guet-apens tendu au président du Conseil supérieur de la communication (CSC), Mathias Tankoano, dans la région de l’Est le dimanche 12 juillet dernier, est un avant-goût amer de ce qui attend les acteurs sur le terrain. Malheur à ceux qui se mettront en danger. Pour une fois, la classe politique va devoir assumer ses responsabilités. Elle veut des élections, elle en aura. Mais elle doit faire avec les moyens de bord. Si les élections se déroulent dans de bonnes conditions, elle aura réussi son pari et il faudra la féliciter. Dans le cas contraire, si les choses tournent mal, il faudra faire définitivement le deuil de cette génération de politiciens. Le peuple doit y veiller. Les ressources publiques ne doivent pas être continuellement jetées impunément dans les enfantillages et l’irresponsabilité des politiques. La vox populi a triomphé. Seulement, aura-t-elle raison ? Croisons les doigts et prions que ce soit surtout la vox dei !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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