LIEUTENANT-COLONEL MAMADOU BAMBA : De la mascotte à la risée du tribunal

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 est en train de lever, lentement mais  sûrement, un coin du voile sur les acteurs, l’état d’esprit dominant et les réalités de l’ex-RSP, mais surtout les raisons qui ont conduit à l’échec cuisant de ce pronunciamiento, qualifié du «coup d’Etat le plus bête du monde». Et la stratégie de défense de certains accusés indique clairement un refus du repentir et de reconnaissance de la grave faute commise contre la morale et l’éthique militaire et contre les institutions de la Transition. Dans ce procès, l’on retrouve des soldats apparemment bien formés mais malheureusement sans aucune conscience de l’Etat et des institutions (dont ils sont censés assurer la sécurité) et se croyant au-dessus de tout, des officiers qui refusent d’assumer leurs responsabilités et voulant accabler leurs subalternes, qui semblent faire du déni de la réalité et de leurs responsabilités leur ligne de  défense. Dans ce procès, l’indignité côtoie l’arrogance et le mépris. Toutefois, on avance quand même. Même si l’attitude de certains accusés intrigue plus d’un et interpelle la communauté nationale.

«Je ne réfute pas ce que j’ai fait pendant le coup d’Etat de 2015;  (…) J’ai lu le communiqué des putschistes. Je m’assume. Je demande pardon à la nation mais je vous ai expliqué pourquoi et dans quelles conditions j’ai lu ce communiqué. Avec tout ce que je sais du RSP-là, en toute franchise, j’avais peur pour moi et pour ma famille…». Celui qui lu à la télé les 8 communiqué des putschistes dit n’y être pas allés  de gaité de cœur.  Il s’est retrouvé là parce que le Capitaine Dao lui a fait appel et il n’a eu d’autre choix que d’y aller. Il voulait juste sauver sa peau. Voici en substance le mémoire en défense avant la lettre que le Médecin- Lieutenant-Colonel, Mamadou Bamba, a livré à la barre du Tribunal militaire de Ouagadougou.

Faut-il en rire ou en pleurer ? Voici un officier supérieur de l’armée qui refuse clairement de se sacrifier l’honneur du militaire et pour son pays. Et il ne s’en cache pas. Voilà au moins un accusé qui,  pour sauver sa tête, n’hésite pas à passer au grand déballage. Dommage que son implication dans le putsch semble s’être limitée à la lecture des communiqués à la Télévision nationale. S’il avait été associé depuis la préparation jusqu’à l’exécution, l’on peut parier qu’après son passage, tous ceux qui ont joué un rôle quelconque dans ce putsch n’allaient avoir que leurs yeux pour pleurer. Qu’à cela ne tienne, l’audition du Lieutenant-Colonel tranche nettement avec les autres accusés. Il avait peur.

Mais il n’a pas fait que sauver sa vie. Il a bénéficié aussi des largesses du  président du mort-né Conseil national pour la démocratie (CND), le Général Gilbert Diendéré, présumé cerveau de ce putsch manqué. 5  millions de francs CFA lui ont été gracieusement offerts par «Maman Fatou Diendéré» de la part du «Grand», l’autre surnom du Général Diendéré.

Au fond, l’on peut dire tout ce que l’on veut de ce Bamba qui est passé de la mascotte du putsch à la risée du tribunal. Mais à la vérité, il n’était pas le seul à avoir peur des enfants terribles du RSP qui ne connaissent ni hiérarchie, ni respect de l’Etat de droit encore moins des institutions. D’autres officiers viendront certainement enfoncer le clou sur le traumatisme que le RSP représentait pour eux. L’attitude de bien d’officiers supérieurs de l’armée et même de la haute hiérarchie de l’armée cache mal une certaine peur du RSP.  Et les éléments du RSP, à commencer par le Général Diendéré, en étaient également conscients et voulaient en abuser au point de vouloir leur faire endosser leur coup foiré et inopportun. Cités presque tous comme témoins à défaut d’être inculpés comme le souhaite la défense de certains accusés, notamment de Djibrill Bassolé et du Capitaine Seydou  Gaston Ouédraogo, leur passage à la barre du Tribunal militaire sera des moments forts de ce procès.

Quand le capitaine continue de jouer les caïds

Forts donc de la terreur qu’ils exerçaient sur une grande partie des officiers et des populations, les chefs militaires et leurs éléments du RSP ne se sont même pas donné la peine de réfléchir aux conséquences de leurs actes et au contexte sociopolitique de l’époque. Finalement, c’est Feu Thomas Sankara qui avait raison : «Un militaire sans formation est un criminel en puissance». Aveuglés par leurs ambitions et encouragés par leur haine mortelle vis-à-vis d’un des leurs devenu traître à leurs yeux, en l’occurrence le Général Yacouba Isaac Zida, ils ont commis l’irréparable et ont entrainé de pauvres jeunes soldats dans la déchéance. Bref, la suite nous édifiera, surtout lorsque viendra le tour des Généraux Diendéré et  Bassolé de  passer à  la barre.

En attendant, l’un des hommes forts du RSP au moment du coup d’Etat, pour ne pas dire l’un des principaux artificiers des putschistes, le Capitaine Abdoulaye Dao a brillé pendant 4 jours et demi par une démarche de déni des faits, même lorsqu’ils sont évidents. Il a refusé d’endosser sa part de responsabilité comme le Lieutenant-Colonel Bamba. Au terme de son audition au prétoire, l’on se demande finalement quelle était sa ligne de défense. En dehors du fait qu’il ne reconnaît pas les faits qui  lui  sont reprochés, il n’a pu apporter le moindre élément convaincant qu’il regrette ce putsch et assumait au moins sa part de responsabilité en tant que commandant d’une unité dont la mission était d’assurer la sécurité du président du Faso. Ne serait-ce que reconnaître moralement sa faillite pour n’avoir pas pu protéger le chef de l’Etat contre les soldats qui sont allés l’arrêter et le prendre en otage. Mieux, il ne se gêne même pas de n’avoir rien fait pour le libérer. Par moments, il joue les caïds. Franchement, certains ont raison d’avoir peur du RSP et du Capitaine Dao.

L’amertume compréhensible du Capitaine Gaston Ouédraogo

Comme le Capitaine Dao, l’on a entendu à la barre d’autres officiers reconnaître être allés chercher des armes et de l’argent venant du Togo et de la Côte d’Ivoire tout en niant une quelconque responsabilité dans le putsch. C’est le cas du Lieutenant Boureima Zagré qui était en mission onusienne au Mali et en permission au pays (qui s’est retrouvé à jouer les principaux rôles dans cette triste conspiration contre la Transition) et du Capitaine Seydou Gaston Ouédraogo, l’argentier de  l’Etat-Major particulier à la Présidence du Faso. Bien sûr, ils n’ont fait qu’obéir à des ordres, comme les soldats. Ils n’ont exécuté que des  missions militaires.

La version du Lieutenant Boureima Zagré est l’une des plus surprenantes. Cet officier très brillant qui cite les textes et règlements nationaux et internationaux de mémoire se convainc et tente de convaincre le tribunal qu’aller chercher des armes au Togo pendant cette période où des éléments incontrôlés du RSP se livraient à des exactions meurtrières contre des populations aux mains nues, n’était ni un soutien, ni une participation au coup d’Etat. «Je n’ai pas fait de coup d’Etat. Je n’ai fait qu’exécuter les ordres qui ne sont pas manifestement illégaux». C’est la même rengaine chez le Capitaine Gaston Ouédraogo qui est allé chercher des armes, matériels de maintien d’ordre et de l’argent en provenance de la Côte d’Ivoire. Lui aussi n’a fait qu’exécuter des ordres. Très amer, il ne comprend pas pourquoi lui se retrouve à la barre alors que les membres de l’équipage et les autorités militaires à la Base aérienne qui ont préparé la mission et affrété l’hélicoptère qui les a transportés sont hors de cause. «J’étais dans mon bureau et je n’ai jamais décidé de moi-même d’aller en mission (…) Je ne suis pas plus responsable que ceux qui ont coordonné la mission (…). Les gens refusent d’assumer», s’est offusqué le Capitaine Ouédraogo . Malheureusement, ce sont des missions qui devaient servir à sauver les putschistes.

L’on ne peut passer sous silence l’audition de Jacques Limon qui crie à un complot ourdi contre sa personne par l’expert Younoussa Sanfo (qui a analysé les téléphones et autres appareils électroniques des accusés et produit un rapport qui est versé au dossier), le Colonel Sita Sangaré, Directeur de la Justice militaire. Il  aurait tenté d’empêcher ces derniers de faire main basse sur les deniers publics (sic) à travers la facture de l’expertise réalisée par Younoussa Sanfo. C’est donc ce refus qui lui aurait valu d’être impliqué dans ce dossier alors qu’il est poursuivi comme une taupe des putschistes au sein de l’armée restée loyale. Pour lui, il n’en est rien. Son malheur, c’est son intégrité. Le tribunal saura sans doute apprécier cette intégrité proclamée du Lieutenant Limon.

Le Général Diendéré et des éléments incontrôlables du RSP responsables du coup d’Etat

Cependant, il y en a qui semblent avoir compris qu’il faut défendre leur peau. On peut noter, entre autres, les Lieutenants Abdoul Kadri Dianda et Aliou Gislain Gorgo. Eux, n’ont pas hésité à relater le climat de terreur que certains soldats, avec la complicité des officiers putschistes,  exerçaient sur les officiers du RSP durant cette période de braise. De l’audition du Lieutenant Gorgo, l’on retiendra que les officiers du RSP étaient surveillés par des binômes à moto qui les épiaient, rendaient compte de leurs faits et gestes. Ces sicaires devaient les mettre hors d’Etat de nuire s’ils tentaient quelque chose. Pour lui, «la responsabilité du coup d’État est imputable au groupuscule réfractaire et au Général Diendéré». Et le Lieutenant Abdoul Kadri Dianda d’enfoncer : «Quand le Général a dit que le président du Faso et le Premier ministre ont été enlevés, il y a eu une sorte de froideur dans la salle». Tous les deux ont affirmé qu’il y avait des éléments incontrôlés acquis à la cause du Général et qui tenaient tout le monde en respect au camp Naaba Kom et en ville. Des noms ont été cités parmi lesquels l’on peut retenir le Soldat Boureima Zouré, le Sergent-Chef Roger Koussoubé dit le «Touareg », le Sergent-Chef Laoko Mohamed Zerbo, l’Adjudant-Chef Moussa Nébié dit Rambo. Ça commence à sortir, à petite dose.

Comme nous l’écrivions dans notre édition N°242 du 15 au 31 juillet, «quelle que soit l’issue du procès, les Burkinabè pourront se faire une idée plus ou moins exacte de ce qu’était réellement le RSP, ses hommes forts, ses pratiques et modes de fonctionnement (…) Les relations exécrables entre Isaac Zida (Premier ministre de la Transition, issu du RSP), le Général Diendéré et certains de ses anciens  frères d’armes se confirment.

Elles avaient même atteint une extrême animosité. Si ce n’est Zida qui accuse Diendéré d’avoir échafaudé des plans pour attenter à sa vie, ce sont les soldats et sous-officiers qui accusent le Premier ministre de la Transition d’avoir voulu assassiner leur putschiste en chef. Le drame est que toute cette haine cordiale entre frères d’armes et parents (il y a un lien de parenté entre Diendéré et Zida, sans compter que le second était jusqu’au 31 octobre 2014, le bon petit du premier) a été transformée en une affaire d’Etat.

Des soldats et des sous-officiers ont été manipulés par les deux camps pour se régler des comptes. D’autres officiers et politiciens ont profité de cette animosité pour infiltrer le régiment. Et le RSP était devenu un véritable cocktail explosif et donc un danger pour la République et le peuple.» Les choses  se confirment de plus en plus. Le RSP  était effectivement un cocktail explosif. Plus ses éléments défilent à la barre, plus on se rend compte que certains ont fini par se croire tout permis au point de transformer leurs mauvaises humeurs en affaire d’Etat.

En tous les cas, plus l’on avance, plus certains accusés commencent à se démarquer de ce putsch. C’est donc clair, beaucoup ont été embarqués par peur, d’autres par ambitions ou opportunisme, d’autres encore pour se venger de Zida. Mais l’on  est encore loin de l’objectif politique de ce putsch. Jusque-là, les seconds couteaux tentent d’expliquer leurs actes soit par l’obéissance aux ordres, soit pour arrêter les manœuvres du Premier ministre de la Transition contre leurs corps.

 

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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