Le 24 avril 2019, Nord Mali, Près de Gossi. Deuxième jour d'opération. Pause dans une zone aride. Les soldats croisent des hommes en motos. Ils vont les contrôler.

La présence militaire française au Sahel, de plus en plus impopulaire

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, l’artiste-musicien malien, Salif Kéita, interpellant son grand frère le Président Ibrahim Boubacar Kéita sur la situation sécuritaire de son pays, n’a pas hésité à pointer un doigt accusateur sur  la France. Pour lui, il n’y a pas l’ombre d’un doute. L’ancienne puissance coloniale a une main derrière les attaques terroristes qui endeuillent le Mali. L’artiste invite son président à prendre courageusement la décision de sortir du giron de cette France qui cherche à maintenir, par tous les moyens, une mainmise sur nos pays. L’Ambassade de France au Mali a vite fait de réagir en dénonçant des propos infondés et diffamatoires.

Malheureusement, dans un Mali, voire une région sahélienne où  l’image de la France colle désormais à la déstabilisation des pays, aucun démenti ne peut produire un résultat quelconque. Bien au contraire, cette réaction a entraîné d’autres, des plus anonymes aux plus sérieuses comme celle d’Ibrahim Ikassa Maïga, enseignant à la Faculté de Droit privé (USJP/Bamako-Mali). Suite au démenti de l’Ambassadeur de France au Mali, cet enseignant a pris sa plume pour interpeller le diplomate français sur les attitudes plus qu’équivoques de la France et de sa force barkhane au Mali.

Après avoir égrené un chapelet de griefs et d’interrogations sur les pratiques, actions et inactions de la France, il met en garde l’Ambassadeur sur les risques qu’il court d’être déclaré persona non gratta au Mali. Ça fait fort quand même ! Ça rappelle un peu la sortie de l’ancien Ambassadeur de France au Burkina qui avait réussi à s’attirer la foudre des activistes des réseaux sociaux.

Pour ne rien arranger, le même jour, le chef d’Etat-Major général des armées du Burkina adresse une missive qui a valeur de mise en garde «amicale» à l’Attaché de défense de l’Ambassade de France au Burkina. Il l’informe de ce que des aéronefs non identifiés survolent des bases et terrains d’opérations des forces armées burkinabè sans autorisation et de ce que ces appareils seront désormais considérés comme ennemis et traités comme tels. Cette missive aurait été adressée à d’autres Chancelleries. Mais seule, celle adressée à l’Ambassade de France s’est retrouvée sur les réseaux sociaux. Là encore, les débats se sont enflammés et la France se retrouve sous les tirs nourris des activistes de la toile qui n’hésitent pas à l’accuser de tous les péchés du Sahel. Si l’on y ajoute la sortie il y a quelques mois, du ministre de la Défense, Chérif Sy, dans les colonnes d’un confrère sud- africain, où il s’étonnait que malgré tout l’arsenal technologique et la puissance de feu de Barkhane, les terroristes continuent de gagner du terrain, l’on peut dire sans risque de se tromper que même au sommet de l’Etat, derrière les bienveillances diplomatiques, l’on ne fait pas confiance à la France et à son engagement contre le terrorisme au Burkina Faso et au Sahel.

Le sentiment anti-français semble gagner progressivement du terrain. En témoignent les manifestations organisées ça et là pour exiger le départ de ses troupes dans les pays du Sahel. Il faut craindre que les nouveaux développements n’exacerbent ces sentiments anti-français.

Il est vrai que, officiellement, la France est présente au Sahel sur demande des gouvernements de ces pays ou sur la base d’accords signés. Mais, il n’en demeure pas moins que quoique légales, efficaces et utiles, ces présences deviennent de plus en plus impopulaires. La France doit en tirer les leçons. Elle paie aujourd’hui  le tribut de tant de siècles de domination coloniale. L’Afrique change. Les Africains changent. La France doit impérativement changer ses relations avec l’Afrique. Le temps de la domination ou celui de «la relation cavalier – cheval» (pour paraphraser Alpha Bondy, artiste-musicien ivoirien) est progressivement en train d’être révolu. Il faut inaugurer une nouvelle ère d’une réelle coopération.

La France n’inspire plus confiance pour beaucoup d’Africains. A tort ou à raison, elle est perçue par ceux-ci comme étant à la base de l’arriération de ces anciennes colonies.  Et elle aura du mal à se débarrasser  de cette image. Salif Kéita n’a fait que répéter ce que beaucoup de Maliens, Nigériens et Burkinabè pensent et affirment dans divers espaces. Ce n’est pas un démenti qui changera cette image qui est profondément ancrée dans les esprits de beaucoup d’Africains. Il faut bien plus.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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