Le nouveau Code pénal à l’épreuve du terrain

Avec  l’avènement  des  réseaux sociaux, la  transparence dans la  gestion publique  est devenue un exercice obligatoire  pour les gouvernants. Dans le cas du Burkina Faso, aucune question ne semble tabou sur ces réseaux sociaux. Malheureusement, pour certains, tout semble permis. L’Administration n’a plus de secret. Une lettre confidentielle d’un Directeur régional de la Police adressée à son Directeur général sur la situation sécuritaire dans sa zone se retrouve sur ces réseaux sociaux. Des bulletins de salaire de ministres et autres données personnelles de certains dirigeants y sont publiés en intégralité. Le président du Faso, les membres du gouvernement et bien  des  cadres  de l’Administration y sont traités de tous les noms d’oiseaux. Certains internautes ne se donnent  donc aucune limite. Ils se permettent tout et en toute impunité, au nom de la liberté d’expression.

Le gouvernement burkinabè  dont la fébrilité  face à  ces réseaux sociaux est connue, a cru bon de réviser le Code pénal et d’y introduire des dispositions permettant de sanctionner les dérives sur les réseaux sociaux.  Les organisations professionnelles des médias et de la société civile avaient dénoncé ces dispositions jugées liberticides. Elles estimaient que plus qu’une question de loi, la lutte contre les dérives sur les réseaux est avant tout une question de capacité des gouvernants à assumer leurs responsabilités et à prendre les sanctions contre les auteurs des discours haineux, injurieux et diffamatoires sur Facebook et les autres réseaux sociaux. Mais les gouvernants se sont entêtés et ont fait adopter la loi modificative du Code pénal. Promulgué depuis le 31 juillet, la loi est donc en vigueur.

Mais sur le terrain,  l’adoption de cette loi n’a pratiquement rien changé dans l’encadrement de l’usage des réseaux sociaux au Burkina Faso. Bien au contraire, comme si certains cherchaient à défier l’autorité de la loi, ils se laissent aller à la délation et à la publication  de fausses nouvelles et autres informations en violation des dispositions de la loi. En effet,  bien  des publications  sur Koutougou dans la région du Sahel, sont d’une rare violence. Elles violent allègrement ces nouvelles dispositions de la loi.  Certains usagers de ces réseaux sociaux ont non seulement publié des images des scènes des attaques terroristes sans autorisation préalable,  mais en plus, elles se révèlent parfois  attentatoires aux bonnes mœurs et diffamatoires et s’apparentent visiblement à des tentatives de démoralisation  des forces de défense et de sécurité, avec des contenus plus que tendancieux. Certains   ont   même   diffusé   des appels à la sédition ou à la rébellion. Pire, des rumeurs de toutes sortes ont été véhiculées sur ces réseaux sociaux, semant parfois la confusion. Avant l’adoption  de cette loi, les médias conventionnels, respectueux des dispositions légales, offraient des moyens de vérification des rumeurs diffusées sur ces réseaux sociaux, à travers la diffusion des informations provenant du terrain et des sources crédibles. Cette fois, ils se sont gardés de faire des publications de nature à contrarier l’esprit et la lettre de la loi. Ils ont ainsi laissé la place à ces spécialistes de la désinformation, de la calomnie et autres tentatives de manipulation de l’opinion. L’on attend de voir la stricte application de ces nouvelles dispositions du  Code pénal  et ses implications  dans l’assainissement de l’usage des réseaux sociaux. Comme nous le pressentions, cette loi aura pour seule conséquence d’empêcher les professionnels de l’information  de faire correctement leur travail. Elle ne changera pas les habitudes et les pratiques de ceux qui ont fait le choix de porter atteinte à l’honneur  d’autrui  et faire des réseaux sociaux des espaces de non-droit. La loi permettait déjà de sanctionner les dérives. En la durcissant et en la généralisant à tout le monde, y compris les professionnels de l’information, l’on n’a pas réglé automatiquement la question de son respect par tous et de son application rigoureuse. Plus qu’une loi, c’est d’une  véritable  éducation  aux médias et aux réseaux sociaux dont certains Burkinabè ont besoin. Pour d’autres, c’est une question d’éducation tout simplement.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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