xeno

La xénophobie est aussi burkinabè

xenoCe qui se passe en ce moment dans certaines localités du Burkina Faso, dans le cadre des compétitions pour le contrôle des mairies est grave, même très grave. Qui l’eut cru ? Des Burkinabè sont taxés d’être des étrangers dans leur propre pays et cela est une raison suffisante pour leur dénier le droit d’être maires dans leurs propres villages. Souvent le reproche est qu’ils seraient nés à l’étranger et pour cela, ils ne seraient pas dignes de présider aux destinées de leur village. Ah, qu’est ce qui arrive aux filles et fils de ce pays ? La question mérite d’être posée, au regard de l’ampleur que tend à prendre le phénomène et des dégâts qu’il occasionne, tant sur la cohésion que sur l’unité nationale. Dans certains villages du Burkina Faso aujourd’hui, en raison de leur appartenance idéologique ou politique, certains filles et fils sont déclarés persona nongrata, interdits de passage, dans certaines parties de leurs propres villages.

Certaines routes et même certains édifices publics sont interdits à certains Burkinabè par leur propre village. Des Burkinabè ont perdu la vie pour avoir eu des positions ou des opinions politiques différentes de celles de leurs frères du même village. La violence en politique a atteint un seuil affolant en un temps record. Le plus effrayant c’est tout le silence qui entoure cela. Malgré la gravité de la situation, l’autorité se complait dans un mutisme qui laisse parfois penaud et songeur. Cette situation au pays des Hommes intègres est d’autant plus incompréhensible et consternante que ce genre de comportements, qui ne sont ni plus ni moins que des manifestations évidentes d’une xénophobie primaire, avaient été toujours vues au Burkina Faso comme l’apanage des autres. Pour avoir vu leurs compatriotes payer le plus fort tribut de la xénophobie dans d’autres pays, les Burkinabè ont toujours été prompts à dénoncer ces comportements comme étant rétrogrades et indignes de personnes civilisées. L’on a vu, par exemple, la véhémence avec laquelle les Burkinabè s’en prenaient aux Ivoiriens pendant la crise ayant secoué la Côte d’Ivoire, donnant lieu par moment à des exactions contre les populations burkinabè installées dans ce pays. Comment comprendre que ces mêmes Burkinabè, prompts à la critique des autres, soient capables même du pire ?

Oui, il ne faut pas avoir honte de le dire. Ce qui se passe en ce moment au Burkina Faso, ce que certains Burkinabè subissent dans certaines contrées de leur propre pays, du fait de leurs propres frères est pire que ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ou ailleurs. Sans être excusables, les mauvais traitements que subissent ou ont subi des Burkinabè hors des frontières de leur pays peuvent se comprendre dans une certaine mesure. Mais que des Burkinabè soient victimes des mêmes traitements dans leur propre pays, cela est tout à fait inadmissible. Cela ne peut pas se comprendre. Etre traité d’étranger dans son propre pays et se voir dénier des droits de ce fait, avouons que c’est le comble de l’abjection et de la misère morale. Les Burkinabè doivent se ressaisir pendant qu’il est encore temps. Cette dérive doit être endiguée au plus tôt. Si les Burkinabè ne peuvent plus se supporter eux-mêmes, alors qu’on ne demande à personne de supporter un Burkinabè ailleurs. Les adversités entre fils d’un même pays ne manqueront jamais. Les divergences d’opinion ne manqueront jamais. Les oppositions politiques non plus.

Mais tout cela doit pouvoir se vivre dans un parfait dosage de concorde, de respect mutuel et surtout d’acceptation de l’autre dans son altérité. Les différences d’opinion, les oppositions politiques ne doivent pas conduire à des extrémismes morbides. En cela, la classe politique a un grand rôle à jouer. Car, lorsqu’on y regarde de près, toutes ces dérives et déchirures souvent meurtrières tirent leurs sources des antagonismes politiques. Le fairplay dans le jeu politique n’est malheureusement plus la chose la mieux partagée. On assiste de plus en plus à des extrémismes de tout genre où certains pensent avoir le monopole de la raison, au point de croire que c’est toujours et immanquablement leurs positions qui doivent triompher, même là où ils sont mis en minorité. Les risques que cette façon de faire la politique fait courir au pays entier sont énormes et lourds de conséquences. Les états-majors des différents camps politiques doivent absolument se rendre à l’évidence de ce que l’heure est grave et songer à y remédier au plus vite. Cela à travers un encadrement plus rigoureux de leurs troupes. Les exigences du vivre ensemble doivent être enseignées aux uns et aux autres.

Il ne sert à rien de vouloir faire l’autruche ici, en feignant de ne pas voir le danger qui couve. Il ne faut pas croire que les tragédies qu’ont vécues certains pays ne sont faites que pour les autres. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, quelle que soit la partie de la planète où l’on se trouve. Les grandes catastrophes humanitaires que le monde a connues ont toujours commencé ainsi. Cela commence toujours par des situations de stigmatisation, de vexation, d’injustice, de marginalisation de supposés faibles par de prétendus forts du moment. Jusqu’à ce qu’un matin l’on se réveille de plain-pied dans le chaos et à ce moment, il sera déjà trop tard. Vivement que nous n’en arrivions pas là, et surtout, que nous nous donnions les moyens de ne pas en arriver là.

Avatar
Ecrit par
Le Reporter
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Le Reporter

Nous suivre sur…