Les réseaux sociaux ou la liberté de calomnier, d’injurier.

Les réseaux sociaux sont devenus, ces dernières années, de véritables instruments de contrôle et de veille citoyenne sur la gestion publique au Burkina Faso comme dans bien d’autres pays africains. Ils influencent beaucoup les décisions politiques. Cependant, ils tendent à devenir des espaces de non droits. Ailleurs, ces réseaux permettent de susciter et valoriser des créativités et des alternatives qui améliorent le quotidien et offrent des opportunités de création de richesses. Ici, ces réseaux, surtout Facebook, sont âprement disputés par les politiques de tous bords pour le contrôle ou l’influence d’une opinion minoritaire mais extrêmement active pour ne pas dire agitée. Certains politiques, hommes d’affaires ou prétendus leaders d’opinion recrutent de jeunes désœuvrés ou adeptes du gain facile qu’ils instrumentalisent pour flatter leur égo et distiller les discours de la haine et du déni de la vérité et de la justice, pour boxer leurs adversaires en dessous de la ceinture (pour emprunter l’expression du ministre Remis Dandjinou). Ces recrues ou «boxeurs en dessous de la ceinture» avec une extrême irrévérence et un manque criard de discernement insultent, calomnient, menacent et se laissent même aller à des appels à la violence et à la sédition. Ils sont constamment dans l’invective des adversaires de leurs parrains.

Norbert Zongo avait raison quand il disait que certains  ténors du système Compaoré étaient capables de «brûler le pays juste pour chauffer leur café». Quand on lit ce qui se diffuse sur les réseaux sociaux par des Burkinabè, le constat est réel et triste : le système Compaoré a effectivement secrété de sinistres acteurs et individus tant dans les milieux politiques (surtout), militaires, de l’administration, du monde des affaires, de la société civile et même au niveau des citoyens, prêts à tout pour protéger et défendre leurs intérêts égoïstes. Le plus grand mal que ce système a fait à ce pays, c’est d’avoir sécrété une génération d’hommes et de femmes pour qui le monde  s’arrête à leurs intérêts et ambitions personnels. Dans la tête de bien des citoyens de ce pays des hommes intègres, la fin justifie les moyens. Et la fin, c’est s’enrichir, par tous les moyens.

Le drame, c’est surtout au niveau des intellectuels, où l’on  est censé retrouver les plus éclairés et chargés de porter les combats du plus grand nombre, que le mal est profond. L’on se surprend aujourd’hui d’entendre des intellectuels burkinabè s’agripper à des mensonges grotesques, applaudir et même vénérer des politiciens  médiocres, menteurs et capables de n’importe quel crime pour défendre leurs  intérêts. D’autres ne se gênent pas d’inventer des insanités pour ternir l’image de gens biens tout simplement parce qu’ils ont osé se mettre en travers de leurs ambitions ou leurs business nauséeux. Comme le dirait un adage mossi, la pluie est en train de battre les Burkinabè, et au lieu de se trouver un abri pour tous, ils se battent pour désigner celui qui doit s’abriter. Ils ne sont plus capables de réfléchir au bien et à l’intérêt général. Ils pensent d’abord à eux et après eux, le déluge. Le comble, c’est que sans aucune gêne, ces mêmes acteurs tentent de s’afficher en défenseur de la cause du bon peuple, qu’il croit comme dirait Laurent Bado, mouton et incapable de discernement.

Les excitations et les discours de la haine sur les réseaux sociaux ne sont que l’expression d’une réalité des guéguerres et des inimitiés au sein d’une minorité de privilégiés à qui l’Etat a tout donné, ou du moins qui se sont tout offert sur le dos de l’Etat et de leurs concitoyens. Pour préserver leurs biens et positions mal acquis, ils sont prêts à tout. Ils sont capables de brûler le pays pour préserver ou reconquérir leurs privilèges. Malheureusement, ils peuvent compter sur d’autres Burkinabè dont la panse a obstrué la raison. Pour rompre avec cette dérive dangereuse qui, comme un cancer, ronge les fondements du vivre ensemble, il faut un nouveau leadership politique au sommet de l’Etat. Les recyclages et les reconversions ne feront que retarder la descente aux abîmes !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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